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Lettre ouverte aux chrétiens et pas qu'aux chrétiens, à l'occasion du passage de Léon XIV par chez moi

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Image originale : Vatican News, sur Facebook

Je suis content pour vous. Cela faisait un bail. J'ai moi-même fait tous mes sacrements avant le mariage ou l'ordination – et évidemment l'extrême onction – avec le bonus d'un « baptême de l'Esprit-Saint » catholique : « Le baptême est un sacrement, où l'on nous donna un cadeau ; le baptême de l'Esprit-Saint n'est pas un sacrement, mais aide à déballer celui du baptême sacramentel » m'expliqua bigotement l'animatrice du groupe de prière où c'eut lieu. Ce bonus fut une expérience intéressante : lors dudit baptême bis, à côté du glossolalique baragouinant à ma droite, en face de moi, une prophétesse m'affirma que les racines de ma foi étaient profondes, car elle visualisait un grand arbre épanoui à mon sujet.

Je tiens évidemment à la remercier, depuis le temps, après la neuvaine passée en compagnie du groupe de prière : non seulement le chiffre neuf est un multiple de trois, valeur indo-européenne s'il en est jusque dans la féodalité chrétienne, mais en plus les polythéismes d'Ancienne Europe avaient l'arbre pour axe cosmique. Sans compter que cette prophétesse fut pour moi comme une celte/gauloise vate ou veleda : devineresse, voyante en celtique ancien. Si cela fait de moi un élu polythéiste ? Je ne pense pas : n'importe quel TikTok Wiccan peut vous affirmer ses visions.

Toujours est-il que ça fait plaisir, et que ça me rappela au bon souvenir de ces arbres – noyers, sureaux et chênes – qui tuteurèrent ma jeunesse, sans lesquels je ne serais peut-être plus là pour écrire cet article ; au moins bon souvenir, aussi, de ces retraites monastiques, au cours desquelles j'observais que la vie monacale ne tient qu'en un vaste squat de « Clochards Célestes » – titre d'un Jack Kerouac utilisé avec ironie, mais livre qui m'inspira à lui seul plus d'esprit que toutes les communautés chrétiennes réunies. Spéciale dédicace à cette retraite, durant laquelle je me suis enfoui en forêt à hurler « Yahvé ! » dans les prés, en espérant un miracle que je ne retrouvais plus depuis cette colo protestante où je croyais sentir sa présence.

Alors, je suis devenu polythéiste ; celtibérisant pour être précis. Où, contrairement à la foi monothéiste, je n'ai jamais eu à m'éperdre pour devenir qui je suis ; et quand j'ai envie de tout envoyer paître, à cause de la médiocratie ayant insufflé mes contemporains – néopagz compris, – il ne m'est pas permis d'abandonner, comme il m'a été permis avec le Dieu dépitant. C'est ainsi : les DIeux & Déesses frappent à ma porte. Néanmoins, ce Dieu me poursuit à ses heures : ne l'ai-je pas pratiqué de mille impénétrables voies ? et ne l'ai-je pas un jour sommé de ne jamais me lâcher d'une semelle jusque dans mes reniements ? Je pense bien qu'il existe, comme d'autres, et tourmente ceux qu'il juge égarés, encore que les « égarés » à ses yeux servent Samael – à ne pas confondre avec Samuel (avis aux kabbalistes).

C'est-à-dire que, si ce Dieu est bien celui qu'il prétend être – dans d'autres traditions, polythéistes comprises, on trouve des Créateurs au sommet, – ses mécréants restent siens, à servir son ombre, diabolisée après les juifs (encore que les Hébraux luttèrent contre Gog et Magog) mais ombre dont un archange – Samael, donc – personnifie l'action venimeuse : le dispositif de l'interdiction de manger du fruit de l'arbre de la connaissance, le serpent, etc. tous, sans parler du reste, il les avait toujours-déjà sus dans son omniscience, donc créés et acceptés comme tels dans le Devenir. Si ce Dieu existe bel et bien, on peut l'identifier au Sort et tout ce qui arrive, pour le meilleur et pour le pire, il l'a créé et accepté comme tel. En quoi il remplace si bien l'Antique Nécessité, que je me sentis de le celtiser en la Déesse Naria. « Dieu est un libéral fataliste… » Naturellement, une fois diabolisés, les aspects déplaisants de la Nécessité – il y en a de terribles, c'est évident – dissonent avec cet appel spécifique à la charité toujours logiquement contenus dans le premier et seul encyclique du pape Léon XIV à ce jour, Magnifique Humanité.

