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Les mondes envoûtants de Kinan Azmeh avec l’OSM

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Pour les courageux ayant bravé le verglas, l’Orchestre symphonique de Montréal avait programmé un menu original, juxtaposant Bartók, Carl Philipp Emanuel Bach, Mozart et le compositeur clarinettiste et improvisateur Kinan Azmeh.

En préambule à la seconde partie du concert, un annonceur indiquait que nous entendrions la 39e Symphonie de Mozart avant la Suite pour improvisateur et orchestre de Kinan Azmeh. On comprend aisément pourquoi : le discours de Mozart est cadré. On sait à quoi s’attendre, alors que Azmeh ouvre des espaces et perspectives, sur un plan esthétique, mêlant musique d’inspiration notamment arabisante et jazz.

Lorsque le clarinettiste entame sa Suite pour improvisateur, avec ses douces volutes de clarinette, on n’est pas sans penser aux plages introductives des fameux enregistrements Thimar et Astrakan Café du génial Anouar Brahem, le clarinettiste turc Barbaros Erköse prenant dans le second album la relève de l’envoûtant saxophoniste et clarinettiste John Surman. Les échos-souvenirs de jazz arabisant ne débouchent pas cette fois sur les digressions poétiques de l’oud de Brahem, mais sur une participation orchestrale.

Liberté

L’orchestre sert à Kinan Azmeh à amplifier ses emballements. Le clarinettiste et compositeur est fort habile ; il crée des cellules rythmiques sur lesquelles l’orchestre peut embarquer, associant donc sa liberté d’improvisateur (bien préparé) et le cadrage nécessaire. Ceci dit, on sent bien que la formation, constituée de la clarinette, d’un piano (Dinuk Wijeratne) et d’une batterie, est le noyau essentiel de l’univers d’Azmeh. L’orchestre est un faire-valoir qui ajoute du volume, crée de l’effet. Mais on ne peut pas dire qu’il s’agisse de grandes expériences symphoniques, valorisant un orchestre comme l’OSM.

D’ailleurs au retour du concert, après avoir entendu Azmeh, nous nous sommes demandé si un projet « Anouar Brahem symphonique » aurait un sens, en réécoutant sa musique sans trouver de réponse positive, l’oud apparaissant se suffire à lui-même, avec l’entourage créé par le musicien.

Pour en revenir à la partie plus classique, Rafael Payare a empoigné, les Six danses folkloriques de Bartók avec ardeur et carrure rythmique en début de concert. Il sera intéressant de confronter le folklore d’Europe centrale avec celui d’Azmeh, lors du concert « éclaté » jeudi soir. Après Bartók, l’OSM a offert un concerto au flûtiste Timothy Hutchins, le doyen des musiciens en exercice. Hutchins est toujours admirable, même dans les pièges du virevoltant Finale du Concerto H. 425 (Wq 22) de Carl Philipp Emanuel Bach. Sa très belle prestation est nourrie par un vibrato non contingenté et un très beau son.

Quant à la 39e Symphonie de Mozart, Rafael Payare a opté pour une approche musicologique « historiquement informée » un peu rigide. Il a mis davantage en valeur les cors et les trompettes que les bois (clarinette, si importante dans cette œuvre). Heureusement, les passages donnant la part belle aux bois dans le Finale ont eu le relief souhaité. La rigueur ne devrait cependant pas empêcher une approche chantante de Mozart.

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