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Les travailleurs immigrants, ingrédient essentiel à la Boulangerie St-Donat

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Difficile d’imaginer dessert plus québécois qu’une tarte au sucre. Pourtant, c’est en bonne partie grâce à l’apport de travailleurs immigrants, demandeurs d’asile ou travailleurs temporaires que la Boulangerie St-Donat en produit une quantité industrielle chaque année. Les récents changements aux règles d’immigration donnent toutefois des sueurs froides aux dirigeants de cette PME en activité depuis 100 ans.

Une odeur agréable de sucre flotte entre les murs de la Boulangerie St-Donat. L’usine a beau produire environ 24 000 tartes par jour, l’atmosphère est détendue le long de la chaîne de production. Une tarte à la fois, deux travailleuses versent à la main les noix qui se retrouvent dans les fameux desserts aux pacanes de l’entreprise.

Un peu plus loin, au bout de la chaîne, quatre employés s’affairent à peser les tartes et à les mettre sur des plateaux pour les préparer à la cuisson.

« Des travailleurs d’Italie, de Colombie, du Mexique et du Sénégal », nous souffle fièrement à l’oreille Alain Courcelles, directeur de l’usine.

L’entreprise située dans le village du même nom, à un peu moins de deux heures de route au nord de Montréal, emploie depuis l’été 2023 des travailleurs étrangers temporaires (TET). Ils sont aujourd’hui une quinzaine sur un total de 75 employés, comme journalier ou opérateur.

« C’est la meilleure décision qu’on a prise en tant qu’entreprise, assure M. Courcelles. Avant, j’étais sur le plancher régulièrement pour aller emballer. La présidente aussi. Pendant qu’on faisait ça, on ne peut pas faire notre job et faire grandir l’entreprise. »

Le recours aux travailleurs étrangers a apporté une prévisibilité recherchée depuis longtemps.

« Ça fait plus que 25 ans que je suis en RH dans le domaine alimentaire. Je n’ai jamais vécu une stabilité de main-d’œuvre comme je la vis depuis 2023, raconte Annie Boudreau, directrice des ressources humaines de l’entreprise. Pour moi, la corrélation est directe. Ce sont des gens qui sont là pour les bonnes raisons. Ils ont le goût de travailler, ce sont les bons profils pour ces postes-là. Ils sont sur leur X. »

Auparavant, l’entreprise faisait face à des difficultés récurrentes pour recruter des travailleurs locaux. Les CV étaient rares, voire inexistants.

« C’est pas sexy de travailler dans le manufacturier, encore moins dans l’alimentaire, reconnaît Alain Courcelles. Ton pouvoir d’attraction est bas, c’est difficile d’attirer les gens, surtout en région. »

« On se retrouvait contraint à prendre des gens qui ne remplissaient pas tous nos critères, poursuit Annie Boudreau. On les essayait par dépit et ça ne fonctionnait pas. Donc, le roulement est constant, puis ça essouffle tout le monde, finalement, d’avoir à recommencer avec un nouveau à chaque fois. »

« Ils font partie de Saint-Donat »

Cette stabilité est menacée par les récents changements apportés aux règlements en immigration.

En transformation alimentaire, les révisions effectuées par Ottawa l’an dernier ont ramené le ratio maximal de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire par entreprise de 30 à 20 %. Dans le cas de la Boulangerie St-Donat, on frôle la limite maximale.

« On est toujours sur le fil, reconnaît Marie-Ève St-Amour, p.-d.g. de la société. On se demande souvent : si un employé québécois quitte, est-ce qu’on est encore dans le ratio ? On vit toujours avec ce stress-là. »

Plusieurs de ces travailleurs temporaires espéraient aussi accéder à la résidence permanente grâce au Programme d’expérience québécoise, récemment aboli.

Pour ceux dont le permis de travail arrive à échéance en 2026, l’avenir s’annonce incertain. Parmi eux, un jeune travailleur du Mexique. Sa femme l’a rejoint et travaille maintenant, elle aussi, à l’usine. Leur premier enfant est né à Saint-Donat et fréquente la garderie du coin.

« Si on n’est pas capable de renouveler son permis et qu’il quitte, c’est sûr que sa femme va le suivre et on va perdre deux employés d’un coup. Je ne peux pas imaginer qu’on va devoir peut-être leur dire au revoir. Pour moi, ça ne fait aucun sens. Ils sont super bien intégrés dans la communauté », se désole Annie Boudreau.

« Ils font partie de Saint-Donat » , ajoute Marie-Ève St-Amour, qui souhaite l’adoption d’une clause de droits acquis pour les TET déjà au pays.

La boulangerie emploie également trois demandeurs d’asile dont le statut sera déterminé prochainement par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada.

« C’est un groupe qui est à risque aussi, reconnaît Mme St-Amour. Ça fait beaucoup de monde dans l’usine qui est à risque de quitter. Le beau château de cartes qu’on a mis tant d’efforts à construire, j’ai l’impression qu’on va souffler dessus. »

Prudence forcée

La compagnie, dont les produits sont distribués dans toutes les grandes chaînes d’alimentation québécoises, vise prochainement le marché ontarien.

« On a des projets d’investissement, d’automatisation, de développement de marché aussi, résume Marie-Ève St-Amour. Il y a de la demande pour nos produits et on aimerait bien ça être capable d’y répondre. »

Mais l’incertitude reliée à la main-d’œuvre incite l’entreprise à agir avec la plus grande prudence.

« On peut bien accepter un nouveau contrat maintenant, mais si je perds 7-8 travailleurs étrangers dans six mois, on ne pourra pas l’honorer », explique Alain Courcelles, qui déplore l’inaction des deux paliers de gouvernement sur la question.

« La question qu’il faut se poser, c’est combien de temps encore les Québécois veulent manger nos tartes ? Parce que si on ne peut pas les produire, ils ne pourront pas en manger. »

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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