Alors, je ne sais pas vous mais, dans le Béarn où nous avons lui et moi des origines, le diction dicte : « Qui est l'ami de tout le monde ne l'est de personne. » Or cette sagesse élémentaire s'applique en premier chef à Jésus, suivi par son premier représentant papal. Quand même « nous sommes de pauvres pécheurs » bien en peine d'étendre notre amitié à tout l'univers, à commencer envers nos démons – ils n'ont pas à être surnaturels, pour nous démoniser – la seule idée de vouloir réussir dans cette tentative d'amicalité universelle la réduit aussitôt à néant. Et les chrétiens pourront brandir autant qu'ils veulent les lettres de leur saint Paul, assénant que « la sagesse [chrétienne] est une folie pour le monde », il n'en restera jamais moins, qu'elle est une folie et non une sagesse, et qu'il n'est pas sain – encore que saint – de jouer ainsi avec la logique aristotélicienne pourtant développée par nombre de philosophes monothéistes. Dissonance cognitive, quand tu nous tiens…

Mais « ne pas être l'ami de tout le monde » fait-il des Béarnais des salauds pour le reste du monde ? Un autre dicton les dicte feals et courtès, indécidablement traduit par fidèles ou filous [envers autrui] et courtois. Je ne sais pas s'il faut décider entre ces termes, mais je sais que la courtoisie n'est pas un appel au crime, tandis que fidélité ou filouterie non plus, bien que vous espériez bien – en tant que chrétiens, et même alentours – que Léon XIV soit plus fidèle que filou. Pour le savoir, mettrons-nous son confessionnal sur écoute de la NSA avec analyse IA de tous ses propos, afin d'en dresser un diagnostic psy froidement numérisé et des projections comportementales ?

Cela m'incite à citer tels quels – par fidélité ou filouterie ? – les passages de son encyclique auxquels je souscris sans réserve, et tant pis pour la longueur :

