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Les propriétaires de la parcelle d’où est parti l’incendie gigantesque en Gironde portent plainte

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L’origine de ce mégafeu, qui a consumé 42 000 hectares en huit jours, pourrait remonter à un chantier d’entretien commandé à un prestataire par Enedis.

Par Émilie Garcia avec AFP

« Ils sont venus avec des extincteurs, mais c’était déjà beaucoup trop tard. » Les propriétaires de la parcelle forestière d’où est parti le mégafeu de Gironde, qui était « circonscrit » mais toujours pas fixé ce vendredi 31 juillet, portent plainte contre l’entreprise soupçonnée de l’avoir accidentellement déclenché, déplorant leur perte financière tandis que la sylviculture pèse lourd dans l’économie locale.

André Prouvoyeur, ancien officier parachutiste de 69 ans dont l’épouse possède une soixantaine d’hectares de pins désormais brûlés, a témoigné auprès de l’AFP, comme vous pouvez le voir dans notre vidéo en tête d’article. Neuf jours après le départ du brasier qui a consumé 42 000 hectares, il a désigné le fossé calciné à Saumos où tout a commencé, « exactement à un mètre » de la parcelle familiale.

Le 22 juillet, sur le coup de midi, un tracteur équipé d’un broyeur (une machine dotée de grosses dents métalliques tournantes) s’activait sous une ligne à moyenne tension, achevant une opération de débroussaillement pour le compte d’Enedis. Du fait de la sécheresse extrême de la végétation, « il a suffi de frotter le moindre caillou » pour créer une étincelle, détaille André Prouvoyeur, bénévole de l’association Défense de la forêt contre les incendies (DFCI).

Deux ouvriers du prestataire ont tenté d’éteindre les premières flammes avec les extincteurs de leur camion, raconte-t-il. En vain, tant le feu s’est propagé en un rien de temps. Le sexagénaire et sa femme sont venus rapidement sur les lieux, alertés par l’occupante d’une maison qu’ils louent à proximité. « Les pompiers étaient déjà sur place », se souvient-il. « Mais tout de suite, j’ai compris qu’on allait au massacre. »

« Ils étaient dans les règles, ils n’ont pas fait exprès », concède André Prouvoyeur, qui juge cependant que les travaux étaient risqués au vu de la météo, très chaude ce jour-là, a fortiori dans un contexte de sécheresse. Le couple « a porté plainte à la gendarmerie ».

L’intervention d’Enedis, une « obligation de prévention »

Contacté la semaine dernière par l’AFP, Enedis avait confirmé l’intervention d’un prestataire pour une opération répondant à des « obligations de prévention et de sécurité autour des ouvrages électriques ». « L’origine exacte du feu n’est pas établie à ce stade. Enedis reste disponible auprès des autorités compétentes », avait ajouté le gestionnaire du réseau de distribution.

Le parquet a confirmé que cette piste « accidentelle » est privilégiée par les enquêteurs, en rappelant que l’usage de l’engin en cause « était autorisé par arrêté préfectoral » quand l’incendie a démarré. La limite à ne pas dépasser était 13 heures.

La Gironde était alors placée en vigilance rouge pour le risque d’incendie. Le lendemain, elle a viré au noir et les autorités ont interdit jusqu’à nouvel ordre les travaux forestiers faisant appel à un moteur thermique, et ce « toute la journée ».

Si les habitations de Saumos ont été en grande partie épargnées, le bilan économique s’annonce sévère pour cette commune qui vit en grande partie de la sylviculture et qui a déjà payé un lourd tribut aux incendies de l’été 2022. Pour les Prouvoyeur, la perte financière est importante, leurs parcelles n’étant pas assurées. « Dès qu’il y a un peu de noir sur les bois, les prix s’effondrent », se désole André.

Christophe Ferron, autre sylviculteur de la commune âgé de 60 ans, est tout aussi amer. « Il y en a pour au moins 10 à 15 ans avant de pouvoir recouper quoi que ce soit », évalue-t-il avec dépit. « En 2022, j’avais replanté. Ça a de nouveau brûlé. Ça va être difficile de se relever », lâche l’homme, qui espère un soutien financier, par exemple de l’Union européenne, pour aider la filière.

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