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L'Iran a tenté de banaliser par avance la nouvelle volée de sanctions économique que les États-Unis ont annoncées lundi contre le régime islamique avec lequel ils sont toujours en guerre. Ces nouvelles restrictions constituent le "même type de harcèlement" que les différentes administrations américaines exercent "à divers titres" depuis des décennies contre l'Iran et "nous savons comment y faire face et y répondre", a déclaré le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi, avant que le secrétaire au Trésor Scott Bessent en fasse l'annonce officielle, ce 24 août en début d'après-midi à Washington.
Pour en donner le ton, le ministre des Finances américain avait, dans une tribune au Financial Times, décrété pour ce lundi un "D-Day économique" pour l'Iran, en référence au jour du Débarquement allié de juin 1944 qui avait renversé le cours de la Seconde Guerre mondiale.
"Couper toutes les ressources économiques" qui "maintiennent ce régime tyrannique" : les Etats-Unis annoncent de nouvelles sanctions face à l'IranDonald Trump s'est joint à l'imprécation en déclarant que "l'Iran s'effondre complètement", dans un message publié sur son réseau Truth Social. Près de six mois après avoir lancé l'attaque de l'Iran, le président des États-Unis a choisi de poursuivre le conflit par la voie économique, plutôt que militaire. La "plus grande offensive financière jamais lancée", aux dires de sources américaines, doit provoquer l'asphyxie du pays ainsi qu'une pression politique suffisante pour affaiblir, voire faire chuter la République islamique.
Pour ce faire, l'Administration Trump veut isoler le régime en le privant de toutes ses ressources financières, en particulier en coupant ses dernières "lignes de survie". Il s'agit en pratique de sanctionner les pays et entités qui maintiennent des liens économiques avec Téhéran, dont ceux qui participent à son réseau de subsistance grâce au contournement des sanctions existantes. En représailles, l'Iran a promis de cibler tous les pays qui aideront les États-Unis dans leurs actions contre lui. Ceux-ci seront désignés comme des "ennemis" de l'Iran et pourront être "frappés" dans le cas où la négociation préalable ne les aura pas dissuadés de dispenser une telle aide.
L'Iran avertit qu'il y aura des "conséquences" pour les pays se joignant aux sanctions économiques américaines"Quelque chose de plus inattendu"
"La méthode consistant à imposer des sanctions est inefficace face à Téhéran", souligne la politologue Haniyeh Ziaei, chercheuse attachée à la chaire Raoul-Dandurand à l'UQaM (Montréal). D'après elle, si l'Administration de Donald Trump en revient aux sanctions, c'est parce que les négociations de paix sont dans l'impasse. Quant aux opérations militaires, elles n'ont causé que des changements limités, et parfois contre-productifs. "Mais les sanctions, quelles qu'elles soient, n'ont jusqu'ici pas connu plus de succès", ajoute-t-elle. "Et si les sanctions sont inopérantes face à la République islamique, c'est parce que ses responsables sont bien décidés à ne pas s'abaisser face aux États-Unis". Non seulement parce que ce régime s'est construit en opposition totale à l'Amérique, mais aussi parce qu'il estime que la situation actuelle lui est plus favorable, en particulier depuis le blocage du détroit d'Ormuz. "Donc, ce jeu-là va continuer jusqu'à ce que quelque chose de plus dramatique ou de plus inattendu se produise", glisse-t-elle.
La guerre contre l'Iran, lancée le 28 février par les États-Unis et Israël, s'était, pour l'essentiel, déjà déplacée sur le terrain économique avec le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran début mars, provoquant des ondes de choc sur les marchés énergétiques du monde entier. Les États-Unis avaient alors répondu dans la foulée par un blocus des ports iraniens. Après une détente en juin autour de la conclusion d'un protocole d'accord prometteur entre Washington et Téhéran, les insurgés houthistes du Yémen mènent – pour le compte de ce dernier — un blocus des ports saoudiens de la mer Rouge depuis fin juillet. Ce 24 août, ils ont revendiqué le tir d'un missile balistique qui a causé un incendie sur un pétrolier saoudien, au large du port de Yanbou. Centre névralgique du raffinage pétrolier dans le Royaume, ce port se trouve à l'extrémité de l'oléoduc qui traverse tout le pays d'est en ouest et qui lui permet d'exporter son pétrole en évitant Ormuz.
"L'Iran s'effondre complètement" : Donald Trump durcit le ton avant l'annonce de nouvelles sanctions économiquesUne opportunité tout autre
S'il est difficile d'en anticiper l'efficacité, la simple annonce de ce nouvel arsenal économique a de nouveau affecté le marché des devises en Iran. Lundi, la monnaie nationale a touché un plus bas historique, passant la barre des 2 millions de rials pour un dollar américain – contre 1,65 million de rials avant le début du conflit. Cette dépréciation continue a poussé le gouverneur de la banque centrale à intervenir, précisant que les hausses des devises étrangères "sont temporaires, c'est-à-dire qu'elles fluctuent". "Ces chocs (économiques) qui sont créés relèvent pour l'essentiel de la propagande politique américaine", a affirmé Abdolnasser Hemmati, dans une vidéo diffusée par la télévision d'État, se disant certain que "la situation va s'améliorer et que les problèmes seront résolus".
"Où peut-on assassiner Barron Trump ?": Une vidéo diffusée par la télévision iranienne met à prix la tête du fils du président américainCette sortie, qui se voulait rassurante, s'est ajoutée à celle de l'ex-président réformiste Mohammad Khatami (1997-2005), d'autant plus rare dans les médias qu'une interdiction d'apparaître dans l'espace publique lui avait par le passé été signifiée. L'ancien dirigeant conseille vivement à son successeur, Massoud Pezechkian, de reprendre le protocole d'accord conclu à la mi-juin, considérant que "l'opportunité" que celui-ci recèle doit être reconsidérée. "Depuis la Seconde guerre mondiale", estime M. Khatami, "aucun document signé par un président des États-Unis n'a gratifié une autre partie d'autant de concessions". En somme, une opportunité tout autre que celle du D-Day…
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