« 171. Un autre risque [de l'IA], moins visible mais non moins grave, est celui du contrôle social, rendu possible par la collecte massive de données et l’utilisation de systèmes algorithmiques. Lorsque chaque geste laisse des traces – déplacements, achats, relations, préférences, – un nouveau pouvoir se crée : celui de profiler, de prévoir et d’orienter les comportements, souvent sans que les personnes en aient pleinement conscience. Si ces données sont utilisées pour prendre des décisions qui ont une incidence sur des opportunités concrètes (accès au crédit, recrutement, services) on risque de porter atteinte à la liberté et de discriminer les plus vulnérables. De plus, le contrôle ne passe pas seulement par des interdictions explicites, mais par l’architecture de la visibilité : ce qui est amplifié ou rendu invisible, ce qui est récompensé ou pénalisé, finit par façonner les opinions et les choix, générant conformisme et autocensure. C’est pourquoi la liberté, à l’ère numérique, n’est pas seulement une question intérieure : elle est aussi une question publique, qui exige des règles claires, de la transparence, des voies de recours et des limites proportionnées à l’utilisation de technologies intrusives, afin que la technique reste au service de la personne et ne devienne pas une forme d’emprise des consciences.
172. À l’origine de ces problèmes se trouve une mentalité technocratique et post-humaniste qui tend à considérer la personne comme un objet manipulable ou une ressource à optimiser, éliminant tout ce qui fixe des limites à la maximisation du profit : ce qui compte, c’est l’efficacité, et non le respect de la liberté et de la dignité humaine. Certains courants post-humanistes vont même jusqu’à envisager des êtres humains “de seconde classe”, au service des intérêts d’élites qui se perçoivent comme supérieures : une perspective inquiétante, d’autant plus grave lorsqu’elle s’associe à des outils technologiques qui amplifient de manière exponentielle le pouvoir de contrôle et de sélection. Même certaines logiques d’endettement structurel qui maintiennent des peuples entiers dans des conditions de dépendance, révèlent la même mentalité qui accepte, sous de nouvelles formes, des relations de subordination proches de l’esclavage.
173. Cette vision déformée de la personne se traduit aujourd’hui par diverses formes d’asservissement directement liées à l’économie numérique. Rien, dans le monde de l’IA, n’est immatériel ou magique. Chaque réponse qui semble immédiate et parfaite provient d’une longue chaîne de médiations, d’un vaste réseau de ressources naturelles, d’infrastructures énergétiques et, surtout, de personnes. Une part importante du fonctionnement de l’économie numérique repose sur le travail silencieux de millions d’êtres humains, employés à des activités peu visibles mais essentielles : étiquetage des données, modération des contenus – souvent très mauvais, – apprentissage des modèles. Dans de nombreux cas il s’agit de jeunes, pour la majorité des femmes, qui travaillent dur pour un salaire de misère. À cette fatigue invisible s’ajoute celle, encore plus brutale, de l’extraction des ressources nécessaires à la production des appareils et des microprocesseurs sur lesquels repose l’IA. Dans certaines régions du monde, des adolescents et des enfants travaillent dans des conditions dangereuses au broyage des matériaux dont on tire les terres rares. Des corps marqués, mutilés, usés pour que le flux de calcul ne s’interrompe pas. En outre, des réseaux criminels utilisent des plateformes en ligne, des systèmes de messagerie, des paiements anonymes et des techniques de profilage pour recruter, contrôler et déplacer des victimes de la traite, fréquemment mineures, transformant hommes et femmes en “données” à tracer et en “colis” à déplacer au sein des mêmes circuits numériques qui soutiennent une grande partie de l’économie mondiale. Cette réalité interpelle profondément la conscience morale de notre temps. Il ne suffit pas d’invoquer l’efficacité, ni de célébrer les bienfaits de l’innovation, s’ils reposent sur une chaîne d’exploitation qui reste délibérément invisible. Si une technologie promet l’émancipation mais produit de nouvelles formes de subordination mondiale, elle contredit le principe fondamental de la dignité de la personne. […]
178. Le colonialisme revêt de nos jours un visage inédit. Il ne domine pas seulement les corps, mais s’approprie les données, transformant les vies personnelles en informations exploitables. Des territoires entiers, en particulier ceux de moindre importance géopolitique et de plus grande fragilité structurelle, sont actuellement traversés par une nouvelle logique d’extraction : celle des flux sanitaires, profils épidémiologiques, cartes génétiques et données démographiques. Ce sont là les nouvelles “terres rares” du pouvoir : des informations vitales qui, une fois mises en relation, peuvent servir à entraîner des modèles prédictifs, à orienter des stratégies d’investissement, à anticiper les crises et surtout à sélectionner qui et quoi compte. Celui qui détient les données sanitaires de populations entières, aujourd’hui souvent collectées sous le couvert de l’aide, de la recherche ou de l’innovation, détient en réalité un levier structurel sur l’avenir : il peut modeler les besoins et les marchés. Et il peut décider, avant les autres, à qui destiner les médicaments, les investissements, les protections. C’est là que se joue l’un des enjeux moraux les plus urgents de notre époque : transformer la connaissance partagée en bien commun, et non en levier de domination ; rendre aux peuples non seulement les données qui les décrivent, mais aussi la possibilité de décider comment elles seront utilisées, par qui et pour qui. Autrement, l’ère numérique ne sera pas postcoloniale, mais coloniale sous une autre forme. […]
188. Dans le monde actuel une culture de la puissance s’installe progressivement, où la disponibilité des moyens et la capacité de dominer tendent à dicter l’ordre du jour et les critères de décision, reléguant le bien commun de l’humanité au second plan et réduisant le drame concret des peuples en guerre à une variable secondaire par rapport aux intérêts stratégiques. Cette culture de la puissance s’infiltre dans la société, modifie les relations et les comportements, se répand en normalisant la guerre, en recherchant une puissance militaire toujours plus grande, en profitant de la crise du multilatéralisme et en alimentant un faux réalisme qui répète qu’il n’existe pas d’alternatives. […]
218. Nous avons besoin d’un sain réalisme qui évite autant l’idéalisme politique que le cynisme. Il y a en effet un idéalisme qui, pour préserver sa propre vision du monde, sélectionne les faits, les déforme, les renomme, et finit par vivre dans une réalité faite sur mesure pour ses propres convictions. Il existe d’autre part un réalisme dégradé qui confond constatation et résignation : puisque la force domine, il en conclut qu’elle doit dominer. Le réalisme authentique ne renonce pas à changer le monde. Il commence par voir clairement les intérêts, les peurs, les entraves et les rapports de force, précisément pour évaluer ce qu’il est possible d’obtenir et par quelles étapes. Il ne réduit pas la politique à la morale, mais ne la livre pas non plus à la violence. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot, c’est-à-dire des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, une prévention des conflits et la protection des civils. »

Voilà des constats qui n'ont rien de particulièrement chrétiens. Qu'aujourd'hui le christianisme s'identifie lui-même à la défense inaliénable de la vie humaine, ne rend pas cette défense identique au christianisme. D'autre part, quand même le christianisme estime que « l'Esprit-Saint souffle partout » au point d'inspirer des non-chrétiens, on n'a pas besoin de se sentir inspiré tout court, et on peut rejeter avec force cette interprétation saint-spirituelle plaquée, pour ce qu'elle est : une interprétation. C'est le même problème avec les baptêmes non-choisis, plus tard indésirés : vous pouvez demander à votre diocèse de naissance, de rayer votre nom de leurs listes ; pas de l'effacer. Il y a peut-être là une récrimination à mener auprès de la CNIL, car l’Église refuse la suppression de nos données… sur le principe moral, ça reste du même ordre qu'un musulman refusant l'apostasie de ses coreligionnaires, certes en bien moins agressif.

