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Plus de 300 000 personnes ont défilé hier à travers la France lors d’une grève d’un jour du secteur public. Les travailleurs de l’éducation, de la santé, de l’énergie, des transports et les sapeurs-pompiers ont manifesté contre le programme d’austérité de 54 milliards du premier ministre Sébastien Lecornu avec le gel du point d’indice. La police française a aussi réprimé brutalement une vague d’occupations des lycées contre le manque de personnel et de moyens dans l’éducation.
70 000 personnes ont manifesté à Paris, 30 000 à Marseille, 10 000 à Bordeaux, 8 000 à Lyon, 7 000 à Toulouse et à Nantes, et 5 000 à Rouen et à Rennes. Environ 10 % de la fonction publique, dont 14 % des enseignants, ont fait grève.
Les occupations de lycée ont commencé le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry à Créteil, se répandant en région parisienne et dans toute la France. Les lycéens de 416 lycées ont manifesté hier après un appel de l’Union syndicale lycéenne à la solidarité et à la lutte commune avec les travailleurs du secteur public. La police a arrêté au moins 600 personnes, et des dizaines de lycéens et d’enseignants ont été blessés.

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Travailleurs et jeunes ont parlé au WSWS lors des manifestations hier à Paris sur la crise sociale, l’opposition à la guerre, et le danger d’une dictature fascisante alors que l’élection présidentielle de 2027 pourrait opposer un néofasciste au dirigeant populiste de LFI, Jean-Luc Mélenchon. Ils ont aussi exprimé leur mécontentement envers les directions syndicales après le bradage de la lutte pour les retraites en 2023 et appelé à la libération du trotskyste ukrainien Bogdan Syrotiuk.
Vincent Bohan, un responsable de la CGT à Poitiers, a parlé des conditions des travailleurs de la santé et de l’éducation : «On en a marre que nos salaires soient gelés. On a 60 pour cent des fonctionnaires de catégorie C payés en dessous du SMIC. … Il y a de plus en plus de gens qui viennent nous voir, et on n’est plus assez pour pouvoir répondre aux besoins de la population.»
Sur l’aveu de Macron jeudi que la France et la Russie pourraient se faire la guerre, il a dit : «Quand on entend les discours de Macron, toujours plus provocants les uns que les autres, quand on voit les milliards d'euros dépensés pour tuer des gens dans la guerre, alors que le peuple français crève de faim, on a envie de lui dire, concentre-toi sur ceux qui crèvent chez toi au lieu d'aller tuer les autres. Franchement ils nous inquiètent fortement.»
Bohan a averti du danger d’une victoire néofasciste à l’élection présidentielle mais a indiqué que les travailleurs entreraient aussi en conflit avec Mélenchon s’il remportait l’élection : «Il n'y a pas de candidat idéal. En tout cas, nous, ce qu'on regarde, c'est les programmes. Celui qui se rapproche le plus du nôtre, pour l'instant, c'est celui de Mélenchon. Et puis, de toute façon, on n'a pas le choix. Même si Mélenchon est élu, le soir de son élection, ce ne sera pas le grand soir. Il faudra la rue derrière lui pour l'obliger à faire ce qu'on a envie qu'il fasse.»
Stéphane, membre de la CGT au CROUS, a critiqué le manque de moyens malgré la montée de la demande pour des repas à 1 euro. «Aujourd'hui on est en grave difficulté, manque de moyens, manque de personnel, et puis on a des salaires très bas», a-t-il dit. Avec des salaires à 1 500 euros mensuels à Paris avec de l’ancienneté, «On est à découvert dès le 5 du mois. On prend des crédits, aujourd’hui c’est très compliqué, même invivable.»
Ses collègues ont «peur, il n’y a pas d’autre mot» face à l’escalade des guerres, et expriment une désillusion envers les partis établis : «On a hâte que [le mandat de Macron] se termine déjà, mais voilà, même l'avenir, on n'y croit pas forcément.»
Sur le bradage de la lutte pour les retraites, Stéphane a dit qu’il y a des «désaccords» à la CGT, dont la nouvelle secrétaire générale Sophie Binet, «qui n’est pas quelqu'un de particulièrement impressionnante. Mais là encore on est assez loin de ça dans notre bataille au CROUS.»
Sara et Alex, étudiantes à la Sorbonne, ont dit au WSWS qu’elles manifestaient contre «tout ce qui est le gel des APL, la mesure Bienvenue en France, on considère ça comme une mesure raciste et xénophobe qui vise à empêcher les étrangers d'accéder à nos facs et à l'éducation». Elles ont dénoncé la répression policière : «C'est complètement fou de ramener des policiers habillés en civil pour réprimer des lycéens qui demandent juste d'avoir un accès à leur éducation.»
