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Les ultrariches veulent être plus taxés, prenez leur argent s'il vous plaît

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À Davos, cette année, les slogans les plus radicaux ne venaient pas de la rue. Pendant que chefs d'État et patrons se retrouvaient au Forum économique mondial, près de 400 millionnaires et milliardaires de 24 pays ont signé une lettre ouverte au ton sans équivoque, relate Futurism: «Les 1% les plus riches possèdent désormais plus que les 95% restants de la population mondiale réunis. Les millionnaires que nous sommes refusent de rester silencieux. Il est temps de nous faire entendre. Taxez-nous et veillez à ce que les cinquante prochaines années tiennent la promesse d'un progrès pour tous.»

Parmi les signataires figurent des héritiers de grands groupes comme Abby et Tim Disney, des stars comme Mark Ruffalo, ou encore des magnats de l'immobilier comme Jeffrey Gural. Leur message tient en quelques mots, répétés comme un mantra politique: «Taxez-nous. Taxez les ultrariches. En tant que millionnaires solidaires de tous les citoyens, nous l'exigeons. Et en tant que représentants élus –que vous soyez à Davos, conseillers municipaux, maires ou dirigeants régionaux– il est de votre devoir de nous l'accorder.» La sortie est suffisamment inhabituelle pour avoir fait le tour des médias. Quand ceux qui profitent le plus du système demandent ouvertement à être davantage ponctionnés, c'est que quelque chose se fissure dans le discours dominant.

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En toile de fond figure le désormais irréfutable diagnostic de l'explosion des inégalités. L'économiste et philosophe Ingrid Robeyns résume le problème dans une tribune pour le Guardian: «Il s'agit de savoir qui obtient quelle part de ce que nous produisons ensemble.» Autrement dit, la question n'est pas seulement celle des revenus, mais de la manière dont la richesse issue du travail collectif est captée. «Au cours des dernières décennies, le fossé s'est creusé, rendant les détenteurs de capitaux encore plus riches et les travailleurs encore plus pauvres», écrit‑elle, décrivant un monde où la propriété du capital s'accumule de plus en plus en haut de la pyramide, tandis que les salaires stagnent.

Les conséquences sont partout, mais rarement attribuées aussi frontalement à cette concentration de richesse: crise climatique accélérée par les grands groupes pétroliers, famines relevant non pas d'une production insuffisante mais d'un problème de distribution, traitements dont les brevets sont jalousement gardés par les groupes pharmaceutiques, dégradation des écoles et services publics… La liste est longue. La priorité donnée au rendement des capitaux plutôt qu'aux besoins sociaux élémentaires est aujourd'hui flagrante.

La faillite du système

Pour Ingrid Robeyns, le blocage tient aussi au cadre idéologique qui empêche de penser d'autres organisations possibles: «Tant que nous éludons la question de savoir si le capitalisme néolibéral répond à nos attentes et que nous ne nous penchons pas sérieusement sur la question de savoir s'il existe de meilleurs systèmes, les problèmes majeurs auxquels le monde est confronté ne peuvent être correctement compris, et encore moins résolus.»

Tant que l'on s'interdit de questionner le capitalisme néolibéral lui‑même, poursuit‑elle, on se contente de bricoler des réponses à des symptômes, sans jamais traiter la cause. La lettre des ultrariches prend acte, à sa manière, de cette crise de légitimité: si même ses grands gagnants demandent à être contraints, c'est que la promesse originelle de notre système –celle de la croissance, du progrès et par extension des richesses pour tous– ne tient plus.

Reste une contradiction que le texte ne peut pas effacer: ces fortunes colossales ne tombent pas du ciel. Elles sont le résultat direct de ce système, qui a permis d'extraire toujours plus de valeur du travail sans en partager les gains. Sur un plan historique, rappeler qu'il faudrait taxer davantage ceux qui ont le plus profité des règles du jeu revient à demander à l'État de corriger a posteriori un déséquilibre qu'il a lui‑même contribué à créer par ses politiques.

Surtout, prévenir ne suffit pas. L'histoire sociale récente montre que les avancées durables –État‑providence, protections collectives, redistribution– n'ont jamais reposé sur la bonne volonté des plus riches, mais sur un pouvoir organisé, capable de leur imposer des compromis. Attendre que les ultrariches financent spontanément le bien commun, c'est se condamner à des gestes symboliques, facilement réversibles.

La tribune de Davos a, au mieux, le mérite d'ouvrir une fenêtre politique. Si même une partie du 1% affirme que la situation est devenue indéfendable, il devient plus difficile pour les gouvernements de prétendre qu'il n'y a pas d'alternative.

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