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Les marchés boursiers ont résisté, malgré la rhétorique protectionniste du président Donald Trump. Reste à voir si le fameux taureau, qui symbolise le marché haussier, aura suffisamment de souffle l’an prochain.
Avec les hausses de 2025, les attentes des investisseurs sont maintenant élevées et le risque de déception est plus présent, prévient l’économiste et stratège en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, lors d’une entrevue récente.
« Il y a énormément d’attentes par rapport à l’intelligence artificielle, constate l’économiste. [Les entreprises] vont être obligées de livrer la marchandise en 2026, selon moi, au niveau des gains de productivité. Ce serait tôt quand même pour le déploiement d’une nouvelle technologie.
« Sinon, je pense que ça peut être un peu plus difficile pour la Bourse », enchaîne-t-il.
M. Marion anticipe une pause dans la première moitié de 2026. Pour la deuxième moitié de l’année, il prévoit un rebond pour le S&P/TSX au Canada et le S&P 500 aux États-Unis de 5 % et 3 %, respectivement.
L’économiste est plus optimiste pour le Canada en raison des politiques du gouvernement Carney. Les mesures budgétaires annoncées en novembre et l’accord énergétique entre le fédéral et l’Alberta envoient un signal positif pour les investisseurs étrangers, selon lui.
« On s’entend : ce n’est pas la question de savoir s’il y aura un pipeline ou pas, nuance M. Marion. C’est quelque chose qui va se passer sur plusieurs années. C’est le signal [qu’on envoie aux investisseurs étrangers qui est important]. »
En assouplissant les règles sur la production énergétique, le Canada fournit un ingrédient essentiel au déploiement de sa politique économique. Il envoie le signal qu’il y aura suffisamment d’électricité pour soutenir les différents projets, juge-t-il.
« Je ne peux pas avoir un budget qui a une promesse de dépenses militaires, de réindustrialisation [sans] avoir des ajustements au niveau de la politique énergétique », explique-t-il.
Dans ce contexte, M. Marion donne plus de poids au secteur de l’énergie et aux industriels dans son portefeuille.
Encore une fois, il reste un risque que les investisseurs soient déçus.
S’il est optimiste, le stratège de la Banque Nationale souligne qu’il faudra que l’exécution des orientations du gouvernement Carney soit au rendez-vous.
« Mon plus gros risque pour le Canada, c’est qu’on ne ramène pas les investissements des entreprises [comme] dans mon scénario pour 2026 », répond-il.
Les entreprises canadiennes devront faire des gains de productivité pour accroître leurs bénéfices, tandis qu’elles ne peuvent plus miser sur la croissance de la population en raison du resserrement des politiques d’immigration.
Statistique Canada rapportait d’ailleurs, la semaine dernière, une baisse de la population canadienne entre juillet et octobre, une première depuis des décennies.
Ça représente un défi pour les entreprises comme les banques, les grandes sociétés de télécommunications, les détaillants ou les épiciers, qui voient le bassin de leurs clients potentiels diminuer. « C’est pour ça que j’ai pris mon risque sur l’industriel dans ma rotation sectorielle, plutôt que sur la consommation », explique M. Marion.
Un stratège plus optimiste
La réponse du stratège d’investissement chez Desjardins, Jean-René Ouellet, est un peu plus optimiste. « On devrait amorcer l’année sur l’élan de 2025 », répond-il dans une entrevue récente.
Avec les élections de mi-mandat qui auront lieu cet automne aux États-Unis, le président américain, Donald Trump, risque de se montrer plus concilient dans ses relations commerciales, anticipe M. Ouellet.
« Avec une croissance économique qui se poursuit, avec une Fed qui s’assouplit, on devrait voir également une croissance des revenus et des bénéfices relativement adéquats, ce qui permet des pronostics boursiers somme toute bien décents pour 2026 », résume-t-il.
Il reconnaît que les évaluations sont plus élevées, mais il souligne qu’elles sont relativement stables par rapport à l’an dernier.
« Donc, l’essentiel de la performance boursière, cette année, n’est pas attribuable à un marché qui est devenu plus dispendieux, mais à des fondamentaux avec des revenus qui ont grimpé et des bénéfices qui ont été présents », précise-t-il.
« Comme on anticipe encore une année avec une croissance des revenus et bénéfices pour la prochaine année, les fondamentaux devraient faire l’essentiel en termes de performance boursière », enchaîne-t-il.
M. Ouellet a une thèse favorable pour le secteur financier et le secteur industriel. S’il ne boude pas complètement le secteur technologique, il est plus prudent alors que le secteur a fortement progressé.
Comme M. Marion, il souligne que l’optimisme sur les retombées de l’intelligence artificielle augmente le risque de déception. « C’est une révolution industrielle avec un rythme d’adoption qui est assez spectaculaire, mais, en même temps, il y a des défis dans l’exécution », souligne le stratège de Desjardins.
Les deux stratèges s’entendent aussi pour réduire légèrement le poids des marchés américains en portefeuille.
Pour M. Ouellet, les sautes d’humeur de M. Trump représentent les plus grands risques à ses hypothèses. « Notre scénario de base, c’est que la Maison-Blanche va être plus conciliante. Si, à l’inverse, elle devient plus hostile, ça pourrait amener des turbulences sur le marché. »


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