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Le secteur métallurgique québécois est frappé de plein fouet par les tarifs américains sur l’acier, l’aluminium et le cuivre. Les exportations métallurgiques de la province ont fondu de deux milliards depuis l’instauration de droits de douane de 50 %, révèlent de nouvelles données publiées jeudi.
Au total, le volume des exportations métallurgiques québécoises a chuté de 36 % en 2025, selon un rapport commun de l’Institut du Québec (IDQ) et du Comité sectoriel de main-d’œuvre de la métallurgie du Québec (CSMO-M).
L’hécatombe depuis l’entrée en vigueur des tarifs en juin 2025 se déclinent ainsi : baisse de 30 % des exportations pour l’aluminium sous forme brute, de 74 % pour les formes primaires et les produits semi-ouvrés de cuivre, et 51 % pour les formes primaires et les produits semi-ouvrés de fer ou d’acier.
Ce recul a provoqué un recul de l’emploi de 3,6 % dans le secteur, qui occupent plus de 17 000 personnes à la grandeur du Québec.
« Au Québec, on produit une fois et demie plus de métaux que ce qu’on consomme et 90% de ces exportations allaient vers les États-Unis. Remplacer la demande américaine, c’est vraiment un énorme défi pour l’industrie», constate Emna Braham, directrice générale de l’Institut du Québec.
Le marché américain a tout de même absorbé 84 % des exportations métallurgiques québécoises en 2025, une baisse de 6 % par rapport à 2024.
Les exportations vers d’autres marchés internationaux ont grimpé de 1,1 milliard, un progrès toutefois insuffisant pour pallier les pertes de 2 milliards subies sur le marché américain.
« Il y a des marchés à explorer, mais il demeure que ce sera très difficile de diminuer cette dépendance aux États-Unis. La géographie, la logistique et la structure des chaînes de valeur font en sorte que c’est très difficile de changer de marché, surtout sur le court terme », précise Souleima El-Achkar, économiste principale de l’IDQ.
Les exportations vers les Pays-Bas et le port de Rotterdam, centre logistique majeur pour l’importation de métaux en Europe, ont été multiplié par six en un an pour atteindre une valeur de 1,2 milliard $ (6,3 % des exportations), ce qui place le petit pays européen au deuxième rang des importateurs de métaux québécois. En comparaison, les exportations vers les États-Unis atteignent une valeur de 15, 8 milliards.
Les exportations vers l’Italie (augmentation de 118 %), la Chine (41%), le Japon (11%) et la Pologne (1561%) ont aussi progressé depuis l’entrée en vigueur des tarifs.
La métallurgie représente à elle seule 16 % des exportations québécoises, bien qu’elle ne compte que pour 1,2 % du PIB de la province.
Au chevet de l’acier
Le secteur de l’acier est davantage affecté que les filières de l’aluminium et du cuivre, préviennent les deux autrices de l’étude.
Non seulement les aciéries et fonderies doivent faire face aux tarifs, mais elles ont aussi dû composer avec la hausse de la production locale aux États-Unis et une surproduction à l’échelle mondiale.
« Cette filière est vraiment plus fragile parce que la proportion des PME y est beaucoup plus grande. Ces entreprises n’ont pas les mêmes outils pour faire face aux crises et pour s’adapter, en plus d’un problème structurel de productivité », fait valoir Souleima El-Achkar.
À l’inverse, l’aluminium et le cuivre ont pu mieux encaisser le choc, puisque la baisse des volumes d’exportations a été compensées en partie par une hausse des prix à l’échelle mondiale.
L’industrie de l’aluminium, dominée par de très grandes entreprises, profite aussi de son quasi-monopole en Amérique du Nord.
« À court terme, les États-Unis ne peuvent pas développer une capacité de production de l’aluminium tel qu’elle existe. 50 % de l’aluminium consommés aux États-Unis vient du Québec », rappelle Emna Braham.
Pour affronter la tempête, les chercheuses préconisent une politique d’approvisionnement local adaptés aux capacités de production du pays.
Les investissements attendus en défense, en infrastructures ou dans la transition énergétique sont des occasions de soutenir le secteur, mais encore faut-il que ce dernier soit capable de répondre aux besoins spécifique de chaque projet.
« Fabriquer certains produits métallurgiques requiert des investissements en capital très importants parce actuellement qu’on n’a pas la capacité de tout faire », souligne Emna Braham.
L’Institut du Québec mise également sur une amélioration de la formation de la main d’œuvre comme moyen de faire des gains en production et en innovation.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.


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