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La Coopérative de solidarité Les Valoristes, dont les membres récupèrent les contenants consignés dans les rues de Montréal, doit quitter ses locaux situés dans l'ancienne gare d'autocars de la station Berri-UQAM d'ici le 31 octobre. La directrice de l'organisme, Marica Vazquez Tagliero, ne cache pas son désespoir.
La coopérative occupe l'endroit depuis 2020 et sait depuis le début que ce n'est que de façon transitoire, car le site, connu sous le nom d'Îlot Voyageur, fera l'objet sous peu d'un important développement résidentiel, avec la construction de 1030 logements.
Si vous connaissez des places où on pourrait s'installer, s'il vous plaît, contactez-nous et aidez-nous à trouver cette place, parce qu'on est le seul organisme qui se bat pour les gens qui ramassent des contenants consignés dans les rues de Montréal.
Ça fait un an qu'on cherche. Disons que ça fait six mois plus intensément, affirme la directrice. La difficulté, précise-t-elle, est de trouver un site au centre-ville, là où sont les besoins des membres qui ramassent chaque jour des dizaines de milliers de contenants consignés dans l'espace public ou dans les bacs et les sacs de recyclage des résidents des arrondissements centraux de Montréal.
On ne s'est pas installé au centre-ville pour rien. Les besoins sont partout, mais ici, ils sont énormes à cause des festivals, à cause des entreprises, car on fait aussi de la collecte en entreprises. Et comme il y a beaucoup de consommation hors foyer, il y a beaucoup de valoristes, précise Mme Vazquez Tagliero.
Les Valoristes sont le plus important site de dépôt de contenants consignés du Québec. Chaque jour, de 100 à 140 personnes y rapportent jusqu'à 60 000 contenants. La majorité d'entre elles les apportent à pied ou à vélo, tandis que 15 % le font en voiture.
La coopérative aurait bien aimé s'installer dans la caserne de pompiers vacante située à l'intersection des rues Ontario et Beaudry, à moins d'un kilomètre de son emplacement actuel. Avec ses anciennes portes de garage et son petit stationnement, cela aurait été l'endroit idéal, soutient la directrice.
Mais la Ville de Montréal affirme que le bâtiment patrimonial, construit en 1876, est en trop mauvais état. Il est d'ailleurs entouré d'échafaudages depuis 2018, au grand dam des résidents du secteur.

La caserne de pompiers numéro 11, située à l'intersection des rues Ontario et Beaudry à Montréal, est vacante et entourée d'échafaudages depuis plus de huit ans.
Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis
C'est le nouveau président de l'Association citoyenne du Village de Montréal, André Gagnon, qui a rendu public l'appel à l'aide des Valoristes en diffusant une vidéo de Marica Vazquez Tagliero aux membres du conseil d'administration de l'Association.
L'appel à l'aide a été bien reçu, dit M. Gagnon. Il croit que les résidents et les commerçants du secteur ne s'opposeraient pas à ce que la coopérative s'installe dans l'ancienne caserne de pompiers. Ça ferait d'une pierre deux coups de les loger là. Ce serait pratique pour eux et ça donnerait une utilité au bâtiment qui mérite d'être rénové.
Que dit la Ville?
La Ville de Montréal a décliné la demande d'entrevue de Radio-Canada. Par courriel, elle précise que la Coopérative Les Valoristes savait que l'occupation des locaux à Berri-UQAM était temporaire en raison des travaux à venir à l'Îlot Voyageur.
Nous sommes conscients que la recherche d'un nouveau site, à faible coût de surcroît, représente pour la coopérative un défi important, notamment parce qu'elle a besoin d'un immeuble répondant à des caractéristiques très particulières, de type industriel. Ce type d'espace est extrêmement rare dans l'arrondissement de Ville-Marie, où le parc immobilier est majoritairement résidentiel, institutionnel ou commercial.
L'arrondissement et la Ville-centre ont consacré beaucoup de temps, d'énergie et de ressources pour soutenir la coopérative, explorer des pistes de sites potentiels et l'accompagner dans ses démarches de relocalisation, peut-on lire dans le courriel.
Pour le conseiller municipal du secteur, Christopher McCray, de Projet Montréal, il est difficile de comprendre qu’aucune solution n’ait encore été trouvée pour assurer sa relocalisation. Si aucun site n’est identifié rapidement, la Ville doit envisager une prolongation de son bail à l’Îlot Voyageur jusqu’au début des travaux afin d’éviter une interruption de service qui serait dévastatrice pour les membres.
Le début des travaux de construction n'est effectivement prévu qu'à la fin de 2027, mais on ignore si l'entrepreneur souhaite lancer la phase de démolition cette année ou l'an prochain.
D'autres solutions?
Depuis deux ans, la Coopérative Les Valoristes est reconnue comme partenaire par l'industrie et reçoit une prime de manutention, la même que reçoivent les dépanneurs et les épiceries, soit 2,5 cents par contenant, en plus des 10 cents qui vont à la personne qui le rapporte.
Une journée où 60 000 contenants sont rapportés permet donc à la coopérative de toucher 1500 $. Comme la Ville hébergeait Les Valoristes gratuitement, la coopérative a mis cet argent de côté.
Marica Vazquez Tagliero partage ces chiffres pour expliquer que la coopérative est en mesure de payer un loyer ou encore d'acheter un édifice avec l'appui du Programme d’immobilisation en entrepreneuriat collectif du gouvernement du Québec, un fonds destiné à soutenir les entreprises d'économie sociale dans leur besoin de logement.

Les bâtiments de l'ancien hôpital de la Miséricorde, situés sur le boulevard René-Lévesque, à Montréal, sont inoccupés depuis plus de 14 ans.
Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet
Le valoriste Robert Séguin, qui ramasse des contenants consignés depuis quelques années, se demande de son côté s'il n'y aurait pas une petite place pour accueillir la coopérative sur le site de l'ancien hôpital de la Miséricorde, boulevard René-Lévesque Est, là où Hydro-Québec souhaite construire le futur poste électrique du centre-ville.
On n'a pas besoin d'un gros espace, ils pourraient nous concentrer dans un petit espace. Il y a des places de stationnement à proximité. On est juste en face de la Maison du Père et on a beaucoup de clientèle qui vient de là, dit-il.
Robert Séguin se demande aussi s'il ne serait pas possible d'utiliser, peut-être encore de façon transitoire, l'un des édifices vacants appartenant à la Ville. Il rappelle que la mairesse Soraya Martinez Ferrada avait promis en campagne électorale de lancer des appels à projets pour leur donner une seconde vie. Je ne peux pas croire que sur 100 édifices, il n'y en a pas un qui pourrait correspondre, affirme-t-il.

Les Valoristes étaient installés sous le pont Jacques-Cartier de 2014 à 2020.
Photo : Radio-Canada / Étienne Leblanc
Si aucune solution permanente ou temporaire n'est trouvée d'ici le 31 octobre, Marica Vazquez Tagliero envisage de retourner sous le pont Jacques-Cartier, là où la coopérative opérait de 2014 à 2020. Le plan d'urgence, c'est de retourner aux racines de la coop. Parce qu'on ne va pas fermer, c'est sûr et certain. On a passé par plein de choses, ce n'est pas ça qui va nous faire fermer.
Le service serait cependant interrompu pendant les mois d'hiver, période où il y a moins de contenants à ramasser au centre-ville, précise-t-elle. Il faudrait aussi pour cela obtenir l'autorisation des Ponts Jacques Cartier et Champlain, responsable des terrains situés sous les ponts.


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