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Les inscriptions dans les programmes de formation en transformation alimentaire dans les institutions scolaires du Québec sont en chute libre depuis la pandémie de COVID-19. Une situation jugée « alarmante » et « critique » par des acteurs du milieu.
Le processus d’admission au programme de Technologie des procédés et de la qualité des aliments du Cégep de Maisonneuve a été suspendu en 2024, faute de demandes. À l’Université Laval, le nombre d’admis au baccalauréat en sciences et technologie des aliments est passé de 121 en 2020 à 51 en 2025. Au campus de Saint-Hyacinthe de l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec, le nombre d'inscrits est passé de 62 en 2020 à 26 en 2024.
C’est extrêmement critique, souligne la directrice générale de l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec, Karine Mercier.
Même son de cloche pour la directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre en transformation alimentaire, Jacqueline Pelletier. Elle quantifie une baisse de 40 à 50 % des inscriptions depuis la pandémie, dans trois programmes liés à la transformation alimentaire : Technique des procédés de la qualité des aliments (DEC), Sciences et technologies des aliments (BAC) et Food Science (McGill).
Pourtant, selon Karine Mercier, il manque 100 000 employés dans le secteur de la transformation alimentaire au Canada.
Quand moi j’arrive à recruter seulement une vingtaine d’étudiants par cohorte, il y a un écart important qui se crée.
Si on n’est pas capable d'avoir de la main-d'œuvre qui est qualifiée pour travailler dans la transformation alimentaire, on a vraiment un problème.

Karine Mercier est directrice générale de l'Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ) à La Pocatière. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Veronique Duval
Quels sont les impacts sur l’industrie?
Chez la coopérative laitière Agropur, qui emploie 7500 personnes, notamment à son usine de Granby, la réduction du nombre de diplômés se fait sentir.
La directrice de l’acquisition de talents, Mélissa Bouchard Viau, explique que la coopérative parvient tout de même à tirer son épingle du jeu, notamment en élargissant les critères d’embauche et en bonifiant la formation à l’interne.

Mélissa Bouchard Viau est directrice de l’acquisition de talents chez Agropur.
Photo : Gracieuseté
On réussit à combler nos équipes de cette façon, explique-t-elle, tout en indiquant que le recrutement est plus difficile pour l’équipe de la salubrité et de recherche et développement.
Si la situation ne s’améliore pas, les conséquences pourraient être dramatiques, selon la directrice du Comité sectoriel de main-d’œuvre en transformation alimentaire, Jacqueline Pelletier. Ça pourrait impliquer des déménagements d’entreprises et des fermetures, ce qu’on ne souhaite pas.
L’industrie a besoin de personnel qualifié pour faire des tâches critiques.
Si les entreprises veulent poursuivre leurs activités, ça va prendre des employés car plusieurs vont quitter pour la retraite prochainement, souligne le vice-président innovation et affaires économique au Conseil de la transformation alimentaire du Québec, Dimitri Frayes, qui représente les membres de l’industrie.
Il rappelle que ses membres représentent le premier employeur du secteur manufacturier avec 75 000 emplois directs au Québec.

Le Québec connaît une baisse de 40 à 50 % des étudiants en transformation alimentaire. La situation préoccupe l'industrie.
Photo : Gracieuseté d'Agropur
Un secteur méconnu?
Les membres de l’industrie émettent plusieurs hypothèses pour expliquer la chute des inscriptions. Jacqueline Pelletier croit que l’omniprésence du travail en présentiel dans le secteur a pu décourager certains apprenants de choisir ce secteur durant la pandémie.
Peut-être qu’on est pris pour acquis, mais il faut que la population se rende compte que c’est un secteur névralgique.
Tous les intervenants consultés croient aussi que leur secteur est méconnu du grand public.
Ce n’est pas un réflexe de penser à ce secteur lorsqu'on cherche un travail ou une carrière, admet Dimitri Frayes qui croit pourtant que les conditions de travail sont similaires aux autres secteurs.
Il insiste sur le fait que plusieurs postes spécialisés, comme technicien en laboratoire en contrôle de qualité, sont très bien rémunérés. C’est celui qui s’assure que tous les produits que vous mettez en bouche soient salubres. C’est un métier crucial, pas nécessairement connu, mais c’est un rôle essentiel, explique M. Frayes.
Campagne de séduction
Mélissa Bouchard Viau, la directrice de l’acquisition des talents chez Agropur, croit que l’industrie doit en faire plus pour se faire connaître. On a une opportunité d’en parler plus, de promouvoir les opportunités d’emploi dans le domaine.
C’est un domaine qui est stable et en croissance.
Jacqueline Pelletier souligne quant à elle que l’autonomie alimentaire ne peut se faire sans le secteur de la transformation alimentaire. Ici, on transforme 70 % de notre agriculture, précise-t-elle.

Jacqueline Pelletier est directrice générale du Comité sectoriel de main-d’œuvre en transformation alimentaire.
Photo : Gracieuseté
Elle croit que le discours doit être adapté pour rejoindre la jeunesse. Il faut mettre de l’avant le caractère très stimulant, innovant du développement de nouveaux produits.
Dimitri Fraeys souligne que l’industrie est moderne et a à cœur de nourrir la population et les formations sont offertes dans plusieurs régions du Québec. Je pense que n’importe quelle personne qui serait intéressée par le programme peut trouver une formation proche de son domicile.
C’est une industrie qui nourrit la population.
Des préoccupations aussi dans d’autres secteurs
Une baisse des inscriptions est aussi constatée dans les programmes de formation du secteur agricole. C’est un problème qui peut prendre de plus en plus d’ampleur, s'inquiète le vice-président au développement des affaires chez Solio Agriculture, Simon Baillargeon.
Pourtant, si on étudie en agronomie ou en technologie agricole, c’est le plein emploi, dit-il. Pas d’enjeu pour quelqu’un qui veut faire des études de 3 ou 4 ans. Il aura un travail assuré à sa sortie.


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