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Les signaux contradictoires de Donald Trump profitables aux Iraniens

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À quelques heures de l’expiration prévue de la trêve entre les États-Unis et l’Iran, finalement prolongée jusqu’à nouvel ordre, Donald Trump a assuré mardi que son pays allait obtenir « un super accord » dans le cadre de pourparlers pourtant toujours incertains cette semaine au Pakistan entre les deux pays.

Lundi, le populiste s’est une fois de plus servi de son réseau social pour affirmer qu’il était « en train de gagner une guerre, et de loin » ! « Tout se passe à merveille, nos forces armées sont exceptionnelles », a-t-il ajouté en critiquant les grands médias américains, dont le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post, qu’il accuse de produire de « fausses nouvelles » pour faire croire aux Américains que « nous sommes en train de perdre la guerre ».

Sur CNBC, mardi, il a maintenu être en « position de force » pour négocier, et ce, après une ouverture fugace du détroit d’Ormuz et devant l’Iran affirmant au début de la semaine ne pas avoir de « projet pour [la] nouvelle série de négociations », en raison du blocus américain du détroit et de la saisie d’un cargo iranien dimanche.

Mardi, l’envoi de délégations américaine, pilotée par le vice-président J.D. Vance, et iranienne à Islamabad pour la reprise des discussions était toujours incertain et faisait de part et d’autre l’objet de déclarations contradictoires.

« Nous n’acceptons pas de négocier sous la menace », a justifié le président du Parlement de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf, cité par l’Agence France-Presse.

« Je pense que l’on va finir avec un super accord, a dit Donald Trump. Je pense qu’ils n’ont pas le choix. »

Depuis plusieurs jours, et devant les nombreuses contradictions que fait naître un conflit aux racines et aux justifications mouvantes au quotidien dans le discours de Washington, le président américain multiplie les messages pour tenter de rassurer une opinion publique américaine qui, depuis le déclenchement de la guerre des États-Unis et Israël contre l’Iran, menace de plus en plus de le lâcher.

Le dernier sondage Ipsos/Reuters dévoilé mardi confirme la chute de sa cote de popularité auprès des Américains, à 36 %, soit le niveau le plus bas depuis le début de son deuxième mandat à la tête des États-Unis. Elle était de 47 % en janvier 2025.

Le sondage indique par ailleurs que 71 % des adultes américains estiment que Donald Trump est instable émotionnellement, tandis que 26 % pensent le contraire. Il confirme au passage le recul des appuis à l’intervention militaire des États-Unis en Iran, à 35 %, en baisse de 5 points depuis le déclenchement du conflit, le 28 février dernier.

Or, cette gestion de la guerre, qui semble vouloir interpeller surtout l’opinion publique américaine, place le républicain dans une situation délicate. Elle menace autant ses appuis dans son propre pays que l’issue même d’un affrontement dont Donald Trump pourrait ne pas réaliser les gains politiques qu’il promet pourtant avec beaucoup d’assurance depuis plusieurs semaines.

Vers une cause perdue

« C’est une très mauvaise idée, d’essayer de fonder la conduite d’une guerre sur l’opinion publique, résume en entrevue la politicologue Lori Maguire, spécialiste de la guerre et des études américaines à l’Université de Reims, en France. Un gouvernement qui s’appuie sur l’opinion publique de son propre pays, à moins qu’il ne parvienne à convaincre la population qu’il se bat pour une cause importante et que son existence est menacée (comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale), risque surtout de se retrouver avec peu de soutien et une cause perdue d’avance. »

Convaincre la population : l’exercice paraît hasardeux pour Donald Trump, qui multiplie les messages incohérents, parlant de victoire historique un jour, puis de la reprise de frappes sanglantes pour viser des infrastructures civiles le lendemain, annonçant l’ouverture du détroit d’Ormuz pour le refermer dans les heures suivantes, évoquant la prise de contrôle par son pays du matériel nucléaire iranien, puis laissant Téhéran démentir son affirmation, ou encore se montrant en chef de guerre inflexible prêt à éradiquer « une civilisation » de la surface du globe, avant de supplier le régime des mollahs d’épargner huit Iraniennes condamnées à la pendaison. « S’il vous plaît, ne leur faites pas de mal ! Ce serait un très bon début pour les négociations !!! » a-t-il écrit mardi en republiant sur son réseau social le message d’un militant pro-Trump diffusé sur le réseau X qui exposait les photos de ces femmes.

Le ministère iranien de la Justice a démenti mardi l’existence de ces exécutions, par la voix de la télévision d’État, en indiquant que certaines de ces femmes avaient été libérées et que les autres faisaient uniquement face à des peines d’emprisonnement.

Cette gestion chaotique du conflit a créé des scissions au sein du mouvement MAGA, où plusieurs des appuis médiatiques du président se sont retournés de manière spectaculaire contre lui dans les dernières semaines. Elle a aussi été dénoncée dimanche par l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump John Bolton, devenu un fervent critique du populiste et qui estime que le républicain ne prend pas des « décisions géostratégiques » dans ce conflit, « mais plutôt des décisions de politiques intérieures » néfastes pour son projet, a-t-il dit sur les ondes de CNN. Ce chemin l’a amené, selon lui, à commettre une « erreur » en décrétant un cessez-le-feu de deux semaines.

« [Les Iraniens] ont bénéficié d’un répit de deux semaines pendant lequel ils ont fait ce qu’ils peuvent pour se rétablir, se regrouper et se préparer à la prochaine phase de la guerre. Nous n’aurions jamais dû les relâcher », a-t-il dit.

Sans compter que les signaux divergents provenant de la Maison-Blanche depuis le début de la guerre n’aident en rien et qu’ils décrédibilisent la communication de l’exécutif américain, pourtant cruciale en temps de guerre pour mener ses troupes à la victoire et en tirer politiquement profit.

« L’expérience de la guerre a démontré que le défaut de communication entraîne une détérioration de l’opinion publique (et du soutien qui en découle), menaçant ainsi la mission d’échouer », a un jour écrit le stratège militaire Steven A. Boylan, colonel à la retraite des Forces armées américaines, dans les pages de la Military Review. C’était en 2015.

Un défaut de communication paradoxalement nourri chaque jour par les excès de communication de Donald Trump pour se sortir d’un conflit dans lequel il risque désormais de plus en plus de s’enfoncer.

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