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Les États-Unis, eux, ont saisi leurs occasions

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Milan – Les États-Unis ont désormais leur propre but en or.

Le sort a voulu que Sidney Crosby, entré dans la légende après que son but fatidique eut donné la victoire au Canada aux Jeux de Vancouver, en 2010, ait été incapable de prendre part à la rencontre de dimanche.

Crosby a regardé le match de la médaille d’or dans la clinique en compagnie de membres du personnel de l’équipe canadienne, et il a vu Jack Hughes déjouer le gardien Jordan Binnington après 1 min 31 s de prolongation pour donner la victoire 2-1 aux États-Unis.

Quel match époustouflant!

Qurante-six ans jour pour jour après le miracle sur glace de Lake Placid, les Américains ont décroché un autre sacre olympique en hockey masculin, eux qui ne revendiquaient depuis lors que les deux médailles d'argent obtenues en 2002 et en 2010 au terme de défaites contre les Canadiens.

Ils ont enfin terrassé le dragon.

Ce sera assurément un moment marquant dans l’histoire du hockey. Peut-être pas parce qu’il annonce le début d’une inévitable domination américaine – ce n’est pas ce que ce match de la médaille d’or a démontré – mais parce que ce résultat risque d’avoir un impact énorme sur l’intérêt envers ce sport au sud de la frontière.

Même si cela devait prendre des années avant qu’on en prenne toute la mesure, le pouvoir évocateur de cette victoire pourrait changer la donne dans le hockey américain.

Exactement comme l’avait fait le miracle sur glace en 1980.

J’ai moi-même été ce petit garçon excité qui regardait la télévision et qui imitait ses héros, a raconté le gardien Connor Hellebuyck, héros incontestable de ce match ultime avec 41 arrêts. Je ne peux pas encore mettre des mots là-dessus, mais le simple fait de penser que la prochaine génération aura quelque chose qui pourra l’inspirer...

Les petits Américains pourront voir et revoir cette prolongation à 3 contre 3, la vaine tentative de Connor McDavid de déjouer trois adversaires sans parvenir à tirer avant qu’un surnombre dans l’autre sens ne mène au but de Hughes.

Toutefois, au Canada, on risque de porter un regard différent sur cette prolongation où la sélection de tirs et les décisions de McDavid prêteront flanc à la critique.

Crosby ne voulait pas compromettre l'équipe

L’espoir que Crosby puisse être de retour pour la finale a persisté jusqu’à environ deux heures avant la rencontre.

Blessé lors du match contre la Tchéquie, le capitaine a mis sa jambe à l’épreuve, a rencontré les médecins et a discuté avec l’entraîneur-chef Jon Cooper de la façon dont il pouvait cadrer dans le plan de match compte tenu de son état.

Il en a conclu qu’il ne rendrait pas service à l’équipe en étant aussi diminué.

À 38 ans, c’était probablement sa dernière occasion de gagner l’or olympique. Il y a pensé.

En fin de compte, je devais déterminer ce qui était préférable pour notre groupe et ce qui nous donnerait les meilleures chances de gagner. Je pense que ça devient assez clair à un certain moment. Si je ne suis pas en mesure d'y aller, je ne dois pas compromettre l'équipe.

[L’idée que ce soit mes derniers Jeux] m'a peut-être traversé l'esprit, mais ce n'est pas en fonction de ça que j'ai pris cette décision.

Le Canada a dominé la rencontre, contrôlant de plus en plus la rondelle à mesure que le match avançait. Cependant, les nombreuses occasions ratées, jumelées au brio de Hellebuyck, ne lui ont pas permis d’offrir à Crosby une troisième médaille d’or olympique.

On se sent mal de l’avoir laissé tomber, a dit Brad Marchand. C’est un des meilleurs qui aient jamais joué, un des plus grands meneurs à avoir joué. J’aurais voulu qu’on puisse faire ça pour lui.

Il tente une feinte du revers devant le but.

Connor Hellebuyck a freiné Connor McDavid en échappée en deuxième période.

Photo : Reuters / Alessandro Garofalo

Connor ou Connor?

Une victoire du Canada aurait tout naturellement entraîné le passage du flambeau de Crosby à McDavid. Après tout, la supervedette des Oilers d’Edmonton a survolé le tournoi avec 13 points en 6 matchs, un record individuel lors de mêmes Jeux olympiques.

Crosby a salué sa performance en disant que McDavid avait élevé son jeu d’une manière qui n’avait jamais été vue à ce jour.

Ce dernier a été sacré joueur par excellence du tournoi, une décision qui se justifie tant par son exploit statistique que par le degré de menace perpétuelle qu’il a représenté. Le fait qu'il ait fait chou blanc en finale laissera toutefois un goût amer.