Mais ne pas défendre la vie humaine de manière inaliénable fait-il de moi un fasciste sans détour ? Ce manichéisme laisse à désirer. En mathématiques, non-I pour Inaliénable n'est pas anti-I ; non-I est l'ensemble allant de A à Z à l'exclusion de I. De sorte que si le fascisme correspond à F, ne pas défendre la vie humaine de manière inaliénable laisse encore 24 façons d'être non-fasciste, tout en ne défendant pas la vie humaine de manière inaliénable – l'alphabet comptant 26 lettres dont I et F viennent d'être exclues, pour ceux qui ne suivaient pas. À la vérité T, l'encyclique Magnifique Humanité de Léon XIV est avant tout une illustration de ce que le philosophe chrétien personnaliste français Emmanuel Mounier, nomma de façon inattendue totalitarisme chrétien.

Illustrons cela d'un extrait de la fin de l'encyclique : « 230. … Marie […] proclame que, de génération en génération, la miséricorde de Dieu s’étend sur ceux qui le craignent [Dieu]. » Où, non content d'observer que la miséricorde divine s'en tient seulement à ceux qui le craignent, le christianisme avère le monothéisme comme vaste chantage affectif, où le Dieu te fait libre mais ne te sauve qu'à condition d'y adhérer. Remarque : ce n'est pas comme si j'avais envie d'être sauvé non plus, puisque l'invention d'un tel besoin de sauvetage ne dépend elle-même que d'avoir inoculé l'idée que nos inévitables erreurs, fautes et autres désirs sont « des péchés » tandis que le péché est inventé pour critère ultime d'une certaine Chute (qui, en tant que telle, aurait innocemment représenté la fin de l'Âge d'Or discernable dans tous les mythes, de même que d'autres éléments dans la Genèse… si ça n'était pas doublé du peccatisme).

Ainsi, « Dieu est un éducateur mauvais et frustré. » Après avoir dit plus haut que c'était « un libéral fataliste », à lire la doctrine sociale de l’Église poursuivie dans l'encyclique, on découvre que cette institution n'a pas encore bougé du paternalisme bourgeois qu'elle soutenait au XIXème siècle, sinon que ce paternalisme peut être qualifié désormais de libertarien. Si, si. Paternalisme libertarien, c'est sous le Wikipedia anglophone, plus connu en France sous le nom de théorie du nudge, c'est-à-dire du dispositif incitatif et orientationnel. Libre, peut-être ; mais pas trop ! La logique aristotélicienne peut aller se rhabiller, mais c'est cohérent avec le biblisme : le Dieu est comme ça. Et si tu n'aimes pas, pour lui c'est pareil, quitte à t'éliminer… Une panique morale que l'on retrouve exponentielle, chez les pauvres hères entre les complotistes radicaux, les anarchistes ultimes et les rebelles de tous les mondes, de gauche à droite de l'échiquier sociopolitique et de haut en bas de l'échelle sociale (c'est arrivé avec la Charte éthique des Druides, pour vous dire…).

C'est que l’Église « ne veut pas faire de politique » tout en voulant accompagner le monde politique de la manière qu'elle estime réaliste, conformément à l'encyclique. C'est réaliste, dans son genre néanmoins politique, jusqu'au point où ça invite Monsieur le Président à tenir mieux compte du message chrétien et des chrétiens contemporains, dans la démarche gouvernementale. Les appels à la charité cachent mal une rapacité de fond. Au reste, la supposée « gentillesse » et le supposé « bon sens » qui s'expriment dans leur genre réaliste, demeurent bourrés de faudrait, à réfléchir sans pistes concrètes : ça sermonne, moralise, et même les journalistes de se sentir intimidés. Ça s’adresse à tout le monde et personne, à l’équivoque du On comme dirait Heidegger, de sorte que le message soit anontologique (dépourvu d'Être) dans ses prétentions à représenter un Être suprême pourtant.

