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Les inquiétudes des jeunes de Schaerbeek : “Bruxelles, c’est devenu Marseille !”

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Schaerbeek, un mardi d'octobre, neuf heures. À l'Institut technique Cardinal Mercier, école à indice socio-économique faible et à la population bigarrée, les retardataires passent l'un après l'autre devant l'éducateur planté à la porte d'entrée de la rue Portaels. Les élèves de sixième TQ techniciens commerciaux, eux, sont déjà dans leur classe du dernier étage, en compagnie de leur professeur d'économie, Sébastien Erkens. Durant cette dernière année, la petite vingtaine d'élèves de cette classe de technique de qualification tentera d'obtenir à la fois leur CESS (certificat d'études secondaires supérieures) et leur CQ6, le certificat de qualification de sixième année d'humanités techniques professionnelles.

Quel monde leur laisse-t-on ?

Mais, pour l'heure, les sixièmes TQ ont accepté de partager leur vision de l'avenir, leurs sujets de préoccupation, leurs éventuelles craintes. Lorsqu'on leur demande s'ils sont inquiets, Naziha, la seule fille de la classe, est la première à s'exprimer. "Moi, je vois beaucoup de gens qui n'arrivent pas à trouver du travail alors qu'ils ont fait des études. Certains ont un master mais ils ne travaillent pas. Alors, moi, j'ai peur de me lancer dans des études…"

Des métiers en voie de disparition

Riyad embraye : "En plus, l'inscription, maintenant, c'est 1200 euros par an. Et les employeurs préfèrent souvent engager quelqu'un qui a de l'expérience plutôt que quelqu'un qui a fait des études". Par contre, Riyad ne redoute pas l'intelligence artificielle. "On ne peut pas se faire remplacer par l'IA. Le contact humain reste primordial. L'IA, ça peut être un bon outil, quand elle est bien utilisée. Par exemple, un prof pour préparer son cours."

Naziha s'inquiète cependant de voir toutes ces machines à l'œuvre, que ce soit à la caisse du supermarché ou pour faire une photo à la commune. "Moi, j'essaie tout le temps de passer à la caisse ou d'aller chez un photographe parce que j'ai peur que ces métiers disparaissent."

Mohamed B. se pose, quant à lui, des questions sur sa retraite. "J'espère qu'on aura une pension." Riyad ajoute : "On ne veut pas cotiser dans le vide".

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Le réchauffement, plutôt pour les générations futures

Cela dit, cette perspective est encore lointaine. Idem pour la crise climatique, qui ne semble pas si urgente que cela. "Oui, le réchauffement climatique, cela va être impactant, admet Mohamed B. Mais pas maintenant, plutôt pour les générations futures."

Quand Monsieur Erkens demande aux élèves s'ils ont eu au moins une conversation sérieuse sur le dérèglement climatique ces deux derniers mois, seuls deux élèves lèvent la main… "C'est un sujet qui n'est pas assez connu, pense Naziha. Ce n'est pas pris au sérieux. Là, les sujets de préoccupation, c'est plutôt les études, le logement, l'emploi… On ne parle pas de la pollution. On ne se sent pas concernés alors qu'on devrait anticiper les problèmes." Mais, pour Ayoub, "ce sont les grandes entreprises et les États qui peuvent apporter du changement. Ce n'est pas nous, juste en triant nos déchets."

Et l'insécurité, est-ce un motif d'inquiétude ? "Oui, répond Mohamed H. On a vu des fusillades dans certains quartiers. La police, on ne la voit pas dans ces moments-là. Et à Clémenceau, ils avaient mis des militaires ou des policiers mais il y a quand même eu des coups de feu." Elijah constate de son côté que "des jeunes sont recrutés par les narcotrafiquants. C'est dangereux et, puis, ils sont déscolarisés. J'ai un ami en prison." "Bruxelles, c'est devenu Marseille !", lâche Mohamed H. Même en dehors de l'ultraviolence des trafiquants de drogue, plusieurs élèves confient qu'ils ne sont pas à l'aise de se promener le soir dans certains quartiers.

Bavures policières

Le professeur d'économie interroge alors ses élèves et leurs algorithmes : "Quand vous regardez des vidéos sur vos réseaux sociaux, quel est le top 3 des sujets inquiétants ?".

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Pourquoi un influenceur va gagner plus qu'un médecin ? Je ne trouve pas ça logique.

Pour Berthony, ce sont "les enlèvements d'enfants, pour leur prendre leurs organes. On voit ça un peu partout". Pour Ali, c'est "l'IA et les détournements d'images, avec des montages vraiment limite avec des célébrités". Ali ne comprend pas non plus "pourquoi un influenceur va gagner plus qu'un médecin, je ne trouve pas ça logique".

Pour Ubay, "ce qui revient beaucoup dans les algorithmes, c'est les manifs d'étudiants, les blocus et les casseurs". Et pour Mohamed H., ce sont "les bavures policières". Quant à Mustapha, c'est plutôt la Chine qui l'inquiète, l'ogre économique qui déverse ses voitures sur le monde.

"Et la guerre ?", demande Monsieur Erkens. Non, les conflits ne semblent pas figurer parmi les sujets de préoccupation de ces jeunes. Hormis pour Mohamad, très concerné par "la guerre en Palestine". Elijah a tout de même vu un documentaire sur la dictature nord-coréenne qui l'a impressionné. Mais il ne pense pas qu'un pouvoir fort pourrait advenir un jour en Belgique. "Tout ça, c'est loin, ça n'arrivera pas chez nous. Parce qu'en Europe, dès qu'une règle ne convient pas à la jeunesse, elle va se révolter."

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