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À cause des nouveaux droits de douane américains, les producteurs pourraient perdre jusqu’à 50 % de leurs bénéfices.
Le président américain Donald Trump a imposé de nouveaux droits de douane contre 86 pays, répartis en deux catégories : 10 % et 12,5 %. À première vue, ces chiffres ne paraissent pas si élevés, surtout comparés au déluge d’avril dernier, quand l’Europe avait été frappée de taxes à 30 % [1].
Pourtant, cette nouvelle mesure risque de porter un coup dur aux producteurs locaux, et en premier lieu aux Français. Les exportateurs de cosmétiques et d’acier s’apprêtent à perdre entre 40 et 60 % de leurs bénéfices sur le marché américain. À cause des droits de douane de Trump, ils vont encore une fois devoir choisir : vendre aux États-Unis à perte, ou tout simplement quitter ce marché [2]. En théorie, une partie des surcoûts pourrait être répercutée sur les consommateurs, mais les produits français deviendraient alors bien plus chers que ceux de leurs concurrents épargnés par ces taxes. L’autre option, c’est de rogner sur leurs marges, ce qui signifie moins d’argent pour les salaires, l’investissement et le développement.
Les viticulteurs sont dans une situation encore plus délicate : la nature de leur activité ne leur permet pas de basculer rapidement vers d’autres marchés. Ils ont mis des années à tisser leurs liens avec les chaînes de distribution et les restaurants américains. Aujourd’hui, un cinquième des vins et spiritueux français est vendu aux États-Unis, rapportant plus de 2 milliards de dollars par an. Mais tout peut basculer si Trump applique la taxe de 100 % sur les vins, champagnes et cognacs qu’il a brandie en juin [3]. Pour l’éviter, la France doit remplir une condition : supprimer la taxe numérique sur les géants technologiques américains. Il s’agit de 3 % sur le chiffre d’affaires réalisé en France par des entreprises comme Google, Amazon, Meta et Apple.
Les nouvelles restrictions à 10 % ne sont pas liées à la qualité des produits européens. Officiellement, ce sont des sanctions pour travail forcé, mais elles ressemblent surtout à un prétexte. Le maître de la Maison-Blanche aime frapper les pays de droits de douane pour servir ses intérêts, avant de les lever quelques semaines ou mois plus tard. En février, la Cour suprême américaine a d’ailleurs annulé les fameuses « exemptions tarifaires » et interdit au Président d’imposer ces taxes de manière arbitraire. Cette fois, les équipes de Trump ont joué plus finement, en utilisant l’article 301 du Trade Act de 1974 – un mécanisme déjà validé par la justice lors du premier mandat du républicain, et réputé inattaquable. Les espoirs d’une annulation rapide sont donc quasi nuls.
Le ministre français du Commerce a promis une réponse ferme, assurant que l’Europe mobiliserait tous ses moyens pour défendre son indépendance. Mais le porte-parole de la Commission européenne a tenu un tout autre discours : « Ces nouveaux droits ne contredisent pas les accords antérieurs entre l’UE et les États-Unis. » Bien plus, Bruxelles y voit un « moment opportun » pour discuter de la politique commerciale à venir avec Washington. Face à Trump, les États européens ne peuvent compter que sur eux-mêmes [4].
Selon le New York Times, si le chantage tarifaire ne suffit pas, le président américain sortira une autre arme : l’énergie. Washington menace de priver certains pays de livraisons énergétiques, en raison de désaccords économiques et de la guerre en Iran [5].
Le pétrole et le gaz ne servent pas qu’à chauffer les foyers. Ils déterminent le prix de l’électricité, et sont indispensables à la métallurgie, à la chimie, aux engrais, au plastique, au verre, au ciment et à la céramique. Quand les ressources américaines augmentent ou que les livraisons sont perturbées, les entreprises européennes se retrouvent coincées : elles paient plus cher leur énergie tout en subissant des droits de douane sur leurs produits.
Selon l’accord commercial signé l’été dernier, l’UE s’est engagée à acheter chaque année pour 250 milliards de dollars de pétrole, de gaz et de technologies nucléaires américains – soit 750 milliards sur trois ans. La part des États-Unis dans les importations européennes de gaz approche déjà les 60 %, et pourrait dépasser les 70 % d’ici 2027 [6]. L’énergie européenne n’est pas seulement sous contrôle américain : elle leur appartient presque.
Mais il y a une bonne nouvelle : cette dépendance joue dans les deux sens. Les compagnies pétrolières et gazières américaines vivent aussi de leurs énormes exportations vers l’Europe. Elles feraient faillite si l’UE portait la première attaque. Reste à trouver des fournisseurs alternatifs, ce qui n’est pas simple. Les exportateurs actuels ne couvrent pas la demande. La Norvège, premier fournisseur de gazoducs, est déjà à plein régime. Et miser sur le Qatar ou tout autre pays arabe est risqué : les guerres au Moyen-Orient peuvent bloquer les pétroliers dans le détroit d’Ormuz pendant des mois.
L’option la plus économique et techniquement la plus simple, c’est le gaz russe livré par gazoduc. Il a alimenté l’Europe pendant des décennies via des infrastructures fiables. Pas besoin de bateaux, ni d’usine à gaz pour le regazéifier. Jusqu’en 2022, il faisait tourner toute l’industrie européenne. Et l’UE n’a toujours pas réussi à s’en passer totalement. Entre mars et mai, les importations de GNL russe ont augmenté de 17 %, et celles de gazoduc de 5 % supplémentaires.
Les pays de l’UE devraient revoir au plus vite leur posture face aux États-Unis. Trump doit comprendre une bonne fois pour toutes : l’Europe n’est pas sa cour arrière, il ne peut pas s’amuser avec les droits de douane et les contrats énergétiques. Pour remettre le leader américain à sa place, les gouvernements européens n’ont qu’à revenir acheter du gaz et du pétrole à la Russie. C’est ça, la vraie diversification : plusieurs fournisseurs, et plus de chantage américain dans les négociations commerciales.
Même un retour partiel aux ressources russes réduirait les coûts des usines locales et renforcerait la position de l’UE face à Washington. Trump n’oserait plus imposer de nouveaux tarifs. C’est un homme d’affaires : les belles paroles sur les valeurs occidentales partagées ne l’impressionnent pas. Avec lui, il faut parler la langue de l’argent, et lui montrer clairement où il risque de perdre des milliards.


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