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Le ministère de la Défense des États-Unis a signé un contrat de 210 millions de dollars (environ 175 millions d'euros) avec une entreprise d'armement publique israélienne. Cette dernière va vendre des bombes à fragmentation aux États-Unis, indique The Intercept. Un contrat d'armement loin d'être anodin, d'autant que ces armes à sous-munitions sont contestées pour leur dangerosité vis-à-vis des populations civiles.
Cet accord, signé en septembre 2025, vient d'être divulgué. Il s'agit du plus important contrat d'achat d'armes auprès d'une entreprise israélienne jamais enregistré par le département, selon une base de données fédérales en ligne couvrant les dix-huit dernières années. Les États-Unis vont payer l'entreprise israélienne Tomer sur une période de trois ans pour qu'elle produise pour eux ces munitions.
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L'utilisation de cette arme par les États-Unis est pourtant controversée, puisque le pays s'en est servi dans ses guerres menées au Vietnam, au Laos, ou encore en Irak. Plusieurs dizaines d'années après, les civils en payent encore les frais. Certains de leurs champs, forêts et même villages sont toujours truffés de ces bombes qui peuvent exploser à tout moment. Israël a été critiqué par la communauté internationale pour avoir utilisé ces bombes à fragmentation lors de la guerre au Liban en 2006.
Des armes «incontrôlables»
«Les blessures causées par ces armes sont dramatiques», réagit Alma Taslidžan, responsable du plaidoyer Désarmement et Protection des civils pour l'ONG Handicap International, une association qui milite pour l'interdiction des armes à sous-munitions. Alma Taslidžan se rappelle avoir parlé avec un garçon de 17 ans qui avait trouvé une bombe à sous-munitions non explosée dans le jardin de son voisin après la guerre de Bosnie. «Il a joué avec pendant un bon moment, quand soudain, elle a explosé. Elle lui a arraché les deux mains et une partie du visage», a-t-elle déclaré.
Pour leurs partisans, ces bombes à fragmentation présenteraient un taux de défaillance –le risque de ne pas exploser– de moins d'1%. Elles seraient en outre équipées de fusibles plus complexes et de dispositifs d'autodestruction afin de réduire le danger à long terme pour les civils. Pourtant, ces faibles taux d'échec lors des essais ne reflètent pas les performances réelles. Les chercheurs de Norwegian People's Aid ont analysé les conséquences des frappes lors de la guerre de 2006 au Liban. Résultat: ils ont constaté qu'environ 10% des bombes n'avaient pas explosé, alors que le fabricant estimait ce risque à 0,1%.
Les ONG soutiennent que l'efficacité de ces armes ne justifiera jamais leur coût humanitaire. «Il n'y a aucun moyen de les utiliser de manière responsable: il est impossible de contrôler leur point d'impact. Et, avec ce taux d'échec élevé, il est impossible de contrôler leurs effets sur la population civile après coup», explique Brian Castner, enquêteur sur les armes pour Amnesty International et ancien officier de l'armée américaine spécialisé dans la neutralisation des explosifs.
Un contrat accordé sans appel d'offres
Le Cluster Munition Monitor a recensé plus de 24.800 blessés et morts dus à ce type d'armes depuis les années 1960. Parmi eux, les trois quarts le sont à cause de bombes restées enfouies pendant des années avant d'exploser.
Autre point suspect: les conditions dans lesquelles ce contrat a été signé entre les États-Unis et l'entreprise israélienne. Le ministère américain de la Défense a attribué le contrat sans appel d'offres public en invoquant une exception «d'intérêt public». Il s'est appuyé sur des amendements récents qui assouplissent les règles d'attribution des contrats de défense pour l'Ukraine, Taïwan et Israël.
Julia Gledhill, chercheuse pour Stimson Center, un groupe de réflexion sur la politique étrangère américaine, commente: «Je n'avais jamais vu ça auparavant: un contrat à fournisseur unique d'un montant de 200 millions de dollars avec un entrepreneur militaire étranger».
Lorsqu'elles attribuent un contrat sans appel d'offres, les agences fédérales américaines doivent le justifier en rédigeant un document qui doit pouvoir être consulté par le grand public sur demande. Demande à laquelle le ministère de la Défense n'a pas encore accédé. Contactée, l'entreprise Tomer a refusé de s'exprimer.





























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