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Y a-t-il trop de coups de sonde durant les campagnes électorales ? « C’est comme demander à un poissonnier s’il a trop de poissons », lance le « spécialiste de l’opinion publique » Youri Rivest, après la publication de trois sondages de suite (y compris celui qualifié de « bombe » par La Presse) qu’a menés sa boîte, Synopsis.
Sous l’impulsion de Christine Fréchette, la Coalition avenir Québec a fait tout un bond dans les intentions de vote (+7 points en deux semaines), ce qui lui a permis de rattraper le Parti québécois (-6 points), apprenait-on à la lecture du rapport de sondage La Presse-Synopsis publié au lendemain du coup d’envoi de la campagne.
Plusieurs y ont vu une manœuvre politique de Synopsis visant à favoriser l’équipe de Christine Fréchette au détriment, tout d’abord, de celle de Paul St-Pierre Plamondon.
Le créateur du blogue Qc125, Philippe J. Fournier, n’y croit pas une seconde. « On a un environnement beaucoup moins partisan qu’aux États-Unis. Des sondeurs partisans qui trafiquent leurs chiffres en fonction d’un parti ou d’un autre vont faire faillite », affirme-t-il. « Ils ne font pas d’argent avec le travail politique. Ils font de l’argent avec des clients », ajoute M. Fournier. Ceux-ci sollicitent principalement des services-conseils en études marketing et en sondages d’opinion publique. « Leur travail politique sert à dire : “Regardez, on a callé l’élection, vous pouvez nous faire confiance pour votre étude marketing.” »
D’ailleurs, les firmes Pallas Data et Léger ont par la suite chacune livré un nouvel état de situation qui montrait une répartition des intentions de vote entre le Parti québécois (PQ), la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti conservateur du Québec (PCQ) et Québec solidaire (QS) comparable à celle observée par Synopsis.
À la lumière des derniers sondages, Paul St-Pierre Plamondon doit donc maintenant « regarder dans son rétroviseur », au cas où l’autobus de campagne de la CAQ, « en forte progression », y apparaîtrait, a résumé Philippe J. Fournier sur ses différentes tribunes. Du côté du PLQ ? « Rien ne va plus », a-t-il écrit.
Du mimétisme politique ?
Ce portrait de l’opinion publique influence-t-il le comportement d’un électeur ? Des électeurs indécis peuvent-ils se rallier par mimétisme à un parti politique plus populaire ou se détourner d’un parti politique qui l’est moins ?
Youri Rivest rappelle que CROP, où il travaillait lors des élections fédérales de 2011, avait fait état d’un accroissement des appuis au Nouveau Parti démocratique pendant la campagne. Des milliers d’électeurs québécois avaient alors vu dans la formation de Jack Layton — et non dans le Parti libéral du Canada — « la » solution de rechange au Parti conservateur du Canada.
Un sondage agit comme « un accélérateur, c’est-à-dire que quand un parti monte ou descend, il précipite sa hausse ou sa baisse », est-il d’avis, plus de 15 ans après la « vague orange ».
« C’est ce que les études ont appelé un “effet bandwagon”. À mesure que les sondages indiquent qu’un parti monte dans les intentions de vote, cela peut effectivement inciter certains électeurs à en tenir compte et à modifier leur choix de manière stratégique », indique Éric Bélanger, professeur en science politique à l’Université McGill.
Le saut — ou le sursaut — de la CAQ constaté en pleine guerre tarifaire entre le Canada et les États-Unis dans les derniers sondages n’annonce pas de vague bleu pâle sur le Québec.
M. Bélanger signale que les sondages « ont tendance à être interprétés comme un révélateur du résultat à venir alors qu’ils ne représentent qu’un instantané de ce qui se passait la veille ». « Les commentateurs l’oublient souvent — ou oublient souvent de le rappeler —, ce qui peut parfois créer une impression partiellement faussée de la dynamique en cours », fait-il valoir.
D’ailleurs, l’effet d’entraînement dans une campagne électorale est la plupart du temps « minime », voire « pratiquement nul », indique André Blais, professeur en science politique à l’Université de Montréal, en mentionnant que « l’influence des sondages est réelle, mais moins grande qu’on le dit souvent ». Et peu importe leur couleur politique, les militants doivent aussi prendre garde au « phénomène du vœu pieux, du wishful thinking » lorsqu’ils lisent un rapport de sondage. « Souvent, on surestime les chances du parti qu’on aime bien », avertit le titulaire d’une chaire de recherche en études électorales.
« Les deuxièmes choix »
Cela dit, les coups de sonde peuvent changer les perceptions de citoyens sur les « chances » de chacun des partis politiques de « gagner » les prochaines élections générales, poursuit André Blais.
Ainsi, des électeurs persuadés de la défaite de leur parti politique favori le 5 octobre prochain, à commencer dans leur propre circonscription, pourraient voter de façon stratégique pour leur « deuxième choix ». « Et les deuxièmes choix des électeurs sont très variables », fait remarque le professeur de l’UdeM.
Message compris du côté de la chef caquiste, Christine Fréchette : elle appelle autant les indépendantistes « lucides » et « réalistes » du PQ que les fédéralistes « déçus par le leadership » du PLQ à grossir les rangs de sa formation politique « nationaliste » et « pro-économie ».
Par ailleurs, le professeur André Blais n’appréhende pas non plus une déferlante de sondages aux méthodologies variées durant la campagne électorale. « Mais l’information la plus importante, c’est l’évaluation qu’on fait de la position des partis sur un certain nombre d’enjeux, la personnalité des candidats, des chefs… », conclut-il.
Avec Marie-Michèle Sioui
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