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La Ville de Lévis, aux prises avec un moratoire sur les nouvelles constructions jusqu’à la fin de 2028 en raison de la désuétude de ses usines de traitement des eaux, n’envisage pas de recourir aux compteurs pour éponger la facture salée de leur remise à niveau.
« Ce n’est pas dans nos cartons, a indiqué mardi le maire de Lévis, Steven Blaney. Il y a déjà eu des segments de la ville de Lévis où il y avait des compteurs d’eau, mais ils ont été retirés lors des fusions — et à ce moment-ci, ce n’est pas dans nos priorités. »
La plus grande ville de Chaudière-Appalaches a pourtant dû appliquer soudainement les freins pour interrompre sa croissance effrénée. Lévis a imposé un moratoire sur les nouvelles constructions à l’automne 2024 dans deux secteurs névralgiques de son territoire, soit Saint-Nicolas et Desjardins. En cause : l’incapacité des usines de traitement des eaux à répondre à la demande induite par l’explosion démographique observée à l’ère de l’ancien maire, Gilles Lehouillier.
Son successeur à l’Hôtel de Ville, Steven Blaney, avait promis pendant la campagne d’abolir le plus tôt possible cette mesure, d’abord mise en place jusqu’en 2027. Il y a un mois, son administration a toutefois annoncé qu’elle resterait en vigueur jusqu’à la fin de 2028, le temps de terminer les travaux de mise à niveau des usines de traitement des eaux de Saint-Nicolas et de Desjardins.
La Ville poursuivie en justice
Cette brusque interruption de la construction a provoqué des secousses qui continuent de se faire sentir deux ans plus tard, jusque devant les tribunaux.
La Ville doit aujourd’hui faire face à une salve d’actions judiciaires intentées par des promoteurs qui s’estiment lésés par la mesure — et quatre d’entre eux réclament un total de 31 millions de dollars à la municipalité.
La menace de sanctions pécuniaires brandie par le ministère de l’Environnement s’additionne au péril posé par ces poursuites sur les finances de la Ville. Radio-Canada a rapporté, plus tôt cette année, que Lévis rejetait une part grandissante de ses eaux usées directement dans les rivières Chaudière et Etchemin et dans le fleuve en raison de la sous-capacité de ses usines de traitement.
Les amendes prévues pour les municipalités qui contreviennent au Règlement sur les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées varient de 10 000 $ à 6 millions de dollars. Lévis savait que son usine de traitement de Saint-Nicolas arrivait à saturation dès 2021, a révélé Radio-Canada en février sur la foi d’un avis juridique interne obtenu par la société d’État. Ce document, diffusé en 2024, prévenait même la municipalité de son statut de contrevenante et exposait les pénalités financières.
Lévis évalue que la somme nécessaire pour remettre en état ses deux usines de traitement des eaux désuètes s’élèvera à 155 millions de dollars à l’horizon 2029. « Ça met une grosse pression sur les citoyens », admettait M. Blaney il y a un mois.
Revenir aux fondamentaux
Pourtant, hors de question de suivre l’exemple de Repentigny et de taxer l’usage de l’eau résidentielle, même s’il s’agit d’une solution préconisée par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec pour financer le déficit de maintien important des infrastructures d’eau.
Une étude d’Aviseo, réalisée pour le Groupe tactique sur les infrastructures d’eau liées aux logements et dont la teneur a d’abord été rapportée par La Presse, fait état d’un déficit de maintien des actifs chiffré à 19,3 milliards de dollars dans l’ensemble du Québec. D’ici 2031, l’étude prévoit que la dégradation ajoutera encore 23 milliards à la facture.
La situation a freiné la construction de 36 000 logements en 2025 dans 43 municipalités — dont Lévis. En 2023, la Ville chiffrait à 575 millions de dollars les investissements nécessaires en maintien et en rattrapage des actifs en eau pour une période de 10 ans.
Sans imposer une nouvelle ponction à sa population, Steven Blaney lui promet un retour aux missions municipales de base.
« Les gens s’attendent à ce qu’il y ait de l’eau de qualité quand ils ouvrent le robinet, avec de la pression, et qu’ils soient en mesure d’avoir un traitement des eaux usées qui [respecte] les normes, a-t-il expliqué mardi. Nous avons besoin de revenir à nos fondamentaux, et ça, là-dessus, la première ministre est sur la même longueur d’onde que nous. »


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