NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Les tourbières de l’Arctique — où des mousses poussent lentement, parfois depuis des millénaires, s’accumulant en un épais tapis spongieux, gorgé d’eau, qui recouvre un sol gelé en permanence — sont en train de gagner du terrain, selon une nouvelle étude.
Cette étude, à laquelle ont contribué des scientifiques québécois, met en lumière la résilience des écosystèmes arctiques, où le climat se réchauffe quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, mais aussi leur capacité salvatrice à séquestrer du carbone dans la tourbe.
Les tourbières qui s’étendent changent la couleur du paysage. « Actuellement, on voit un verdissement des régions nordiques », résume une autrice de l’étude, Michelle Garneau, qui est professeure de géographie à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste du carbone dans les milieux humides nordiques.
L’étude, pilotée par Angela Gallego-Sala de l’Université d’Exeter, au Royaume-Uni, montre que les tourbières de 12 endroits représentatifs de l’Arctique, localisés au Canada (dans la région de Salluit, entre autres) et en Europe, se sont étendues « rapidement » dans les dernières décennies, à un rythme excédant parfois un mètre par année.
Les spécialistes ont prélevé un total de 91 « carottes » dans ces tourbières. En datant ces échantillons, ils ont reconstitué leur progression latérale au fil de plusieurs siècles. Et les scientifiques ont vu que les tourbières avaient commencé à s’étaler au début de l’ère postindustrielle. Leur agrandissement s’accélère depuis l’an 2000.
Puisque la tendance paraît liée au réchauffement, les auteurs de l’étude pensent que l’expansion des tourbières se produit d’un bout à l’autre de l’Arctique. Leur résultat s’inscrit dans un corpus grandissant d’études qui montrent une explosion de la croissance des tourbières arctiques, des Territoires du Nord-Ouest à la Finlande.
Dans une tourbière de Kuujjuarapik étudiée par Mme Garneau, par exemple, l’accumulation verticale de tourbe a repris « tout d’un coup » vers 1990 après des siècles de stagnation. La professeure prépare actuellement une synthèse de 180 carottes de tourbe prélevées dans le nord du Canada, et « on voit partout cette accumulation-là », explique-t-elle.
Ce constat apparaît aussi sur le terrain. « On voit des tapis de sphaigne gorgés d’eau, très, très verts. C’est de la végétation qui s’est développée récemment, qui est en très bonne santé », explique la chercheuse de renommée internationale, qui arpente l’Arctique depuis plus de 30 ans.
« Moi, ce que je vois en premier, c’est qu’aujourd’hui, l’Arctique est plus vert qu’avant », relève Daniel Fortier, un autre auteur de l’étude, qui est professeur de géographie à l’Université de Montréal et spécialiste du pergélisol. « On a des projets à long terme sur 10, 20 ou 30 ans, et partout on voit la matière organique s’accumuler », ajoute ce fin connaisseur de l’Arctique canadien.
Ainsi, les mousses des tourbières poussent plus vite de nos jours parce que la saison de croissance s’allonge en raison de températures plus clémentes et d’une plus grande disponibilité en eau. La présence de sphaigne, une mousse très fibreuse et sans racines, transforme l’environnement. Extrêmement isolante, elle favorise la rétention de l’humidité, ce qui joue en faveur de sa croissance, et elle protège le pergélisol sous-jacent du dégel.
Doutes sur la « bombe de méthane »
En Arctique, les tourbières à pergélisol s’étendent sur une superficie cumulative plus grande que celle du Québec. Dans leurs couches de tourbe, elles renferment des dizaines de milliards de tonnes de carbone. Les tourbières sont les écosystèmes terrestres le plus denses en carbone.
Depuis le début des années 2000, des scientifiques nous avertissent des risques climatiques associés au dégel du pergélisol. Ils redoutent que des microbes décomposent la matière organique nouvellement accessible, notamment dans les tourbières, et libèrent ainsi du méthane, un puissant gaz à effet de serre. On appelle cette hypothèse la « bombe de méthane ».
Or, les données accumulées depuis 20 ans ne confirment pas cette hypothèse, affirme M. Fortier. « Ce message est en train de virer de bord », croit-il. Les spécialistes sont de plus en plus nombreux à montrer qu’en réalité, les tourbières à pergélisol sont des « puits de carbone », c’est-à-dire qu’ils retirent du CO2 de l’atmosphère, souligne le professeur.
Mais la question est loin d’être réglée. Plusieurs scientifiques reconnaissent que la croissance des tourbières est stimulée par le climat plus chaud, mais pensent que la décomposition est accélérée dans une plus grande mesure, ce qui accentuerait le réchauffement.
La professeure Garneau ne sait pas encore de quel côté penche la balance pour l’ensemble de l’Arctique. Cela dit, elle est convaincue que les tourbières à sphaigne ne sont pas propices à la décomposition. Cette mousse, qui contient de la lignine (une molécule qui donne sa rigidité au bois), est très résistante aux microbes, affirme-t-elle. Certains de ses sites sur la Côte-Nord en témoignent, avec de la sphaigne vieille de 8000 ans et « presque intacte ».
M. Fortier fait aussi valoir la grande résilience des tourbières à pergélisol. Au lac des Cygnes, dans Charlevoix, du pergélisol formé lors du petit âge glaciaire (de 1550 à 1850), assorti d’une tourbière, a persisté longtemps après que le climat s’est réchauffé, jusqu’en 2008, souligne-t-il.
Cela fait croire au professeur que les tourbières à pergélisol n’allumeront pas de sitôt la mèche de la « bombe de méthane » en s’effondrant : une bonne nouvelle pour le climat, mais qui n’enlève rien à l’impérieux besoin, pour l’humanité, de se sevrer des énergies fossiles pour arrêter le réchauffement.


3 month_ago
49

























.jpg)






French (CA)