Il faut parfois savoir arrêter de réparer une machine qui ne fonctionne pas. Depuis des années, on empile les règles, les conventions, les exceptions et les contrôles autour du système des rabais sur les médicaments. On lui ajoute des rustines comme on colmate une vieille fuite. Et quand cela ne suffit pas, on bricole une nouvelle solution dans l’urgence.
Les rabais ne sont pas un problème parce que l’industrie pharmaceutique négocie. Les ennuis commencent lorsque ces arrangements se déroulent dans un marché payé, pour l’essentiel, par l’assurance obligatoire des soins, avec des rabais qui devraient revenir aux payeurs de primes d’assurance maladie. Et surtout lorsque personne ne sait vraiment combien d’argent circule, sous quelle forme et où.
C’est là que le système devient absurde. On demande aux assurés de payer toujours davantage. On scrute chaque franc de leurs primes. On cherche fébrilement des économies dans les consultations médicales. Et, dans le même temps, des centaines de millions de francs peuvent circuler dans un système de rabais dont la Confédération elle-même peine à mesurer l’ampleur.
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La réponse habituelle à un tel problème consiste à réclamer davantage de transparence. Mais on a clairement dépassé ce seuil. Aujourd’hui, une nouvelle réflexion doit émerger: pourquoi conserver un système dont la transparence exige précisément une telle machinerie? La question n’est plus de savoir s’il faut encore améliorer le contrôle. Il s’agit de savoir si ce mécanisme mérite encore d’être contrôlé.
Lire aussi: Pourquoi le plafonnement des prestations médicales, qui devait traquer les abus, divise les médecins?Car la complexité est devenue son meilleur paravent. Trop de formes d’avantages, trop d’exceptions, trop de conventions, trop d’acteurs, trop de subtilités juridiques. A force de sophistication, le système finit par générer exactement ce qu’il ne devrait jamais produire dans un régime d’assurance obligatoire: de l’opacité. Et l’opacité n’est pas une fatalité. Elle est le résultat d’un choix.
Et puisque cette opacité est devenue structurelle, il faut avoir le courage de poser la question qui fâche: pourquoi continuer à défendre un système qui ne profite pas à ceux qui le financent et qui est devenu pratiquement incontrôlable? La réponse n’a rien de révolutionnaire. En 2002 déjà, le Conseil fédéral préférait le principe d’une baisse directe des prix des médicaments à celui des rabais et autres avantages matériels. Vingt-quatre ans plus tard, il est peut-être temps de l’appliquer enfin. Quand le contrôle devient presque aussi compliqué que le problème qu’il est censé résoudre, c’est le problème qu’il faut supprimer.
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