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Les Albertains se prononceront lundi, dans un climat de vives tensions, sur la tenue d’un référendum sur l’indépendance de leur province. Mais même si le camp fédéraliste l’emportait haut la main, les indépendantistes n’entendent pas baisser les bras, prévient leur chef, Mitch Sylvestre, qui remet déjà en question la légitimité du processus électoral.
« On vous demande simplement si vous êtes citoyen canadien. Vous n’avez même pas besoin de le prouver. C’est vraiment trop facile. La porte est grande ouverte à la fraude, et c’est extrêmement frustrant, s’exclame M. Sylvestre au bout du fil avec Le Devoir. Je ne vois pas comment ils s’attendent à ce qu’on prenne cela au sérieux. »
Le chef de file du mouvement séparatiste albertain fait référence aux 658 000 bulletins de vote par correspondance envoyés par Élections Alberta. Cela représente environ 20 % des quelque trois millions d’électeurs inscrits de la province. Or, les mêmes exigences s’appliquent au vote par bulletin spécial qu’au vote en personne : les électeurs doivent fournir une copie d’une pièce d’identité officielle. Les informations sont ensuite vérifiées pour s’assurer qu’elles correspondent à celles du registre électoral.
Plus de 5700 demandes de bulletin spécial ont d’ailleurs été refusées par Élections Alberta en raison de l’inadmissibilité d’électeurs, de demandes en double ou d’adresses invalides.
Au revoir, Danielle Smith ?
Aussi légitime que puisse être le processus, aucun résultat ne devrait suffire à éteindre les aspirations souverainistes au lendemain du vote, fait valoir Alexandre Rivard, professeur adjoint de science politique à l’Université d’Athabasca, en Alberta. « Il est improbable qu’une victoire du camp fédéraliste mette fin au débat. Les souverainistes remettent déjà en question l’intégrité du processus. Ils préparent déjà le terrain pour contester la légitimité du résultat. »
Le professeur s’attend à ce que les figures du camp indépendantiste accusent l’autre camp de « triche », puis cherchent à structurer leur mouvement autour d’une véritable formation politique. Car, contrairement au Québec, les camps albertains du Oui et du Non sont en grande partie portés par des groupes militants plutôt que par des élus.
Mitch Sylvestre estime toutefois qu’il n’est pas nécessaire de créer un nouveau parti provincial. Les séparatistes sont déjà, selon lui, « bien représentés » au sein du Parti conservateur uni (UCP) de la première ministre Danielle Smith.
Encore faut-il que celle-ci conserve les rênes du parti. Mme Smith a beau avoir ajouté la question de la séparation au référendum du 19 octobre et avoir toléré la présence de députés indépendantistes au sein de son caucus, elle a aussi voté pour le maintien de l’Alberta au sein du Canada et a appelé les électeurs à faire de même.
Cette ambiguïté risque d’aliéner une partie de sa base indépendantiste, au point où certains pourraient chercher à la déloger lors du prochain congrès du parti, prévu à la fin novembre. Pour déclencher un examen de son leadership, il faut obtenir l’appui d’au moins 22 des 87 associations de circonscription de l’UCP. Pour l’heure, une seule association, dans le sud de l’Alberta, a officiellement réclamé la tenue d’un tel vote.
En 2022, l’ancien premier ministre albertain Jason Kenney avait remporté son vote de confiance avec 51,4 % des voix, mais avait tout de même choisi de démissionner, jugeant le résultat insuffisant pour rester en poste.
Une nouvelle force politique
Qu’il passe par la création d’un nouveau parti ou par un changement à la tête de l’UCP, l’après-référendum pourrait ouvrir la voie à l’émergence d’une véritable force politique indépendantiste en Alberta, estime Adrienne Davidson, professeure adjointe au Département de science politique de l’Université McMaster. « Il existe déjà quelques partis républicains et souverainistes, mais un véritable parti indépendantiste pourrait devenir une force incontournable dans la politique albertaine comme on n’en a jamais vu jusqu’ici. »
Mitch Sylvestre espère voir le mouvement indépendantiste albertain suivre les traces du Parti québécois et s’imposer comme une force politique dans le paysage provincial. « Le Parti québécois a obtenu entre 28 et 29 % du vote populaire. Je suis convaincu qu’on a au moins autant de soutien, sinon plus. Il faut simplement trouver comment mobiliser cet appui chez nous. »


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