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Le balayage libéral fut total. Trois victoires sans équivoque aux élections partielles de lundi soir, chacune remportée avec plus de 50 % des voix. Y compris dans Chicoutimi-Le Fjord, une circonscription ayant certes porté toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique fédéral au fil des ans, mais au fond marqué par la prédominance du bleu avant tout, qu’il soit conservateur ou bloquiste. Une victoire d’un rouge foncé, donc, d’autant plus inusitée, dont Pierre Poilievre et Paul St-Pierre Plamondon auraient intérêt à tirer des leçons. Et rapidement, dans le cas du second.
Les triomphes des libéraux fédéraux dans leurs châteaux forts de Beaches-East York, à Toronto, et North Vancouver-Capilano, sur la côte ouest, étaient attendus. Que le premier ministre Mark Carney remporte son pari dans Chicoutimi-Le Fjord — où sa nomination du député conservateur Richard Martel au Sénat aura ainsi bel et bien laissé le champ libre à l’élection d’un candidat libéral, cimentant de ce fait sa majorité au Parlement —, un peu moins. Et surtout pas en devançant de 20 points de pourcentage la candidate bloquiste, qui a vu le vote en sa faveur se maintenir, certes, mais qui n’a rien récolté du tout de la dégelée des conservateurs. L’ex-coach de hockey mineur Richard Martel a beau y être encore à ce jour fort populaire, sa notoriété n’explique pas à elle seule le recul de plus de 21 points du Parti conservateur…
Voilà un scrutin de plus — en bastion nationaliste, de surcroît — qui se solde à l’ombre de Donald Trump, un vent d’inquiétude soufflant de plus belle sur la région du Saguenay avec l’achoppement des négociations commerciales et la surenchère de menaces tarifaires, depuis 10 jours, pour en faire de nouveau le sujet prépondérant dans la dernière ligne droite du porte-à-porte préélectoral.
Et pour cause : au Québec, les frasques du président américain se hissent au sommet des préoccupations (63 % des citoyens s’en inquiètent), surpassant même la hausse du coût de la vie (53 %, selon Abacus), alors que c’est l’inverse à l’échelle pancanadienne (39 % et 69 %, respectivement). Ce qui insuffle un regain de popularité à Mark Carney, tout comme à la cheffe caquiste et première ministre sortante du Québec, Christine Fréchette, si l’on en croit les plus récents coups de sonde de la campagne électorale concomitante.
Il y a fort à parier, comme le laissent entendre des échos préliminaires, que les péquistes de Paul St-Pierre Plamondon font face au même mur d’angoisse trumpienne que leurs collègues bloquistes lorsqu’ils cognent à leur tour aux portes d’électeurs aux quatre coins du Québec. Et ce, quoi qu’en dise le chef indépendantiste.
L’humeur citoyenne est à la solidarité, celle de se rassembler au sein d’un front uni pour braver cette guerre commerciale, et non à se ranger derrière le positionnement politique d’un parti plutôt qu’un autre. Un défi de taille pour tous les chefs affrontant un gouvernement sortant en campagne électorale… auquel aucun de ceux en lice pour diriger le Québec, libéral comme péquiste, ne semble pour l’instant — à 34 jours du vote — avoir trouvé réponse.
Pas plus que Pierre Poilievre lui-même, depuis maintenant plus d’un an. Le discours du chef conservateur fédéral a beau s’être adouci, rien n’y fait. Son Parti conservateur vient de reculer dans les trois partielles et, surtout, de perdre une circonscription, ce qui s’ajoute à sept défections sous son règne (quatre transfuges, trois départs).
Ce qui ne viendra qu’exacerber le mécontentement dans ses rangs, y compris au Québec.
Que Richard Martel ne se soit même pas donné la peine d’épauler son aspirant successeur dans les dernières semaines en dit long sur le désaveu déjà patent. Une grogne qui continuera de couver jusqu’au test suprême de la partielle à venir au sud-ouest de Toronto, dans Brantford–Brant-Sud–Six Nations, où une nouvelle défaite de Pierre Poilievre serait jugée par ses troupes comme franchement impardonnable.
Le vent de changement semble s’essouffler dans ces élections québécoises, comme il le fit l’an dernier au Canada, face à la tempête Trump. Or, les aspirants premiers ministres du Québec ont beau braver ce vent qui tourne et y aller de diverses promesses en santé, en éducation, pour le coût de la vie ou contre la crise du logement — et ce, fort heureusement —, l’angoisse ambiante l’emporte sur tout le reste en cette première semaine de campagne.
Ces élections s’annoncent certes référendaires, mais le plébiscite risque fort bien de porter au bout du compte sur le choix de la personne la plus apte à tenir tête à l’intimidateur hégémonique Donald Trump, de même qu’à faire le poids auprès d’Ottawa pour que soient protégés les valeurs et les intérêts du Québec.
Un débat binaire qui ne servira pas nécessairement pleinement les électeurs. Nul ne peut cependant leur en vouloir de se laisser guider d’abord par leur soif d’apaiser cette lourde anxiété généralisée… Il revient maintenant aux partis politiques d’y répondre, et non de s’évertuer à l’esquiver. Des élections partielles, bien qu’elles se soient disputées sur la sphère fédérale, viennent de leur en envoyer un retentissant rappel.


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