Sara a dit : «Les jeunes ne comprennent pas pourquoi tout l'argent va dans la guerre, pourquoi Macron veut mener ces frappes [en Russie NDLR] alors qu'à l'intérieur de son pays il rencontre de très grandes difficultés. On est fermement opposés à la guerre et au financement de la guerre.»
Eric, travailleur de Total, a fait grève aux côtés du secteur public : «Il n'y a pas d'industrie sans service public et il n'y a pas de service public sans industrie. … Tous les milliards que Macron donne à l'armée, il faudrait qu'il les mette dans les hôpitaux, dans les écoles, pour les pompiers qui se battent tous les étés contre les incendies. Clairement, cet argent, il n'a rien à faire dans l'armement.»
Il a prédit que l’élection présidentielle ne résoudrait rien. «Une fois que le président est élu, il va falloir que le peuple continue à pousser … le gouvernement à prendre des orientations vers la population», a-t-il dit, avant d’ajouter : «Mélenchon tout seul, sans le peuple, il ne fera rien. Donc il va falloir que les travailleurs continuent à pousser derrière. Et comment on pousse ? En se mettant en grève et en exigeant qu'il y ait des vraies mesures sociales.»
Hillah, aide-soignante, a dit au WSWS : «Le métier d'aide-soignante c'est un métier qui est précarisé, qui n'est pas valorisé, qui est très peu rémunéré. C'est beaucoup de contrats précaires, ça fait 3 ans que je suis en CDD, 5 ans que je suis diplômée. Au quotidien, on fait le travail de plusieurs personnes. Moi je suis toute seule pour 27 patients de nuit en soins intensifs, il y a de la perte de chances pour le patient, il y a de la fatigue chronique pour les soignants et surtout une fatigue psychologique.»
L’austérité de Lecornu, a-t-elle ajouté, «se matérialise au quotidien par le manque de matériel, de collègues. Moi, aujourd'hui, je fais des toilettes avec du papier parce que je n'ai plus de gants. J'arrive parfois pour commencer mon service, et on m'explique qu'il n'y a pas de protection, qu'on ne peut pas changer les gens, qu'il n'y a a pas de draps. J'ai des patients qui ont froid, je n'ai pas de couverture à leur donner.» L’austérité, a-t-elle ajouté, est «un crachat au visage des soignants mais aussi des patients.»
Elle a dénoncé la guerre contre la Russie : «Nous, en tant que soignants, potentiellement, on est mobilisable. Moi, je n'ai pas signé pour aller sur un terrain de guerre. … Mais aujourd’hui on est dans une majoration de la violence.» Elle a aussi souligné son opposition à la répression policière : «La France, c’est le pays de la liberté d’expression. Aujourd'hui, on a peur de venir manifester, de parler de nos idées, parce que potentiellement on peut se prendre un flashball dans les yeux.»
Hillah et d’autres manifestants ont appelé à la libération de Bogdan Syrotiuk, condamné à 15 ans de prison par le régime ukrainien pro-OTAN sur de fausses accusations de trahison parce qu’il appelle à unifier les travailleurs russes et ukrainiens contre la guerre. Ils ont souligné l’importance d’une lutte pour un mouvement politique qui unifierait les travailleurs contre la guerre et pour la défense des droits sociaux.
Bogdan, a dit Hillah, «ne mérite pas d'être enfermé parce qu'il a juste exprimé son opinion. Aujourd'hui, il n'y a pas d'autre solution que l'arrêt de la guerre. Ça ne va pas être facile, mais il faut trouver un terrain d'entente parce que là, l'Ukraine est en train d'être totalement détruite. Et finalement, ce monsieur, qu'est-ce qu'il demande ? Il demande la paix. Et il n'y a rien de plus important que la paix et la liberté et la solidarité.»
Stéphane, travailleur au CROUS, a dit que «15 ans c'est pas normal. On doit être dans une liberté d'expression, chacun a le droit de penser ce qu'il veut». Stéphane a ajouté que Bogdan ne «doit pas être seul à le penser … Il a le droit d'être contre la guerre.»
Alex, étudiante à la Sorbonne, a appelé «à sa libération» et a ajouté que le régime ukrainien persécute Bogdan car «Ils savent qu'on est capables de se rassembler en masse et de protester … Ils savent que si on s'unit tous, on est dangereux pour eux et pour leurs intérêts économiques.»


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