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Répondre à l'appétit grandissant des Canadiens pour les protéines sera prioritaire, cette année, pour les producteurs de lait du Québec.
On sort d'un contexte de 10 ans où la demande était toujours à la hausse pour la matière grasse, donc 10 ans d'efforts pour augmenter la matière grasse et, tout à coup, il y a un revirement de marché.
L'engouement pour la protéine de lait est le sujet prioritaire de 2026. C'est ce qu'affirme du moins le président des Producteurs de lait du Bas-Saint-Laurent André St-Pierre, actuellement en tournée au Bas-Saint-Laurent, où près du quart des fermes laitières du Québec sont établies.
C'est un défi quand même, mais un beau défi. C'est quelque chose de positif de voir que les consommateurs veulent plus de quelque chose qu'on peut produire. Mais les vaches, ce n’est pas une simple programmation. Il faut réussir à jouer sur la génétique, l'alimentation, souligne M. St-Pierre.
Il se réjouit de voir un engouement pour ces surplus que les producteurs devaient auparavant écouler à bas prix sur le marché international.

Les protéines servent d'argument marketing pour vendre certaines gammes de yogourt. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
La protéine, ce qui arrive, c'est qu'on ne savait plus quoi en faire. La poudre de lait écrémé était souvent exportée sur des marchés qui ne payaient à peu près rien. Puis là, tout à coup, la protéine qu'on envoyait là est rendue dans un yogourt, donc ça améliore notre revenu quand même.
Selon le professeur au département d'économie agroalimentaire de l'Université Laval, Maurice Doyon, la demande en protéine laitière est sur le point de dépasser la demande en matière grasse, et il s'agit d'une tendance qui serait là pour rester.
Je pense que c'est la nouvelle réalité, affirme le spécialiste. Je pense qu'on a comme un peu atteint un plateau au niveau des matières grasses et puis maintenant, on se tourne vers la protéine.
Un nuage noir à l’horizon?
Tout en augmentant la teneur en protéines de leur lait, les producteurs suivront aussi de près la renégociation de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) qui aura lieu cette année.
C'est comme un drôle de nuage qu'on n'a jamais vu. Et on ne sait pas quel genre de tempête vient avec ça, affirme André St-Pierre, qui est aussi producteur laitier à Rimouski.

Les quotas d'importation négociés dans le cadre de l'ACEUM donnent aux producteurs américains un accès sans droit de douane totalisant environ 3,5 % de la demande intérieure canadienne en produits laitiers. (Photo d'archives)
Photo : Associated Press / Michael Conroy
Selon le professeur Maurice Doyon, cette renégociation devrait avoir, à court terme, un impact minime sur les producteurs de lait du Québec et du Canada.
Lorsqu'on regarde ce que les Américains demandent, ça ne me semble pas être trop dangereux à court terme pour les producteurs de lait canadien, souligne-t-il. Mais encore là, on fait affaire avec quelqu'un qui est très volatile, ajoute-t-il en parlant du président Donald Trump.
Notre voisin menace toujours de revenir sur sa parole et de changer des accords. C'est sûr qu’on a une vigilance constante sur ce dossier-là, conclut de son côté André St-Pierre.
Des vaches à la retraite qui valent cher
La hausse du prix des veaux mâles et de la vache de fin de carrière laitière, communément appelée vache de réforme, a aussi eu un effet positif sur les producteurs laitiers québécois, éprouvés comme tous les agriculteurs par la hausse du coût des intrants.
Il y a quatre ou cinq ans, on avait 800 dollars pour une vache de réforme. Aujourd’hui, on a 2400 dollars, parfois 2500 dollars, témoigne le producteur André St-Pierre.
Ils n’ont cependant profité de cette hausse de prix que pendant une année.

Les producteurs laitiers envoient les veaux mâles à l'abattoir car ils ne produisent pas de lait. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Quand les prix des vaches [de réforme] ont monté, c'est la première année qu’on a fait de l'argent, parce qu'on les vendait plus cher. Après, c'est rentré dans le coût de production, ça a baissé le prix du lait et on a perdu l’avantage, témoigne-t-il.
Le lait étant soumis à la gestion de l’offre, les producteurs sont payés selon leurs coûts de production calculés à partir d’une enquête faite par la Commission canadienne du lait.
Dans la formule du coût de production, les ventes de vache de réforme et de veaux mâles sont considérées comme un revenu laitier, ce qui vient diminuer le coût de production.
Le tracteur John Deere va coûter plus cher
Selon Maurice Doyon, sans nier que la demande de protéine et que la hausse du prix des animaux de réforme et des petits veaux soient positives à court terme, à plus long terme, une autre menace plane sur les producteurs de lait : la hausse des coûts de production, notamment en raison de la guerre tarifaire que mène les États-Unis.
Les Américains ont mis quand même des tarifs significatifs sur l'aluminium et l'acier. Ça entre dans la composition de beaucoup de machineries agricoles qui sont faites aux États-Unis et vendues au Canada. Le tracteur John Deere va coûter plus cher.
La moitié des fermes laitières canadiennes se situent au Québec. Les fermes laitières québécoises génèrent 6,1 milliards de dollars en contribution au produit intérieur brut (PIB).


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