Regardons les choses en face : comment prétendre honorer la diversité au nom du seul message évangélique ? À l'heure où plus personne ne se dit bonjour, même dans les villages, la diversité au nom d'un seul message prend une dimension de conservatisme totalitaire chrétien terrible. Avec sincérité et charité, Emmanuel Mounier avait mobilisé cette notion de totalitarisme chrétien contre les totalitarismes brutaux qu'il observait poindre dans les années 1930, que ça n'en retire rien à la pertinence de cette notion. Le christianisme, en l'occurrence catholique, recherche sa propre espèce d'efficacité devant les autres efficacités, et les commentateurs, lorsqu'ils se laissent intimider, appellent cela grâce et crainte de Dieu. On applaudit avec les otaries.

Mais revenons-en au paternalisme bourgeois/libertarien : il se trouve que le travail a toujours été au centre des vies quotidiennes, mais qu'il n’était pas pensé comme aujourd'hui séparé de la communauté et du loisir, administré par l’État et contractualisé par les firmes, dispositifs sociotechniques qui sont par eux-mêmes antisociaux au nom du social. Comment l’Église y remédierait-elle ? Ce qui est évident dans son message, c'est qu'elle ne valorise des formes de régionalismes et de municipalismes terriens, qu'à raison qu'ils participent du mondialisme totalitaire chrétien qu'elle incarne depuis l'époque coloniale ; où ses appels à lutter contre les nouvelles formes de colonisation numérique deviennent loufoquement hilarants. Deux métaphores tanakhiennes (vétérotestamentaires) de Babel et de la reconstruction des murs de Jérusalem – au début de l'encyclique – et l’Évangile ne font pas une transcendance, mais un imaginaire spécifique, lors même qu’on critiquait la colonisation numérique des imaginaires : le christianisme l’avait toujours déjà colonisé.

Son démocratisme relatif, hiérarchique, reste centralisé, tel que décrit par Peter Sloterdijk dans le Palais de Cristal, où l’Église constitue historiquement et littéralement un modèle de firme multinationale, serait-elle plus proche d'une ONG que d'AnthropicAI. À l'heure où, en effet, les firmes multinationales ont plus de budget que des Etats pourtant puissants du G7, nous ne pouvons qu'admettre vivre en « e‌pikairocratie » (autour-des opportunités-le pouvoir, le pouvoir autour des opportunités – en grec entreprises-pouvoir, le pouvoir aux entreprises) : les appels ecclésiastiques à l’État, lui-même en faillite, sont au contraire irréalistes alors.

Par « réalisme » sûrement, cette réalité actuelle n’est jamais dénoncée par l’Église, mais au contraire accompagnée par-devers la conscience des pouvoirs idoines, concentrés et déresponsables du monde contemporain… tout en ayant d’emblée prétendu les côtoyer et les transcender politiquement, alors que pas du tout. Répétons que deux métaphores tanakhiennes (vétérotestamentaires) de Babel et de la reconstruction des murs de Jérusalem – au début de l'encyclique – et l’Evangile ne font pas une transcendance, mais un imaginaire spécifique. À la fin, c'est comme toujours : une question de pouvoir. « À lui [Dieu] la puissance, le règne et la gloire, pour les siècles des siècles. » Faut-il qu'on dise amen ! S'il est ce Dieu des monothéismes du Livre, non. S'il est ce Dieu créateur de toutes les traditions, c'est inutile.

Alors, après l'affaire de la croix du Pic d'Aneto, je songe à cette légende basque concernant Jésus, surnommé Kixmi, le Singe, tout un symbole de malignités, en cette époque où les Ancêtres des Basques recouvraient tout le Sud-Ouest, Lourdes comprise, sans être celtes/gaulois car apparentés Ibères : « En ce temps-là, comme un sage pré-chrétien devinait l'avènement de l'ère chrétienne, il demanda aux siens de le jeter par la falaise, car il ne ferait plus bon vivre pour les sages en cette nouvelle ère. Quant aux siens, ils se réfugièrent dans les dolmens », archaïques tombeaux alors interprétés pour levés par les Géants Mairuak, et qu'on nomme aujourd'hui rochers aux Jentilak, c'est-à-dire – deux notions monothéistes désignant les polythéistes pour des paysans et des gentes non-juives : – aux païens, aux gentils.

Pour enchaîner, lire :
Lettre ouverte aux païens dont je suis, et aux monothéistes en général
et Lettre ouverte aux « païens » dont je suis, aux monothéistes en général,
ainsi qu’aux « athées »
 mais aussi Les Dieux & Déesses « français »
ainsi que Divine Marianne !

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