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Les piliers de la « Muraille de Charlevoix », Ann-Renée Desbiens

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On dit qu’il faut un village pour élever un enfant. Ann-Renée Desbiens est la preuve vivante que le proverbe peut également s’appliquer aux athlètes d’élite. C’est toute une communauté qui entoure la « Muraille de Charlevoix » depuis ses débuts, et encore aujourd’hui, à la veille de ses troisièmes Jeux olympiques.

Les proches de la gardienne de but ne manquent jamais une occasion de lui témoigner leur indéfectible appui. Lors de la dernière escale de la Grande Tournée de la LPHF à Québec, le 10 janvier, une section complète du Centre Vidéotron était occupée par quelques centaines de membres de sa famille ou des proches venus lui témoigner leur soutien. Sans compter qu'à elle seule, la joueuse étoile de la Victoire de Montréal avait distribué pas moins de 120 billets pour le match!

Tu ne penses pas à ça, qu’un jour ça va arriver. Quand elle a commencé au hockey, on l’amenait à l’aréna donner des petits coups de patin. Et de voir aujourd’hui où elle est rendue, avec de beaux moments comme elle nous fait vivre. C’est super! On pense toujours que c’est quasiment des rêves. C’est des rêves!, a dit son père, Raynald Desbiens, en entrevue à Radio-Canada.

Ann-Renée Desbiens s'empare d'un crayon pour signer un autographe.

Ann-Renée Desbiens entourée de son « village » lors de la visite de la Victoire de Montréal au Centre Vidéotron en janvier, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Elle fait naître des rêves, oui, mais elle inspire aussi une multitude de petites filles de partout au pays, et plus particulièrement de sa région natale de Charlevoix. Même que depuis octobre, cette influence prend la forme d’une statue à son effigie devant l’aréna de Clermont, où elle a fait ses débuts sur glace.

Ce que ça représente, c’est la fierté des gens d’ici pour Ann-Renée, affirme sa mère Claire, révélant que l’artiste Martin Brisson l’a, à sa demande, représentée avec ses habituels cheveux tressés.

Une statue d'Ann-Renée Desbiens est située devant l'aréna de Clermont.

La gardienne de but Ann-Renée Desbiens a fait ses débuts à l'aréna de Clermont. Une statue la personnifiant se retrouve devant l'aréna.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Il ne faut pas croire pour autant que la portière de 31 ans recherche l’attention. Elle préfère faire profil bas lorsqu’elle visite La Malbaie. Même qu’il est davantage probable de la trouver relaxant au chalet familial ou profitant du plein air, qu'en train de serrer des mains dans des lieux publics, même si elle apprécie la reconnaissance des siens.

Une famille de hockeyeurs

Les parents d’Ann-Renée Desbiens ont passé une bonne partie de leur vie à l’aréna de Clermont et dans bien d’autres enceintes au Québec. Leurs cinq enfants ont tous joué au hockey et, aujourd’hui, ce sont leurs petits-enfants qui prennent la relève. Le patriarche Raynald n’était pourtant pas chaud, au début, à l’idée de voir la cadette de la famille se joindre aux garçons sur la glace.

C’est elle qui l’a demandé parce que je ne voulais pas. Le hockey, non, non… Le patinage [artistique], je lui avais dit ok, si tu veux, mais elle voulait jouer du hockey et elle voulait garder les buts. [...] On a décidé d’un commun accord qu’on allait y aller avec ça, a raconté son père.

Des gens regardent un match de hockey.

Les parents d'Ann-Renée Desbiens, Raynald et Claire, à l'aréna de Clermont

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Claire Desbiens se rappelle des débuts sur glace déstabilisants, autant pour sa progéniture que pour les membres de la famille qui la suivaient dans son apprentissage.

C’était pas facile. Après elle, c’est le but… Quand tu es un joueur d’avant, il y en a d’autres pour combler. Mais ç’a bien été, par exemple. Les gens étaient corrects avec nous autres aussi, parce que ça prend du moral… a-t-elle confié.

Très vite, Ann-Renée s'est fait remarquer. On se faisait dire que, dans la gang qui était là, c’est elle qui allait percer, se remémore Raynald. Ces premiers dépisteurs avaient vu juste.

Ann-Renée Desbiens, assise, prend une photo officielle de joueuse de hockey.

Ann-Renée Desbiens, lorsqu'elle jouait au hockey mineur.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Amorçant un parcours parfois sinueux chez les garçons – elle a même participé au camp des Cataractes de Shawinigan (LHJMQ) –, Desbiens a commencé sa transition vers le hockey féminin avec les Titans de Limoilou, puis les Stars de Montréal et finalement les Badgers du Wisconsin dans la NCAA, où elle a été nommée joueuse par excellence en Division 1 (prix Patty-Kazmaier).

