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Les réalisateurs québécois Maciek Szczerbowski et Chris Lavis se remettent de leurs émotions

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Chris Lavis dit avoir ressenti « un élan d’amour et d’excitation » après avoir remporté un Oscar aux côtés du Maciek Szczerbowski pour La jeune fille qui pleurait des perles, ce film d’animation de 17 minutes, qui est aussi une lettre d’amour à Montréal et son histoire.

« Si vous êtes du genre à parier sur les Oscar, nous étions un pari risqué », a déclaré Chris Lavis en entrevue avec Le Devoir, 24h après la victoire du duo montréalais. « Nous avions accepté l’idée que, même si c’était une possibilité, elle était minime. »

Ce n’est que le lendemain, à son réveil, qu’il a réalisé que son partenaire et lui avaient bien reçu un oscar la veille et que ce n’était pas un rêve : « J’étais bien aux Oscar, j’ai bien parlé avec Michael B. Jordan de sa victoire et du cinéma d’animation, j’ai bien parlé de nouveau avec Steven Spielberg, rien de tout ça n’était un rêve. »

« Nous sommes extrêmement fiers de représenter le Québec et Montréal. C’est ma ville d’adoption, ma province d’adoption, et nous avons reçu un soutien incroyable de la part des artistes québécois », dit-il avec beaucoup de reconnaissance.

À l’annonce de l’Oscar du meilleur court métrage d’animation, le site Internet l’ONF, l’Office national du film du Canada (ONF) a connu une hausse soudaine de son trafic qui a même causé une brève panne.

Le film de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, tourné en stop motion, est le douzième produit par l’ONF à remporter la fameuse statuette dorée — depuis le documentaire sur la bataille d’Angleterre, La forteresse de Churchill, qui a ouvert la voie… en 1941.

24 photos pour une image de film

« Les gens croient qu’il faut de la patience pour prendre cinq ans pour faire un film avec des marionnettes. En fait, il faut de la patience pour vivre avec quelqu’un qui prend cinq ans de sa vie pour faire un film de marionnettes ! » C’est par ces mots que Maciek Szczerbowski a commencé ses remerciements, sur la scène des Academy Awards.

Chris Lavis a ensuite remercié tout leur quartier, qui les a aidé dans leur travail de moine, et terminer en remerciant « la fantastique ville de Montréal » et le Canada.

Car La jeune fille qui pleurait des perles leur a demandé un travail de moine. « Si rien ne va de travers, une journée entière produit peut-être trois secondes de film… et c’est rare que rien n’aille de travers », expliquaient les réalisateurs en entrevue au Devoir en novembre dernier.

Le duo avait déjà été sélectionné au prestigieux gala, en 2008 avec Madame Tutli-Putli. Un autre film soutenu par de l’ONF, qui a une habitude certaine des Oscar. Depuis 1939, ses productions ont récolté 12 Oscar et 79 nominations aux Academy Awards au fil du temps.

Au bout du fil, M. Lavis lance qu’il a déjà « hâte de retourner en studio et de [se] remettre au travail ». « La prochaine étape consiste à poursuivre le travail qui nous a menés jusqu’ici, c’est-à-dire réaliser des films de marionnettes, des films en stop motion, et continuer à repousser les limites de l’art de la marionnette au cinéma ».

Le Canada bien représenté

Il y avait un p’tit peu de nous autres, là-dedans… à quelques différents moments de cette 98e soirée des Academy Awards. Et surtout en cinéma d’animation.

Car la Torontoise d’origine coréenne Maggie Kang a récolté les lauriers pour son mégapopulaire KPop Demon Hunters, dans la catégorie long métrage d’animation, avec le coréalisateur Chris Appelhans et la productrice Michelle Wong.

Mmes Kang et Wong devenaient ainsi les premières personnes de racines sud-coréennes à remporter un Oscar.

De plus, la directrice artistique canadienne Tamara Deverell et le décorateur Shane Vieau, du Cap Breton en Nouvelle-Écosse, ont remporté ensemble l’Oscar des meilleurs décors, pour leur travail sur Frankenstein, de Guillermo del Toro.

« Comme si tu portais un sceau de qualité »

Et qu’est-ce que ça donne, un Oscar pour un court-métrage d’animation ? Dans une « petite catégorie » ? Car on le sait, tous les films ne sont pas égaux — même parmi les élus heureux qui ont remporté une dorée statuette. Celles qui viennent saluer un lauréat de la catégorie court métrage de fiction pèsent certainement moins lourd que celles du meilleur réalisateur, ou du meilleur film.

La montréalaise Torill Kove se souvient. Il y a presque vingt ans, en 2007, la norvégienne d’origine remportait l’Oscar du court métrage d’animation pour Le poète danois. Depuis, chaque cérémonie est pour elle un déclencheur (« triggering »), confie-t-elle au téléphone.

« Je redeviens très nerveuse », raconte-t-elle, « il y a une excitation, une anxiété qui revient surtout quand des projets qui me tiennent à cœur sont en nomination. »

Ce qui était le cas dimanche : Mme Kove espérait autant pour ses collègues réalisateurs de l’ONF que pour le film norvégien Valeur sentimentale, de Joachim Trier, était huit fois en nomination.

À postériori, croit-elle que son Oscar a influé sur son parcours ? « C’est une question délicate, la même qui se pose face à tous les grands prix en arts. Personne ne fait de films, de livres, d’art pour gagner des prix, ce n’est jamais ça la motivation, et plusieurs grands, grands artistes ne gagnent jamais de prix. »

« Mais quand tu gagnes, tu réalises à quel point c’est important. Surtout pour les gens qui t’entourent. » Après un Oscar, les scénarios proposés sont lus plus vite, les réponses plus rapides et plus souvent positives, le financement moins ardu à trouver.

« Comme si tu portais un sceau de qualité. Les gens ont davantage confiance en toi. Ça rend tout un peu plus facile. »

« Ça fait presque 20 ans, et j’ai l’impression de continuer à bénéficier » de l’influence de son Oscar, poursuit Torill Kove. « Ça a joué, dans le temps long, sur ma confiance en moi. C’est important, l’humilité, comme artiste. Et la confiance en soi donne aussi quelque chose. »

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