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Liquides au sol, chambres mal entretenues, mauvaises odeurs : le nombre de plaintes liées à l’hygiène et à la salubrité est en hausse dans plusieurs établissements de santé montréalais. Le manque de personnel et la surcharge de travail des équipes d’entretien seraient notamment en cause, selon des syndicats.
Au printemps, l’autrice et chroniqueuse québécoise Geneviève Pettersen a raconté sur les médias sociaux avoir été frappée par l’insalubrité d’un hôpital où elle accompagnait un proche. Elle a choisi de ne pas nommer l’établissement montréalais en question, estimant que des problèmes similaires existent ailleurs dans le réseau.
« Ce n’était pas juste vétuste là. À certains endroits, c’était carrément sale, vraiment sale, le genre de saleté qui te fait te demander comment on peut soigner des gens dans de telles conditions », écrit-elle, tout en saluant le professionnalisme des soignants. « L’environnement dans lequel ces gens-là travaillent n’a aucun sens. »
Son témoignage n’est pas isolé dans le système de santé de la métropole. Des données obtenues par Le Devoir — entre autres au moyen de demandes d’accès à l’information — montrent que dans le secteur Nord-de-l’Île-de-Montréal, par exemple, le nombre de plaintes traitées en lien avec l’hygiène et la salubrité a plus que triplé entre 2023 et 2025, passant de 6 à 20.
À lui seul, l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal a fait l’objet de sept plaintes l’an dernier, soit plus du tiers du total. Selon Santé Québec Nord-de-l’Île-de-Montréal (anciennement le CIUSSS du même nom), elles concernaient notamment des situations ponctuelles liées aux activités de soins ou aux repas, comme des liquides laissés au sol, des déchets devant être évacués rapidement ou des odeurs.
Parmi les facteurs invoqués pour expliquer la hausse observée sur son territoire, l’organisation mentionne le grand nombre de soins prodigués dans certaines unités et l’amélioration des mécanismes permettant de signaler les problèmes.
Intervention et manque de main-d’œuvre
Le phénomène ne se limite pas à ce secteur. À l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel, le nombre de plaintes en matière d’hygiène et de salubrité est aussi en hausse. Il a plus que doublé en un an, passant de 5 en 2024-2025 à 12 l’année suivante.
Lors d’une intervention l’automne dernier dans une unité de traitement et de rétablissement pour hommes, la commissaire aux plaintes et à la qualité des services, Gabrielle Alain-Noël, a remarqué des planchers malpropres, de la saleté accumulée dans les espaces communs et des chambres qui ne semblaient pas avoir été entretenues récemment, indique-t-elle au Devoir.
Ces problèmes n’étaient pas des cas isolés, selon les informations que Mme Alain-Noël a recueillies auprès du personnel et des patients de cette unité de l’Institut Pinel.
La commissaire a relevé que le personnel d’hygiène et de salubrité n’était plus systématiquement remplacé en cas d’absence ponctuelle, ce qui pouvait entraîner des interruptions dans les activités d’entretien. Lorsqu’un employé manque à l’appel, un collègue peut avoir à s’occuper de deux unités.
« Dans certains quarts de soir ou de fin de semaine, on va être davantage dans l’urgence. Les chambres vont parfois être mises de côté pour prioriser les désinfections », souligne Mikaël Chouinard, président du SCFP 2960, syndicat représentant les employés de l’Institut. Il évoque une « surcharge de travail » chez ses membres responsables de l’entretien.
La pénurie de main-d’œuvre complique parfois le remplacement du personnel lors des absences ponctuelles, notamment les congés de maladie, reconnaît la porte-parole de l’hôpital, Pascale Trudeau. Elle affirme cependant que, « dans ces situations, des mécanismes d’ajustement sont mis en place afin de maintenir les services essentiels ».
Postes abolis
Les plaintes liées à l’hygiène et à la salubrité ont aussi augmenté dans le secteur Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Leur nombre est passé de 8 en 2023-2024 à 26 en 2025-2026.
Là encore, le manque de personnel est invoqué. Maxime Bernard, le président du SCFP 2881, syndicat représentant entre autres les employés d’entretien de Santé Québec Ouest-de-l’Île-de-Montréal, soutient qu’il y a eu des « abolitions de postes depuis [2024] ».
Certains postes temporaires créés durant la pandémie de COVID-19 ont été supprimés lorsqu’ils sont devenus vacants, rétorque Santé Québec Ouest-de-l’Île-de-Montréal. L’établissement reconnaît que certaines activités non prioritaires peuvent parfois être reportées, comme l’entretien d’entrées et de corridors des espaces administratifs.
Pour expliquer la hausse du nombre de plaintes, l’organisation cite également un changement législatif, entré en vigueur le 1er décembre 2024, qui « permet désormais à toute personne » d’en déposer une.
Bâtiments vétustes
L’état vieillissant de certains bâtiments, notamment des CHSLD, peut également influer sur la perception de la salubrité, fait valoir Santé Québec Nord-de-l’Île-de-Montréal.
Du côté de l’Institut Pinel, la commissaire Gabrielle Alain-Noël a aussi relevé des problèmes de vétusté lors de sa visite, surtout dans les salles de douche de l’unité de traitement et de rétablissement pour hommes. « Les équipements étaient fortement usés et une seule douche était alors fonctionnelle sur l’unité, une situation qui suscitait des préoccupations quant à la capacité de répondre adéquatement aux besoins des usagers. »
La porte-parole de l’hôpital précise toutefois que la robinetterie des deux douches problématiques de l’unité a depuis été remplacée et qu’elles sont désormais utilisables.
Par ailleurs, des améliorations ont été apportées de façon générale, notamment par une révision des méthodes de travail du personnel affecté à l’unité concernée et de la formation supplémentaire, affirme Pascale Trudeau.
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