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Au Brésil, dans un futur proche, les aînés sont transportés dans des colonies où une fin de vie confortable leur est promise. Or, le seuil d’âge de cette migration obligatoire vient d’être abaissé. C’est ainsi que Tereza, une septuagénaire qui croyait disposer de quelques années encore chez elle, se voit embrigadée. Mais voici que Tereza se rebiffe et fugue afin d’effectuer une ultime odyssée. Dans Les voyages de Tereza (O Último Azul), une dystopie brillante, Denise Weinberg livre une performance vibrante en femme qui revit sur le tard.
Coécrite et réalisée par Gabriel Mascaro, cette production lauréate de l’Ours d’argent, ou Grand Prix, à Berlin, captive d’emblée grâce à une création d’univers aussi minimaliste qu’ingénieuse.
À des panoramas semi-ruraux réalistes, Mascaro intègre des manifestations de ce nouvel ordre social : ici, ce vieil homme à l’air résigné qui est déplacé dans une cage, là, ces aînés regroupés qui sont invités à ramasser des sacs de voyages — tous identiques — fournis par l’État…
Il y a, dans cette représentation épurée, un mélange de futurisme « bricolé » et de précision clinique, en phase avec la précarité économique dépeinte et la froideur des instances gouvernementales responsables de la mesure extrême à laquelle l’héroïne refuse de se soumettre.
Fable anti-âgisme
La première partie du périple de Tereza, sur l’Amazone, fait volontiers songer au chef-d’œuvre de John Huston The African Queen (La reine africaine), escargots hallucinogènes en prime.
À ce propos, le film lorgne parfois du côté du réalisme magique, que ce soit par l’entremise de la palette chromatique hyperexpressive (formidable direction photo de Guillermo Garza) ou de moments discrètement insolites, comme ces premiers plans de Tereza à l’abattoir où elle travaille, à titre d’exemple.
D’ailleurs, au gré de ses pérégrinations fluviales, Tereza élargira ses champs de compétences en plus de ses horizons.
Gabriel Mascaro met en scène cette grande aventure intime, avec un sens consommé de l’image. En effet, sous des dehors modestes, le film regorge de compositions inspirées, signifiantes, et de couleurs, comme évoqué, aussi débridées que l’est la protagoniste.
Tout est parfaitement calibré et modulé afin que le fond et la forme voguent de conserve. Il en résulte une fable anti-âgisme pleine de lumière et d’intelligence. Car, comme le fait remarquer un des personnages : « Il faut renouveler l’espérance. »


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