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Placés sous contrôle judiciaire, Mehdi Laribi, figure de la DZ mafia, et Mohamed Djeha restent libres en attendant leur éventuel procès. La justice d’Alger sera seule à statuer sur leur sort.
Figure tutélaire de la DZ mafia, Mehdi Laribi, alias « Tic », pourrait rester libre de ses mouvements pendant encore de longues semaines, peut-être même des mois sur le sol algérien avant un hypothétique placement en détention. Interpellée à grand renfort de publicité, le tout accompagné d’un message de satisfaction de Gérald Darmanin sur X, puis simplement placée sous contrôle judiciaire en dépit des crimes qui lui sont reprochés, cette cible à « haute valeur ajoutée » n’a qu’une certitude, plutôt réconfortante : ce Franco-Algérien ne rentrera jamais en France pour y rendre des comptes, conformément à la politique d’Alger de ne pas renvoyer ses ressortissants.
Par ailleurs, ce dossier pourrait vite prendre l’allure d’un véritable bourbier, voire celle d’une impasse. « Il est à craindre que ce soit une arrestation en trompe-l’œil, grince une source informée. Certes, cela ressemble à un acte positif de coopération judiciaire bilatérale, notamment après le déplacement du garde des Sceaux en Algérie au printemps dernier. Mais c’est une coopération qui est peu coûteuse, car Laribi ne sera pas extradé. » « Il semble par ailleurs que “Tic” n’ait été arrêté en Algérie que sur le fondement d’une affaire dijonnaise », ajoute la même source, jugeant « peu probable que la Jirs Marseille disjoigne son cas des dossiers déjà ouverts contre la DZ en France, puisqu’il lui est reproché d’être à la direction du groupement criminel (26 personnes arrêtées en mars 2026 et de nombreuses détentions provisoires, NDLR). »
Dans ce cas, poursuit ce fin connaisseur, « la France ne demandera donc vraisemblablement pas à l’Algérie ce que l’on appelle une délégation de justice, acte par lequel un pays demande à un autre de juger un ressortissant à partir du dossier fourni par le pays délégant, car elle voudra le juger globalement à partir de tous les faits qui lui sont reprochés ». Selon nos informations, l’option sur laquelle pourrait plancher la justice française serait celle de la dénonciation officielle aux fins de poursuite, un acte de coopération internationale par lequel l’autorité judiciaire d’un État transmet un dossier pénal à un autre État (souvent par la voie diplomatique ou via les ministères de la Justice) pour qu’il engage des poursuites sur son territoire, notamment lorsqu’une extradition n’est pas possible. « En clair, le parquet de Marseille ou le Parquet national de la lutte contre le crime organisé transmettrait l’intégralité de la procédure à leurs homologues algériens pour que ces derniers instruisent à leur tour et puissent juger en fonction des délits et de la pénalisation des faits reprochés », souffle une source officielle à Paris.
Une liste de dossiers bien ciblés
En d’autres termes, Alger garde la haute main sur le sort d’un criminel très recherché par la France. Des questions restent aussi sans réponse officielle concernant le sort de Mohamed Djeha, dit « Mimo », autre haut responsable de la DZ mafia interpellé il y a trois ans à Oran. Idem pour le cas du dénommé Kamel Mimar, alias « Scarface », également retranché en Algérie. Lors de son déplacement en Algérie, le garde des Sceaux français a transmis à son homologue, Lotfi Boudjemaa, une liste de « dossiers » concernant des trafiquants incarcérés ou en liberté de l’autre côté de la Méditerranée et dont Paris demande l’extradition. En retour, les autorités algériennes ont remis à la France une liste de compatriotes, dont certains pourraient être impliqués dans des histoires de biens mal acquis, qu’elles souhaiteraient voir revenir au pays. Un troc d’un genre particulier pourrait donc s’engager.
Il a fait l’objet d’une simple présentation à l’autorité judiciaire et d’une mise en examen sans mesure coercitive particulière ni conséquence judiciaire immédiate
Karim Achoui, avocatSur le fond d’un réchauffement diplomatique encore fragile, Alger affiche sa bonne volonté en continuant d’interpeller des cibles dans le viseur des services français. Arrêté le 3 août à Bejaïa, deuxième grande ville de Kabylie à environ 200 km à l’est d’Alger, Djamel Djeha (dont la famille est originaire de cette ville) attend quant à lui l’évolution de sa situation en Algérie après sa mise sous contrôle judiciaire. Selon son avocat en Algérie, Karim Achoui, qui a écrit au Monde, « il a fait l’objet d’une simple présentation à l’autorité judiciaire et d’une mise en examen sans mesure coercitive particulière ni conséquence judiciaire immédiate ». L’avocat franco-algérien, radié du barreau de Paris et exerçant en Algérie depuis 2015, assure que Djamel Djeha nie toute implication dans les affaires de son frère Mohamed, ex-patron du réseau de la Castellane à Marseille, arrêté en Algérie en 2023.
Les autorités judiciaires algériennes temporisent
La mise sous contrôle judiciaire de Djamel Djeha lui impose de ne pas quitter le territoire ou une zone géographique fixée, la remise de ses passeports, le pointage périodique au commissariat ou à la gendarmerie, l’interdiction de fréquenter certains lieux ou certaines personnes… Dans les affaires liées au trafic de drogue, la loi algérienne s’est particulièrement durcie depuis l’adoption du nouveau code de procédure pénale, en 2025, avec des peines de 20 à 30 ans de réclusion, la perpétuité et même la peine de mort dans certains cas (commuée en perpétuité), notamment pour les drogues dures de synthèse. « Sur du trafic caractérisé, surtout en bande organisée, c’est le mandat de dépôt qui domine. Un contrôle judiciaire, et non une détention, est donc plutôt un signal favorable pour le concerné, il indique en général une qualification plus basse (usage, détention pour usage personnel, rôle périphérique) ou un dossier fragile ou non encore suffisamment instruit sur la personne concernée », explique un avocat algérois.
« Je crois que, dans ce cas comme dans le cas de Mehdi Laribi, les autorités judiciaires algériennes temporisent en attendant que leurs homologues français leur communiquent les pièces des enquêtes pour finaliser le dossier criminel et ouvrir ainsi la voie à des poursuites en bonne et due forme », ajoute l’avocat. En espérant que cette temporisation ne se transforme pas en un interminable chemin judiciaire semé d’embûches, comme dans l’affaire des moines français assassinés à Tibéhirine il y a trente ans, et dont les familles attendent encore des réponses. Une chose est sûre : les narcos risquent lourd s’ils reviennent en France un jour. En effet, la Cour de cassation a jugé en 2015 que, dès lors que les faits ont été commis sur le territoire national, elle conservera la possibilité de juger un individu quand bien même il a été condamné dans un autre pays.


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