Alors qu'elle évolue aujourd'hui au plus haut niveau du hockey professionnel, ses parents retraités continuent de suivre leur fille à la trace, que ce soit en assistant aux matchs de la Victoire ou en l’encourageant en personne lors de grands rendez-vous internationaux comme les Jeux olympiques de Milan-Cortina, où Ann-Renée défendra la cage d’Équipe Canada.

C’est une grande fierté, faire partie de cette équipe-là. Quand tu mets le chandail, quand c’est toi qui le portes, ça donne des frissons. C’est émouvant de savoir qu’on est rendus là encore. Mais on a toujours dit à Ann-Renée : on sait qu’un moment donné, ça va être son choix d’arrêter, mais d’ici là, on vit tellement de belles choses! On les prend une à la fois.

Ann-Renée Desbiens sur ses genoux devant son filet.

C'est toujours une fierté pour la gardienne de but Ann-Renée Desbiens d'enfiler le chandail du Canada comme lors du deuxième match de la Série de la rivalité, à Edmonton, en décembre dernier.

Photo : Getty Images / Leila Devlin

Solide entre les deux oreilles

Une véritable amatrice de hockey, Claire Desbiens ne cache pas son admiration pour sa fille, dont elle adore le caractère fort. Elle salue également les qualités de meneuse de groupe de celle qui n’hésite jamais à tendre la main à ses jeunes coéquipières.

Quand tu réussis dans un monde de gars, il faut que tu aies un peu de caractère, sinon tu es tassée. Mais elle aime aussi quand il y a de nouvelles recrues. Elle s’en occupe tout le temps. Aux Fêtes, comme il y en avait qui n’allaient pas dans leur famille [...], elle voulait faire un petit quelque chose pour elles [...]. Elle les a accueillies. Elle voulait prendre le temps pour qu’ils aient un moment eux autres aussi. Elle est bien rassembleuse, a-t-elle souligné.

Son père Raynald, lui, loue sa résilience. La position de gardienne peut être bien ingrate. Ann-Renée ne se laisse pas facilement ébranler.

C’est sa persévérance. Il faut que tu y croies, parce que c’est quelque chose de dur, gardienne de but. Quand tu fais une erreur, il y a une lumière qui s’allume en arrière de toi. Quand tu te fais compter un but, pour eux autres, c’est un but de trop. Ça prend du courage parce que ce n’est pas tout le temps facile. Un but, des fois, c’est un but de trop, note-t-il à juste titre.

Portrait de Mathieu Boulianne, debout, au Centre Vidéotron. La foule est assise dans les gradins en arrière.

Mathieu Boulianne est le conjoint de la gardienne de but Ann-Renée Desbiens.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Son conjoint Mathieu constate la même chose chez sa copine et s’émerveille de sa stabilité émotionnelle lorsqu'elle s'installe entre les poteaux.

Ann est vraiment exceptionnelle de ce côté-là. Tout le monde me pose la question : elle doit être nerveuse? Elle doit être stressée? Que ce soit un match de la médaille d’or ou un match à Québec, elle gère la pression comme s’il n’y en avait pas. Moi, je suis beaucoup plus stressé, à l’envers de la médaille. Je pense que, si j’ai un enfant un jour, je ne veux pas qu’il soit gardien de but! Ces moments-là, c’est stressant!, a-t-il lancé en riant.

Une partie du secret d’Ann-Renée Desbiens tient à sa préparation. Témoin privilégié de cette facette de son entraînement, Mathieu dévoile que la gardienne aborde ses troisièmes Jeux olympiques, après ceux de Pyeongchang et de Pékin, avec l’attitude d’une verte recrue.

L’année olympique, c’est la première fois depuis qu’on est ensemble, que je le vis vraiment. La LPHF fait un excellent travail pour préparer les athlètes à ça. Ann envisage ces Jeux-là comme si c’était ses premiers Jeux olympiques. On est tous excités, mais elle, elle est vraiment focusée sur une chose : donner la bonne couleur de médaille au pays.

Il sera un spectateur attentif de ses performances, d’abord et avant tout pour appuyer sa tendre moitié et non la gardienne de but numéro un du Canada.

Honnêtement, dans la vie de tous les jours, moi, je ne la vois pas comme ça. On a vraiment une complicité qui est hors pair. C’est juste plaisant pour moi de faire partie de ça et de vivre ces moments-là.

Ann-Renée Desbiens salue une jeune partisane.

Ann-Renée Desbiens salue sa filleule Julia, qui rêve de devenir gardienne de but comme sa tante.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Raynald Desbiens ne peut s’empêcher d’admirer comme un admirateur le chemin parcouru par sa fille, de Clermont à Milan-Cortina.

Une petite fille du coin qui veut être la meilleure de sa municipalité, la meilleure de sa province, la meilleure du pays. Quand tu pars dans des compétitions comme ça, d’être dans les meilleures au monde, si ce n’est pas la meilleure, c’est quelque chose!

Avec les informations de Jean-François Poirier

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