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Les mesures contre la hausse du coût de la vie auront un effet concret faible, croient des experts

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Québec élargira dès le 15 juillet la liste des produits d’épicerie détaxés et accordera cette année un rabais de 50 $ sur les droits d’immatriculation pour atténuer la flambée du prix de l’essence. Le crédit d’impôt pour solidarité sera aussi temporairement bonifié de 100 $ à 200 $. Présentées lundi comme un coup de pouce aux ménages, ces mesures laissent plusieurs experts sceptiques quant à l’impact réel sur le portefeuille des Québécois.

« L’effet concret sera faible. En matière d’efficacité, on aurait dû concentrer les mesures d’aides aux ménages ayant les revenus les plus modestes », souligne l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, Jimmy Jean.

Lundi après-midi, la première ministre du Québec, Christine Fréchette, était de passage à Sherbrooke pour annoncer une série de mesures pour aider les consommateurs frappés par le coût de la vie. « L’inflation, ça touche tout le monde. […] On doit donner de l’oxygène aux Québécois [et leur] donner un coup de pouce financier », a-t-elle déclaré.

Son gouvernement abolira ainsi la TVQ sur certains produits vendus en épicerie, au dépanneur ou à la pharmacie : fruits et légumes déjà coupés, barres tendres, noix salées, mais aussi papier hygiénique et mouchoirs. La TVQ disparaîtra également de certains aliments normalement détaxés, mais qui ne l’étaient plus en raison de leur format, comme les muffins vendus à l’unité. Selon Québec, cette mesure représente une dépense annuelle d’environ 100 millions de dollars pour alléger d’environ 50 $ la facture d’épicerie de chaque ménage.

Par ailleurs, à partir de septembre, et pour un an, les droits d’immatriculation seront réduits de 50 $. De plus, les personnes et les ménages bénéficiant du crédit d’impôt pour solidarité recevront dès juin une somme forfaitaire supplémentaire de 100 $ (pour une personne vivant seule), de 150 $ (pour une famille monoparentale ou un couple sans enfant) ou de 200 $ (pour un couple avec enfants).

« C’est assez rare de voir un gouvernement éliminer une taxe, et ce, de façon permanente ; 50 $ d’économies, ce n’est pas énorme, mais ce n’est pas rien non plus dans le contexte économique actuel », souligne le spécialiste de l’industrie agroalimentaire Sylvain Charlebois, commentant l’abolition de la TVQ.

Celui qui est aussi professeur invité à l’Université McGill ne s’en cache pas : s’il n’en tenait qu’à lui, aucun produit alimentaire ne serait taxé. « J’ai jamais compris pourquoi on taxe la nourriture, alors que s’alimenter est une nécessité de la vie. Mais c’est un pas dans la bonne direction », dit-il.

Des mesures « accessoires »

De l’avis de plusieurs experts consultés par Le Devoir, le gouvernement a néanmoins manqué sa cible.

« Je comprends qu’on voulait s’adresser à plusieurs clientèles, mais c’est toujours plus porteur de remettre de l’argent dans les poches des ménages les moins nantis plutôt que de viser l’ensemble de la population », soutient le fiscaliste et professeur à l’Université Sherbrooke Luc Godbout.

« La meilleure des mesures, ou la moins mauvaise, disons, c’est assurément les chèques envoyés aux ménages qui bénéficient du crédit d’impôt pour solidarité. Le reste est accessoire », renchérit Jimmy Jean du Mouvement Desjardins.

Selon lui, l’économie moyenne de 50 $ à l’épicerie profitera davantage aux ménages aisés, dont les paniers d’achats sont plus volumineux et plus coûteux. Même logique pour l’immatriculation : « Les moins nantis n’ont pas forcément de voiture. On aurait pu soutenir davantage le transport en commun par exemple », ajoute-t-il.

La directrice générale de l’Institut du Québec, Emna Braham, juge aussi que Québec aurait dû se concentrer sur l’aide aux ménages plus vulnérables.

Elle s’inquiète par ailleurs de voir le gouvernement annoncer de telles dépenses alors qu’il s’est engagé à un retour à l’équilibre budgétaire. « Il faut jouer de prudence. Si un gouvernement affirme vouloir revenir à l’équilibre, il faut que son plan soit crédible. Avec des mesures moins ciblées et qui ne sont pas ponctuelles, ça peut compliquer cet exercice », souligne-t-elle.

Un calcul politique ?

Pour Jimmy Jean, du Mouvement Desjardins, le moment de l’annonce n’a rien d’anodin. « On est dans un contexte préélectoral. Clairement, on a voulu rejoindre le plus de monde possible », croit-il.

Le fiscaliste Luc Godbout nuance toutefois l’idée d’un geste strictement électoraliste. Selon lui, les gouvernements — à Québec comme à Ottawa — sont visiblement plus sensibles à la pression persistante du coût de la vie. « Le fédéral a aussi bonifié son crédit pour la TPS plus tôt cette année, et il n’était pas en campagne électorale. »

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