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Les missions renouvelées du législateur solitaire

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L’actualité politique des derniers mois a été marquée par un certain nombre de députés, à Ottawa comme à Québec, qui ont exercé une influence individuelle non négligeable au sein d’un système partisan qui est généralement dominé par la discipline de parti et le pouvoir des chefs.

Il était attendu depuis plusieurs semaines qu’Alexandre Boulerice, député néodémocrate à la Chambre des communes depuis 2011, annonce laisser la politique fédérale afin de se présenter pour Québec solidaire. Ce membre pratiquement permanent de l’opposition quitte un parti faisant face à une crise existentielle pour se joindre à une formation politique qui affronte des défis d’une ampleur similaire. Il dit vouloir mener des luttes pour d’autres causes, notamment dans les champs de compétence provinciaux, qui permettent souvent une action plus directe sur le quotidien des gens. M. Boulerice a dû s’expliquer, lui qui quitte le Parlement canadien pour se joindre à un parti politique officiellement souverainiste. En affirmant que les luttes progressistes l’ont toujours motivé tout en mentionnant ses convictions indépendantistes, il a réussi à ménager la chèvre et le chou.

Cela n’est pas sans rappeler d’autres cas où, dans les derniers mois, des législateurs individuels ont su attirer l’attention en rappelant leurs leviers politiques et médiatiques. Je rappelle d’abord que cinq députés fédéraux (quatre conservateurs et une néodémocrate) ont quitté leur parti afin de se joindre aux libéraux de Mark Carney. Ces choix individuels ont contribué à donner une majorité parlementaire au gouvernement libéral. Ces députés étaient certainement motivés à la fois par des valeurs personnelles, des considérations électorales et le désir de renforcer le pouvoir d’un gouvernement dont ils approuvaient l’approche de gestion. Ces défections devraient demeurer exceptionnelles, mais elles sont un important levier des députés.

En novembre dernier, Steven Guilbeault a quitté le Conseil des ministres afin de communiquer son opposition à une entente pour un projet d’oléoduc signée avec l’Alberta. L’automne dernier a aussi donné lieu à une variété de brassages partisans, mais qui ont toujours laissé voir des potentiels d’influence chez les députés individuels. Vincent Marissal a quitté Québec solidaire au moment où il a été exclu du caucus pour avoir eu des discussions avec le Parti québécois. M. Marissal a pu exprimer son désaccord avec certaines tendances plus radicales qui existent chez Québec solidaire.

Marwah Rizqy s’est trouvée au centre d’une affaire qui demeure toujours peu claire, mais elle a certainement contribué au départ forcé du chef du Parti libéral du Québec Pablo Rodriguez. De plus, elle s’est montrée comme étant une législatrice soucieuse. Même si elle ne se présente pas aux élections de 2026, sa carrière politique n’est pas nécessairement terminée. On pourrait même la voir en politique fédérale un jour.

Sans surprise, des députés et des ministres de la Coalition avenir Québec ont aussi exprimé leur mécontentement en quittant le caucus ou le cabinet dans les derniers mois. On peut penser à Lionel Carmant, à Christian Dubé et à Maïté Blanchette Vézina.

Ces histoires de défections, d’exclusions et de démissions sont toutes très différentes. Mais les noms de toutes ces personnes soulignent qu’il est encore possible pour les députés individuels d’exercer des pressions politiques sans qu’on puisse dire qu’ils ont trahi la confiance de leurs électeurs.

Il demeure toutefois désolant, selon moi, qu’il soit souvent nécessaire de quitter le caucus pour exprimer une forme de dissidence publique, alors qu’il est presque intellectuellement impossible d’être d’accord avec 100 % d’un programme.

En ce sens, le système politique américain, dont le fonctionnement législatif ne repose ni sur la confiance parlementaire ni sur la ligne de parti, permet souvent des désaccords publics entre les membres du même clan. C’est ainsi que John McCain a pu aisément critiquer Donald Trump en tant que membre du Sénat tout en demeurant un fier républicain. Il en va de même pour des démocrates, comme Alexandria Ocasio-Cortez ou John Fetterman, qui peuvent s’en prendre au leadership de leur parti.

On dit souvent qu’il n’y a que deux options politiques aux États-Unis, mais, en réalité, il existe de nombreuses factions et ailes au sein des partis. Comme l’a affirmé l’acteur et commentateur américain Will Rogers : « Je ne suis membre d’aucun parti politique organisé : je suis démocrate. »

Les systèmes américain et canadien sont différents. En parlementarisme, les membres de l’exécutif siègent aussi comme législateurs. Il reste que permettre un peu plus de dissidence chez les députés individuels contribuerait peut-être à redorer le métier de politicien alors qu’on réitérerait la liberté d’expression et de conscience des individus qui nous représentent.

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