Mais surtout, après avoir vu Hellebuyck voler cette victoire pour les États-Unis et après qu'il eut accordé seulement quatre buts en trois matchs éliminatoires, le gardien américain aurait tout autant mérité cet honneur.

C’était un gros arrêt après l’autre. S’il n’avait pas joué comme il l’a fait, on n’aurait pas gagné ce match-là, a déclaré le défenseur Jaccob Slavin au sujet de Hellebuyck.

Je ne me souviens pas d’avoir vu une performance comme ça, a renchéri Zach Werenski, qui a effectué la passe à Jack Hughes sur le but en or.

Peu importe ce que les gens disent à son sujet, il a mis fin à tout cela ce soir, a ajouté l'arrière.

En effet, plusieurs doutaient de la capacité de Hellebuyck à s’élever dans les grands moments.

Le gardien des Jets de Winnipeg est le meilleur de la Ligue nationale de hockey en saison, mais ses performances en séries et le fait que Jordan Binnington ait eu le dessus sur lui à la Confrontation des 4 nations ont alimenté les interrogations avant le tournoi olympique.

Hellebuyck, qui n'a cédé que sur un excellent lancer de Cale Makar, vient de dissiper tous les doutes en une seule journée.

Il vient aussi de trouver sa place dans la postérité.

Que d'occasions!

Le Canada a été en mesure de générer beaucoup plus d’attaque en trouvant des solutions en sortie de zone et en relançant son attaque avec plus de vitesse que ce qu’il avait fait contre la Finlande et la Tchéquie.

Sur le plan de l'exécution, ce fut sans contredit son meilleur match du tournoi.

Parmi les nombreuses occasions de marquer, on retiendra deux échappées, celles de McDavid et de Macklin Celebrini, ainsi que l'occasion qu’a ratée le défenseur Devon Toews devant le filet au tout début de la troisième période. Hellebuyck a tendu le bâton derrière lui de façon désespérée pour éviter que le tir de Toews ne donne les commandes 2-1 au Canada.

Cependant, il y a également eu un manque d’opportunisme du côté canadien. Nous avons été incapables de profiter d’une double supériorité numérique de 1:32 en deuxième période ni de quelques cages béantes.

Nathan MacKinnon, entre autres, risque de repenser longtemps au poteau qu’il a frappé à une de ces occasions.

Les occasions qu’on a eues, on les aurait prises n’importe quand, a dit MacKinnon. J’ai manqué un filet ouvert et j’aurais vraiment voulu en profiter. Quel groupe de gars, quand même! On a fait pencher ce match-là, mais bon, il fallait qu'on compte et on n’a pas compté.

Toutefois, ce match crucial ne s'est pas décidé au volume. L'équipe qui a généré le moins d'occasions a trouvé le moyen de convertir une fois de plus.

Au bout du compte, le Canada n’a mené que pendant 6:05 durant toute la durée de la phase éliminatoire. Pour une équipe avec une telle force de frappe, c’est trop peu.

Jack Hughes est étendu sur la glace et grimace de douleur.

Jack Hughes a reçu le bâton de Sam Bennett au visage.

Photo : Reuters / Mike Segar

La séquence épique de Jack Hughes

L’action a vraiment poursuivi Jack Hughes à la fin de la rencontre, et pas seulement à cause de son but.

Il faut rappeler que ce joueur de centre était encore ennuyé par une blessure à son arrivée à Milan et que sa contribution à l’équipe américaine était un peu incertaine.

Toute d’abord, avec un peu plus de six minutes à écouler en troisième période, un bâton élevé de Sam Bennett a coûté des dents à Hughes et une infériorité de quatre minutes au Canada.

Au moins, notre avantage numérique va aller marquer et on va gagner l’or, s’est dit Hughes en se relevant.

Non seulement ça n’a pas été le cas, mais l’attaquant des Devils du New Jersey a lui-même été pris en défaut pour un bâton élevé qui a mis fin à l’attaque à cinq américaine.

Je me suis imaginé être désigné sur le site Barstool comme le gars que tout le monde déteste aux États-Unis parce que le Canada a marqué durant sa pénalité, a rigolé Hughes.

Mais non.

Autre occasion loupée pour le Canada, qui a buté sur une unité d’infériorité numérique qui n’aura pas accordé un seul but durant tout le tournoi olympique.

Puis, en prolongation, tout juste avant qu’il ne marque, c’est Hughes qui a fait perdre la rondelle à McDavid pour lancer la contre-attaque.

C’est ce genre de séquence qui bâtit des légendes et qui fait rêver les plus jeunes.

L’histoire retiendra peut-être aussi à quel point le calibre de jeu de ce match a été relevé. Le Canada, en particulier, a joué du hockey exceptionnel sans toutefois être récompensé.

Cependant, peu importe qu’il ait mérité un meilleur sort ou qu’il n’en ait pas fait assez pour l’emporter, le résultat reste le même.

L’argent ne fait pas le bonheur.

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