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Les pistes de ski peuvent-elles sauver les papillons monarques?

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À l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité, le 22 mai, nous sommes toutes et tous invités à réfléchir à notre rapport au vivant et, surtout, à la manière dont nos territoires peuvent devenir des lieux d’action.

Je me souviens du moment précis où tout a basculé. J’étais sur une piste de ski, en plein été. Devant moi, une grande étendue de prairie, silencieuse, presque invisible. Une pente soigneusement entretenue pour le ski l’hiver, mais dont le potentiel vivant restait encore peu exploré en saison estivale.

Avec mon équipe, nous avons commencé à observer autrement ces paysages, leurs plantes, leur richesse. Une question s’est imposée : et si, en complément de cet entretien, on cherchait aussi à révéler pleinement ce que ces lieux ont à offrir ?

C’est de là qu’est né le projet Grand Paysage, une idée développée avec l’architecte paysagiste Déline Petrone, et dont le concept et la réalisation se poursuivent aujourd’hui en collaboration avec l’architecte paysagiste Anne Aubin.

Je suis directrice artistique et, depuis toujours, les espaces publics et le territoire sont mon terrain de jeu. Je crée à partir des lieux. Je les écoute. Observer, comprendre et révéler est au cœur de ma démarche. Nous avons imaginé transformer une piste de ski alpin en parcours immersif estival. Un projet où la nature ne serait plus en attente de l’hiver, mais pleinement vivante en été.

Concrètement, il s’agit de créer des îlots de plantations, comme des « pompons » de fleurs, de textures et de végétation qui viendront ponctuer la pente, en mettant en valeur les plantes indigènes déjà présentes sur les pistes de ski au Québec et en favorisant la pollinisation.

La montagne devient une toile de fond. Mais nous n’utilisons pas la peinture, comme le ferait un peintre : nous plantons, révélons et amplifions le vivant. Une œuvre d’art écologique, évolutive, habitée. Ces espaces seront accompagnés d’installations artistiques immersives invitant les visiteuses et visiteurs à s’asseoir, à grimper, à ralentir, à contempler et, surtout, à voir autrement.

Très vite, une évidence s’est imposée : le papillon monarque. Derrière sa beauté se cache une réalité brutale : sa population a chuté de plus de 90 % en Amérique du Nord. Il dépend d’une seule plante pour survivre, l’asclépiade. Faire une place à cette plante, c’est poser un geste simple, mais déterminant.

Grand Paysage est ainsi devenu plus qu’un projet artistique. C’est une prise de position, pensée et développée dès le départ comme une démarche où l’art et l’écologie contribuent à transformer les territoires, dans une approche qui s’inscrit pleinement dans le tourisme régénératif. Ce que nous proposons est simple, mais profondément transformateur : habiter autrement les territoires. Sur cette piste de ski, l’été, les plantes poussent, les œuvres s’installent et le public explore. L’hiver, les œuvres se retirent et la montagne redevient skiable. Au printemps, la nature reprend sa place, et le cycle recommence.

Cette cohabitation est une première au Québec. Elle ouvre la voie à une conciliation entre culture, tourisme et biodiversité. Dans la région de Memphrémagog, la MRC est devenue la première MRC Amie des monarques, à la suite de notre recommandation préconisant l’engagement dans cette démarche pour soutenir des actions porteuses, comme Grand Paysage, en faveur du papillon. Cette année, nous soulignons également les 10 ans de l’Effet papillon de la Fondation David Suzuki et du programme Mission monarque d’Espace pour la vie. À titre de patrouilleuse de l’Effet papillon, je m’inscris directement dans ce mouvement.

Grand Paysage s’inscrit dans une démarche d’art écologique, où l’on crée avec le vivant plutôt que de s’y imposer. Le projet s’inspire aussi de pratiques comme celles des Jardins de Métis, qui révèlent le paysage en y ancrant l’art de manière sensible.

Aujourd’hui, la protection du monarque ne peut reposer uniquement sur des politiques. Elle dépend aussi de gestes simples : planter de l’asclépiade, éviter les pesticides, protéger les milieux naturels, soutenir les initiatives locales.

Mais surtout, elle dépend de notre capacité à changer de regard.

Le papillon monarque traverse un continent.

Et si, à notre échelle, nous faisions un bout du chemin avec lui ?

* Ont aussi cosigné cette lettre : Erin Roger, directrice Nature à la Fondation David Suzuki ; Carolyn Callaghan, principale biologiste de la conservation en matière de faune terrestre à la Fédération canadienne de la faune (FCF) ; Maxim Larrivée, directeur de l’Insectarium à l’Espace pour la vie ; Simon Blouin, directeur général du Mont-Orford ; Anne Aubin, architecte paysagiste, experte en biodiversité des jardins BOTART ; Martine Javelas, conseillère municipale et présidente du comité consultatif en transition écologique (CCTE), Municipalité d’Orford ; Aline Berthe, directrice générale du Conseil régional de l’environnement (CRE) de l’Estrie ; Mario Landry, directeur du Parc national du Mont-Orford, Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ).

Les signataires de cette lettre contribuent chacun à leur manière à cette démarche, que ce soit par leur expertise, leur engagement ou leur soutien à des initiatives favorisant la biodiversité et la protection des pollinisateurs, notamment le papillon monarque.

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