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Les quatre-vingt-dix premiers jours du traitement analogue du GLP-1 de David Stillman ont été particulièrement difficiles. Cet infirmier de 54 ans a commencé les injections pour perdre du poids, mais aussi pour améliorer son taux de cholestérol et sa tension artérielle. Mais très vite, les effets secondaires sont venus perturber son quotidien: nausées, troubles gastro-intestinaux, perte de plaisir.
«Je voyais littéralement tous mes récepteurs du plaisir commencer à s'affaiblir, et mon humeur ainsi que mes émotions s'aplatissaient, tout comme mon envie de rechercher ces pics de dopamine», se souvient David. Une expérience difficile à comprendre tant qu'on ne l'a pas vécue soi-même, ajoute-t-il. Sa femme, Kelsey, essayait de le soutenir au mieux. Ce n'est que trois mois plus tard, lorsqu'elle a elle aussi commencé à prendre du GLP-1, qu'elle a compris ce que son mari avait traversé. «Maintenant que nous traversons cette épreuve ensemble, je ne peux pas imaginer que l'un de nous deux vive cette expérience seul, sans l'autre», explique-t-elle dans les colonnes du Washington Post.
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Pour les Stillman, ces médicaments, commercialisés sous des noms comme Ozempic ou Wegovy, ont fait bouger les chiffres sur la balance, pour leur plus grand plaisir. Mais ils ont aussi transformé leurs habitudes, jusque dans leur intimité. Leur parcours met en évidence les difficultés qui peuvent surgir lorsque les molécules s'immiscent dans un mariage. Aux États-Unis, les chercheurs ont commencé à s'intéresser aux répercussions de ces traitements sur la vie de couple.
Outre-Atlantique, environ 15% des adultes américains ont déjà pris des analogues du GLP-1 pour perdre du poids, contre seulement 6% il y a deux ans selon les statistiques de l'entreprise Gallup. Difficile, toutefois, de mesurer leur incidence sur la stabilité des relations amoureuses: il n'existe à ce jour aucune donnée complète sur l'évolution du taux de divorce chez les personnes sous GLP-1. Les scientifiques se sont donc tournés vers des études préexistantes portant sur le mariage et sur une autre intervention médicale de perte de poids pratiquée depuis des décennies: la chirurgie bariatrique. Des études ont montré que les patients mariés présentaient deux fois moins de risques de divorcer après une intervention.
Bouleversement intérieur
Comme tout autre événement majeur de la vie –un licenciement, l'arrivée d'un enfant ou un déménagement– commencer un traitement par GLP-1 implique une période d'adaptation. «Je qualifie ces médicaments de médecine biopsychosociale, souligne Thomas Rutledge, professeur de psychiatrie à l'université de Californie à San Diego. Ils affectent la personne dans son ensemble, à l'intérieur comme à l'extérieur, et la plupart des gens n'ont jamais vécu une expérience de ce genre.»
L'une des premières conséquences concerne les habitudes alimentaires du couple, que les molécules peuvent profondément modifier. Tracy Hodges, 62 ans, l'a constaté après avoir commencé son traitement il y a deux ans. «Ça a été un miracle pour mon cerveau, souligne-t-elle. Toutes mes pensées liées à la nourriture avaient disparu.» Mais très vite, des frustrations sont apparues dans son couple. Son mari regrettait qu'elle n'éprouve plus le même plaisir à aller au restaurant.
Changements alimentaires pour plus d'amour
Bronwyn Longchamp, 48 ans, a, elle, vécu l'expérience inverse. Après avoir perdu de nombreux kilos, elle s'est sentie mieux dans son corps et a eu le sentiment que son mariage était «plus solide que jamais». Les changements alimentaires sont devenus un véritable projet à deux avec son conjoint: prendre soin de leur santé et adopter une alimentation plus saine.
À certains égards, les bouleversements provoqués par les GLP-1 peuvent jouer un rôle de révélateur. Selon le psychologue Mark Krist, ces médicaments peuvent provoquer «un changement suffisamment important pour que des problèmes sous-jacents, des fractures latentes qui existaient peut-être déjà, remontent véritablement à la surface». En modifiant le rapport à soi-même, ils peuvent également transformer la manière dont on envisage sa relation amoureuse. «On commence à réévaluer sa relation avec soi-même et on se demande quelles opportunités s'offrent à soi qui n'existaient pas auparavant», poursuit-il.
Les chercheurs se sont également demandé si les molécules pouvaient avoir un effet sur la libido. Sur ce point, les témoignages divergent: certains patients affirment que les injections impactent leur vie sexuelle, d'autres ne signalent aucune répercussion. Les changements de libido varient considérablement d'une personne à l'autre. Ils semblent toutefois plus marqués chez les hommes. Mais les témoignages recueillis ne permettent pas, à ce stade, de dégager de tendance générale.
Finalement, si les experts ont un conseil à donner aux couples dont l'un des partenaires suit un traitement anti-obésité, c'est avant tout de ne pas attendre que les difficultés apparaissent pour en parler. Le traitement peut aussi être perçu comme une occasion de créer de nouveaux rituels à deux. Certes, de nombreux couples font état de bouleversements parfois difficiles à surmonter. Mais l'expérience des Stillman montre qu'ils ne sont pas nécessairement synonymes de fragilisation de la relation. «Cette expérience a confirmé la solidité de notre amour», résume David.





























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