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La guerre du Kippour, 1973
La première grande crise pétrolière a eu lieu dans la foulée de la guerre du Kippour, qui opposait Israël à l’Égypte et à la Syrie. Un regroupement de pays arabes exportateurs de pétrole a augmenté ses prix, sabré sa production et imposé un embargo sur la vente de pétrole aux États-Unis et à certains alliés en représailles à leur soutien militaire à l’État hébreu.
En l’espace de quelques mois, les prix du pétrole ont quadruplé, passant d’environ 3 $US à 12 $US le baril. « Dans le contexte d’aujourd’hui, avant la guerre en Iran, le prix était d’environ 70 $. C’est comme si on passait à 280 $ », illustre le professeur d’économie à l’Université d’Ottawa Jean-Thomas Bernard. « On pensait que ce serait passager », raconte celui qui a commencé à enseigner en 1973. Or, les effets se sont poursuivis dans le temps.
Le premier choc pétrolier a donné lieu à un épisode de stagflation — un ralentissement économique combiné à une hausse généralisée des prix et à un fort taux de chômage. Au Canada, une récession s’est accompagnée d’un taux d’inflation sur un an qui a atteint 12,7 % en décembre 1974.
« Ç’a été un grand choc psychologique pour les pays occidentaux, surtout aux États-Unis, avec des files aux stations d’essence », relève Yvan Cliche, spécialiste de l’énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a été créée en réaction à cette crise pour assurer la sécurité énergétique. L’organisation regroupe aujourd’hui 32 États et gère des réserves stratégiques de pétrole de 1,2 milliard de barils.
La révolution iranienne, 1979
La chute du shah d’Iran et l’instauration d’un régime islamique dans le pays ont mené au deuxième grand choc pétrolier. L’Iran est alors le quatrième producteur mondial d’or noir et la révolution met un frein à ses exportations.
En septembre 1980, le déclenchement de la guerre entre l’Iran et l’Irak va ajouter une couche d’incertitude dans la région. Entre 1978 et 1981, le volume de production de pétrole a été divisé par quatre en Iran et par trois en Irak. Les prix mondiaux ont presque triplé. « Les gouvernements ont compris que [la hausse des prix] avait un caractère permanent », souligne Jean-Thomas Bernard.
De nouveau, la crise aura des répercussions partout sur la planète et mènera à une période de stagflation. Le chômage explose. Au Canada, en juillet 1981, l’inflation frôle les 13 %. La banque centrale réagit en haussant ses taux d’intérêt à 21 %, ce qui porte un sérieux coup de frein à l’économie.
En réaction aux deux crises pétrolières des années 1970, « les gouvernements ont mis en place des politiques hautement interventionnistes », note M. Bernard. Ottawa va créer le Programme énergétique national, avec pour but d’« isoler le Canada du reste du marché mondial » et de fixer les prix.
« On visait à “canadianiser” le secteur », dit M. Bernard. « Ç’a été un irritant énorme » pour les provinces de l’Ouest, en plus de s’avérer « excessivement coûteux ». Le programme sera démantelé par la suite, mais « le déficit qui a été créé par cette politique a perduré », ajoute-t-il. « Ç’a été un énorme fiasco. »
La guerre du Golfe, 1990
À peine deux ans après la fin de la guerre entre l’Iran et l’Irak, ce dernier envahit un autre pays producteur de la région : le Koweït. Les États-Unis de George H.W. Bush vont appuyer les forces koweïtiennes, avec l’aide de plusieurs pays alliés.
« Ça a eu un impact sur le Koweït, qui était un producteur assez important », rappelle Jean-Thomas Bernard. La production au Koweït va s’effondrer, tout comme en Irak. Ce choc s’est fait ressentir sur le prix du baril à la grandeur de la planète, gracieuseté d’un marché mondialisé.
Les motivations américaines dans la région étaient d’ailleurs loin d’être étrangères à la production pétrolière, affirme Yvan Cliche. Les États-Unis dépendaient beaucoup du pétrole et « ne voulaient pas qu’un régime comme l’Irak devienne un trop grand acteur du marché ». « Ç’a été la même chose en 2003 », avec une nouvelle guerre en Irak impliquant les États-Unis, sous le président Bush fils.
En 1991, l’AIE va puiser pour la première fois dans ses réserves d’urgence. La mesure d’exception sera aussi utilisée en 2005, à la suite de l’ouragan Katrina, en 2011, en raison des troubles en Libye, et deux fois en 2022, après l’invasion russe de l’Ukraine. Enfin, le 11 mars dernier, les pays membres ont décidé de libérer 400 millions de barils de pétrole pour soulager le marché dans le cadre du présent conflit au Moyen-Orient.
La crise financière, 2008
Cette fois, « ce n’était pas une crise géopolitique », explique Jean-Thomas Bernard. L’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis et la chute d’institutions financières vont plonger l’économie mondiale dans ce qu’on appellera la Grande Récession.
Le prix du baril de pétrole va doubler en un an pour atteindre un sommet de 147 $US en juillet 2008. Cette envolée s’explique en deux mots, selon Yvan Cliche : « La Chine. »
« Pendant ces années-là, la Chine est devenue la manufacture du monde. » En raison de sa « demande effrénée de pétrole », l’empire du Milieu a contribué à créer une forte pression à la hausse sur les prix. Mais le choc fut de courte durée. Dès décembre 2008, le prix du baril était redescendu à moins de 40 $US.
« Rapidement après ça, le gaz et le pétrole de schiste ont pris leur envolée », mentionne Jean-Thomas Bernard. La démocratisation de la fracturation hydraulique aux États-Unis va accroître substantiellement l’offre de pétrole, ce qui va faire du pays le premier producteur mondial.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie, 2022
L’entrée des troupes russes en Ukraine, en février 2022, va entraîner une nouvelle crise. L’achat de pétrole en provenance de Russie sera soumis à une série de sanctions de la part de pays occidentaux, qui cherchent à asphyxier l’économie du troisième producteur mondial. Le prix du baril va décoller de nouveau, pour avoisiner les 120 $US.
À défaut de pouvoir vendre librement son pétrole aux pays européens, la Russie s’est tournée vers la Chine et l’Inde pour écouler sa production, pointe Jean-Thomas Bernard. En lui achetant du pétrole, les deux géants asiatiques ont libéré des volumes extraits au Moyen-Orient, qui ont trouvé preneur en Europe. Au net, les sources d’approvisionnement ont changé, mais le choc s’est résorbé en à peine quelques mois.
« On a bénéficié grandement de la flexibilité » des approvisionnements, observe M. Bernard. « Aujourd’hui, le gros du pétrole est transporté dans d’immenses navires qui peuvent être redirigés rapidement. »
On notera également que nos économies dépendent moins du pétrole qu’auparavant et qu’elles ont par conséquent une plus grande résilience en temps de crise. Par contre, il ne faut pas perdre de vue que le déclin du pétrole est relatif et non absolu, prévient Yvan Cliche. Même si la ressource représente une plus faible part du cocktail énergétique mondial, il ne s’en est jamais consommé autant qu’aujourd’hui et son utilisation « est concentrée dans un domaine stratégique qui est la mobilité ». « C’est pour ça que les impacts restent quand même significatifs pour l’économie dès qu’il y a une augmentation des prix. »
Avec Éric Desrosiers


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