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Depuis chez elle, Gentiane MG mettra environ vingt minutes de marche pour arriver à la scène de l’esplanade Tranquille, où son trio est invité à jouer. « Je suis une Montréalaise aujourd’hui, dit la musicienne, mais mes racines sont au Saguenay. Quand j’étais jeune, j’étais beaucoup dans mon monde ; j’ai des souvenirs d’être installée au piano et de regarder par la fenêtre, les arbres, les oiseaux… » Le titre de son récent album, Can You Hear the Birds ?, porte les traces de « ce monde imaginaire que tu conçois à partir des observations de la nature » qui se déploiera jeudi soir, en ouverture de la 46e édition du Festival international de jazz de Montréal.
Avec les membres de son trio — Levi Dover à la basse, Mark Nelson à la batterie —, Gentiane Michaud-Gagnon a passé le mois d’avril à présenter, comme elle le fera jeudi, le matériel de son nouvel album aux Italiens, aux Français, aux Allemands et aux Polonais. L’Europe est le principal marché d’exportation de son approche du jazz, introspective et élégante, mélodique et discrètement avant-gardiste.
« Bien que notre trio ait sa couleur musicale singulière et qu’on est vraiment intéressé par l’exploration, je pense que quelque chose me rattache aux mélodies, affirme la compositrice. J’entends ainsi la musique, alors ça adonne que ça sort de cette manière. C’est pour ça qu’en Europe, on réussit à jouer dans des lieux qui n’ont pas l’habitude d’inviter des orchestres trop dissonants ou expérimentaux. Par exemple, en Allemagne, où la scène avant-garde est vraiment importante, on est catégorisé “jazz mainstream”, alors que chez nous, on est vraiment plus perçus dans le champ gauche », note Gentiane.
Le décalage culturel étonne, car il suffit d’écouter son nouvel album pour s’en convaincre : aussi jazz et exploratoire, soit le son de Gentiane et de ses collègues, il y a assez d’élan mélodique, d’inclinations à la musique classique (« J’ai toujours aimé Chopin, Schubert, les grands romantiques… »), pour rassembler les mélomanes autour de son nouvel album. Coulant et chatoyant en ouverture avec Two Lives One Heart, puis devient plus jazz moderne (Speak Up and Smile) et absolument attendrissant sur Sœur orchidée.
Celle-ci s’inspire d’une « amie très proche qui se confiait à [elle], après avoir vécu une dure année — ça [l]’a touchée, alors cette chanson existe un peu pour l’honorer, elle et sa résilience ». La première moitié de Sœur orchidée est interprétée au piano solo ; un détail qui a permis à la chanson d’être ajoutée à un bouquet de listes de lecture sur les plateformes d’écoute en continu, entre deux chansons néoclassiques — comme quoi le jazz a tout ce qu’il faut pour toucher un large public.
Puiser dans son instinct
« Écrire une chanson qui se tient et qui marche, c’est facile — je peux t’en écrire une là, tout de suite après notre conversation, assure Gentiane. Mais est-ce que c’est vraiment ça que je veux dire au monde ? Pas vraiment. Je veux partager ce qui m’a réellement touché durant la période où j’ai composé l’album. Parfois, ce sont les souvenirs de moments vécus qui me remontent, je puise dans ce qui a besoin de sortir. Cette manière de composer me permet de sortir de mon intellect : c’est prenant de se mettre dans cet état, dans ces eaux-là », qui sollicitent d’abord l’instinct de la mélodiste et compositrice.
Pour ce nouvel album, encore plus que pour Walls Made of Glass, paru en 2022 au sortir de la pandémie, Gentiane raconte s’être laissée porter par son premier élan. « Je me suis fixée sur cette idée de choses mémorables, parce que c’est ainsi que je compose : un thème musical, un motif, une mélodie me vient en tête et je la joue. Si je ne m’en souviens plus le lendemain, c’est qu’elle n’en valait pas la peine. Pour moi, tout repose sur l’idée de départ — on dirait que je le sens quand je trouve une bonne mélodie, ce sera celle qui va me trotter dans la tête pendant plusieurs jours. Avec ce nouvel album, j’ai décidé que je ne me battrai pas contre ce premier élan, le plus naturel. L’air qui me vient en tête, sans trop y réfléchir, souvent sera celui qui a le plus de sens ; ensuite, on retravaille les détails et les arrangements. »
« Le plus gros du travail, poursuit Gentiane, est de trouver la manière de créer l’espace — mental, musical — pour trouver comment exprimer ce que j’ai à dire. Il faut creuser au fond de ses émotions » et se fier à son instinct. « Il m’arrive après coup de reconnaître d’où surgissent, inconsciemment, les idées, par exemple à partir d’albums que j’ai écoutés durant la période d’écriture. L’automne dernier, par exemple, j’ai écouté l’album de Stéphanie Boulay [Est-ce que quelqu’un me voit ?, paru en avril 2025]. C’est vraiment de la bonne pop ! Je crois que certaines couleurs, certains timbres, rentrent dans mon subconscient », pour en ressortir avec sa couleur pianistique distincte.
Une couleur dont on pourrait prendre une autre mesure sur le prochain projet de Gentiane, qui conçoit déjà la suite : « J’ai envie de rapetisser ! Je ne cesserai jamais de travailler avec mes trios, mais je pense que le prochain album sera solo — et je n’attendrai pas longtemps. C’est quelque chose que je veux faire depuis longtemps et je pense que j’aurai le temps cet été de plonger dans ce monde, travailler en parallèle en trio et en solo. Plus le temps passe, plus j’ai envie de nourrir ma passion de compositrice. »
Le Gentiane MG trio se produira sur l’esplanade Tranquille, le 26 juin à 17 h et 19 h, et au Dièse Onze, le 29 juin, à 19 h, dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. L’album Can You Hear the Birds ?, est paru en mars dernier.


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