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LONG ISLAND, New York – Il y a d’abord eu un 100e point. Puis, un premier point. L’équipe, elle, a amassé deux points. Et, entre les deux, un peu tout le monde avait l’air de se dire qu’il serait grand temps que les séries commencent, ou que la saison se termine, dépendant du point de vue.
Pour le Canadien de Montréal, déjà qualifié pour le tournoi, c’est compréhensible. Déjà que le CH n’avait pas fourni l’effort le plus inspiré samedi soir face aux Blue Jackets de Columbus, on pouvait s’attendre à un match semblable devant les Islanders de New York, qui luttaient pour leur survie.
Enfin, qui auraient dû lutter pour leur survie, parce que la prestation feutrée que les hommes de Peter DeBoer ont offerte dans un amphithéâtre qui l’était tout autant n’avait rien de bien impressionnant. Défaits 4-1 par le Canadien, les voici maintenant éliminés.
Alors, on en était là, au milieu d’un match quelconque quand, en l’espace de 55 secondes et de 3 buts en deuxième période, Nick Suzuki est devenu le premier marqueur de 100 points du club en 40 ans, Lane Hutson a égalé le record de passes amassées par un défenseur du CH en une saison, puis David Reinbacher a inscrit son premier point dans la Ligue nationale de hockey (LNH) à son premier match. Bing, bang, pouf.
De quoi ravir les cœurs? Dans le vestiaire, les joueurs avaient le triomphe modeste.
Je ne m’en fais pas trop avec les chiffres, a laissé tomber Hutson, fidèle à lui-même, en dépit des 66 passes récoltées cette saison, record d'abord établi par Larry Robinson, en 1977.
Le petit arrière a fini par admettre, après mûre réflexion, que le Canadien est tellement une franchise historique, que c’est pas mal agréable.
Ce l’est, à tout le moins, pour les partisans qui voient plusieurs joueurs de l’édition actuelle se rapprocher de marques détenues par des légendes de cette équipe. Jamais n’a-t-on autant entendu, au XXIe siècle, les noms de Guy Lafleur, Mats Naslund et Robinson en une semaine.
On dirait qu’on est toujours en train de battre un record dans cette équipe, c’est fou. Ça part avec tout le travail qui est fait en amont, dans les coulisses. C’est du dévouement durant l’été et durant la saison. On est affamés et on peut continuer à s’améliorer, ce qui est vraiment génial quand tu y penses, a lancé Suzuki, le sourire aux lèvres.
Mine de rien, le Canadien vient d’accomplir un exploit rarissime, largement documenté dans une chronique récente du collègue Martin Leclerc. Un exploit que notre éminent collègue a baptisé la trifecta. Disons que les équipes ayant atteint ce niveau d’excellence dans l’histoire ont connu quelques moments de gloire par la suite. Mais l’on s’égare.
Entrée réussie
David Reinbacher n’a pas dormi beaucoup. Il s’était affalé sur son divan samedi soir après la victoire du Rocket de Laval pour regarder le Canadien à l’œuvre. En plein milieu de ladite rencontre, à la suite de la blessure subie par Noah Dobson, son téléphone a sonné.
Près de trois ans après son repêchage, son heure était venue.
Le jeune Autrichien a alors tenté d’alerter toute sa famille au beau milieu de la nuit en Autriche.
J’ai dû les appeler 200 fois, a-t-il estimé.

Calum Ritchie (à gauche) et David Reinbacher (à droite)
Photo : Getty Images / Bruce Bennett
Il a finalement rejoint son père, ému aux larmes, puis son équipe à l’aéroport. Reinbacher a disputé un troisième match en trois soirs, dans un rôle limité, certes, mais en tirant fort bien son épingle du jeu. Un jeu mesuré, rien de compliqué, et un premier point grâce à une bataille gagnée en fond de territoire.
Je l’ai trouvé très bon. Ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu jouer en personne. Il était différent du joueur aperçu pendant le camp d’entraînement. Calme en possession de la rondelle, efficace en sortie de territoire, un jeu simple et intelligent. Il s’est adapté dès le début, a fait valoir son capitaine.
C’est une première impression réussie pour le défenseur qui a eu un début de carrière en montagnes russes. Mal-aimé par certains, blessé à répétition, il a mis près de trois ans après son repêchage avant de disputer son premier match dans la LNH.
Trente-huit joueurs y sont parvenus avant lui, malgré le fait qu’il ait été un 5e choix au total. Tous les chemins mènent à Rome, nous a dit un Reinbacher plutôt candide.
Le chemin a été long. Là, je profite de chaque minute, même si je ne le réalise pas tout à fait encore […] Je pense que j’en profite d’autant plus. J’ai vu mon père en pleurs, c’est venu me chercher instantanément. J’ai pensé à tous ceux qui m’ont aidé pour arriver ici. C’était beau.
Et maintenant
Reinbacher a touché à son rêve en raison des blessures à Noah Dobson et à Alexandre Carrier, les deux autres défenseurs droitiers de l’équipe. Kaiden Guhle, absent lors des trois derniers matchs, a réintégré la formation tout en jouant 26 minutes, une charge de travail qui devrait rassurer sur son état de santé.
Le CH doit l’espérer, car la relève est mince en défense actuellement, et amorcer les séries avec Arber Xhekaj, Jayden Struble et Reinbacher, ou encore Adam Engström, n’est certes pas idéal.
À l’attaque, le premier trio poursuit sa domination. Or, Martin St-Louis jongle beaucoup, récemment, avec ses combinaisons parmi ses autres joueurs d’avant.
Il n’est pas encore clair à savoir qui d’Alex Newhook ou d’Oliver Kapanen semble le mieux outillé, aux yeux de l’entraîneur, pour évoluer en compagnie de l’autre joyau de l’équipe, Ivan Demidov. Au 81e match de la saison, ça peut faire sourciller.
Le Canadien espèrera aller chercher l’avantage de la glace pour le premier tour des séries lors de son dernier match de la saison mardi, à Philadelphie. Diantre, il peut encore décrocher le titre de division, si les astres s’alignent.
Mais personne ne retiendra son souffle pour ça. Tout le monde est prêt pour le début du vrai spectacle.


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