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Après plusieurs heures de débats, les députés découvrent que le dernier bulletin de vote appartient au prince.
Une réforme de l’avortement adoptée à une voix près
Le 2 septembre 2026, les 25 députés du Landtag, le Parlement du Liechtenstein, se prononcent sur une réforme des règles encadrant l’interruption volontaire de grossesse. Le scrutin est serré : 13 voix pour, 12 contre.
Le projet prévoit notamment de dépénaliser l’avortement pendant les douze premières semaines de grossesse, d’autoriser la diffusion d’informations sur les possibilités d’interruption de grossesse et de prévoir une prise en charge par l’assurance maladie.
À l’origine du texte, une initiative citoyenne réunissant 4 970 signatures, soit près d’un quart du corps électoral. Il fallait seulement 1 000 signatures pour saisir les parlementaires.
Les élus ont ensuite refusé, également par 13 voix contre 12, de soumettre la réforme à un référendum. Le texte devait donc suivre la procédure législative habituelle.
C’était compter sans le château de Vaduz.
Le prince Aloïs oppose son veto au Parlement
Le prince héritier Aloïs, qui exerce les fonctions de chef de l’État depuis 2004 par délégation de son père Hans-Adam II, avait prévenu qu’il s’opposerait à cette réforme.
Il a tenu parole.
Dans un communiqué du 20 octobre, la maison princière explique que le projet ne garantit pas, selon elle, une protection suffisante de la vie à naître, considérée comme un intérêt juridique fondamental.
Pour Aloïs, la dépénalisation pendant les douze premières semaines va donc trop loin. Son refus de sanctionner la loi constitue une première depuis qu’il exerce les prérogatives princières.
Le Guardian rapporte la déception des défenseurs de la réforme. Tatjana As’Ad, à l’origine de l’initiative, juge la situation « surréaliste » en 2026, au cœur de l’Europe.
Une démocratie où le prince conserve le droit de dire non
La particularité du Liechtenstein tient à sa Constitution. Contrairement aux monarchies européennes où la signature royale est devenue une formalité, le souverain y conserve un véritable pouvoir politique.
L’article 65 de la Constitution exige, pour qu’une loi entre en vigueur, l’approbation du Parlement, la sanction princière, le contreseing gouvernemental et sa publication officielle.
Sans l’accord du prince, le texte ne devient pas une loi. L’absence de sanction pendant six mois équivaut également à un refus.
Ce pouvoir a été conservé dans le système constitutionnel avec l’approbation populaire. Le Liechtenstein associe ainsi démocratie représentative, démocratie directe et prérogatives monarchiques importantes.
Une organisation qui invite à réfléchir à la place réelle du vote. Une question également abordée en France, notamment dans les discussions sur le référendum d’initiative citoyenne défendu par Étienne Chouard.
L’avortement reste strictement encadré au Liechtenstein
Dans cette principauté d’environ 40 000 habitants, l’avortement demeure interdit, sauf exceptions, notamment lorsque la santé ou la vie de la femme est gravement menacée, ou lorsque la grossesse résulte de certaines infractions sexuelles.
Depuis 2015, les femmes peuvent toutefois se rendre à l’étranger pour interrompre leur grossesse sans être poursuivies à leur retour. Les associations estiment qu’une quarantaine de femmes suivent cette voie chaque année.
Un sondage réalisé en août indiquait que 62 % des personnes interrogées soutenaient une évolution de la législation.
Aloïs n’exclut pas certains aménagements, notamment pour améliorer l’information et l’accompagnement des femmes enceintes. Mais la dépénalisation proposée par les députés n’entrera pas en vigueur.
Le Parlement avait réuni une majorité. Le prince disposait du pouvoir constitutionnel de s’y opposer. Il l’a exercé.
Aloïs a pourtant instauré l’égalité entre les sexes dans la succession au trône. Une femme pourra désormais devenir reine du Liechtenstein. Un droit qui n’est pas applicable de façon rétroactive. La fille d’Aloïs ne pourra donc devenir reine, mais les petites-filles d’Aloïs pourront prétendre au trône. On ne pourra jamais dire que l’actuel souverain n’a rien fait pour améliorer la condition féminine. Et cela a une tout autre allure que nos reines françaises couronnées lors de concours de beauté ou de foires agricoles.


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