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« Trahis », « frustrés », « déçus ». Une centaine d’étudiants du Collège supérieur de Montréal (CSM) et du Collège supérieur de Sherbrooke (CSS) se sont réunis dimanche pour demander « une solution rapide, claire, humaine et équitable »au gouvernement après que le ministère de l’Éducation a refusé de renouveler les permis d’exploitation des établissements privés.
« On veut une solution dans l’immédiat, une solution pour tout le monde » a lancé Babacar Mar à la foule d’étudiants rassemblés devant l’entrée du CSM. « On doit continuer le combat. »
« Ce sont les étudiants qui paient le prix d’une situation qu’ils n’ont pas créée », a renchéri Ramzi Saou, qui s’apprêtait a finalisé son attestation de spécialisation professionnelle (ASP) au CSM. « Nous vivons dans l’incertitude, nous ne savons pas quand on terminera nos études, nous ne savons pas si nos permis d’études et nos CAQ [Certificat d’acception du Québec] seront valides lorsqu’une solution sera trouvée, chaque jour qui passe augmente notre stress et met notre avenir en danger. »
Ramzi a lancé « un appel au dialogue » aux autorités québécoises. « Ne laissez pas des centaines d’étudiants perdre des années d’efforts, ne laissez pas nos rêves s’arrêter juste comme ça. »
Le 9 juillet au soir, dans une communication envoyée aux étudiants, le CSM et le CSS ont annoncé leur fermeture temporaire « jusqu’à nouvel ordre », laissant des centaines d’étudiants dans le flou alors que plusieurs d’entre eux étaient à quelques semaines d’obtenir leur diplôme. Sans décrire les motifs du ministère de l’Éducation, les deux collèges se sont dit « en profond désaccord avec cette décision et les motifs qui la sous-tendent ».
« Un choc »
« La situation a été un choc pour tout le monde », confie Manel Mahious, étudiante internationale et l’une des organisatrices de la mobilisation, en entrevue avec Le Devoir. « Fermer un établissement [scolaire] du jour au lendemain, c’est très très stressant. » En recevant le courriel le 9 juillet au soir, Manel dit avoir ressenti un « sentiment » qu’elle « ne souhaite à personne ». « C’était horrible. »
Même son de cloche pour Florette Motoum, étudiante internationale au DEP en secrétariat, qui a complété son stage de fin d’étude le 3 juillet dernier. « C’est très éprouvant », dit-elle dépitée, précisant qu’elle n’arrive plus à dormir la nuit. Florette était à quelques pas de la ligne d’arrivée : elle venait de déposer son rapport de stage, la dernière étape avant l’obtention du diplôme.
Dans une communication écrite transmise aux étudiants, que Le Devoir a pu consulter, le ministère de l’Éducation précise qu’à partir du 1er juillet « toute formation offerte au sein de l’établissement d’enseignement privé que vous fréquentez ne sera pas reconnue ».
Ainsi, Florette ne sait pas si son stage sera validé ou si elle devra le reprendre. Pensant qu’elle allait compléter son diplôme cet été, elle a fait une demande d’admission dans un autre établissement pour entamer une ASP en septembre et lancé de nouvelles démarches d’immigration pour commencer son nouveau cursus. Cette admission est toutefois conditionnelle à l’obtention de son DEP. « Ce n’est pas juste, ce n’est pas notre faute. Nous, on s’est inscrit dans une école qui avait un permis et là on se retrouve comme piégés », laisse tomber l’étudiante.
Mesures d’accommodement
Thanina Souded complétait son attestation de spécialisation professionnelle à l’établissement de Sherbrooke. Il ne lui restait que deux jours de stage pour finir son diplôme. « Tout a basculé », déplore-t-elle. L’étudiante internationale se sent « trahie » par le collège privé. « C’est comme si le collège savait à un moment donné et puis il [nous] a caché ça. »
Le Devoir a confirmé avec la direction générale que les collèges étaient au courant de la décision du ministère depuis le 30 juin.
« J’attends du ministère [de l’Éducation] qu’il nous facilite la démarche de transfert entre l’ancien collège et le nouveau qu’il nous propose, surtout par rapport aux papiers d’immigration », a affirmé Thanina.
Sur les 879 étudiants concernés, 824 sont des étudiants internationaux : 286 à Sherbrooke et 528 à Montréal.
Le ministère de l’Éducation a envoyé des lettres aux étudiants leur indiquant des collèges du réseau public dans lesquels ils pourraient poursuivre leurs études. Une fois la lettre d’admission en poche, les étudiants internationaux devront faire une nouvelle demande de CAQ, l’étape provinciale pour obtenir un visa étudiant. Ils n’auront pas besoin d’attendre la réception du document pour pouvoir commencer à étudier dans le nouvel établissement.
Toutefois, les étudiants laissés dans l’incertitude réclament un « transfert direct » et rapide vers les collèges publics. Ils demandent au ministère de mettre en place une mesure exceptionnelle leur permettant d’intégrer directement un établissement, sans avoir à passer par le processus habituel de demande d’admission. Les étudiants internationaux souhaitent également bénéficier de mesures particulières, comme une prolongation automatique de leurs permis pour ceux dont le visa arrivera prochainement à échéance.


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