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Il y a, dans Les enfants de la Résistance, un film qu’on aimerait aimer. Un film de transmission, pensé pour les jeunes spectateurs, qui raconte la Seconde Guerre mondiale à hauteur d’enfant. La facture soignée, les paysages champêtres et la musique ample cherchent l’émotion franche. On sent chez Christophe Barratier le désir de renouer avec le cinéma familial qui avait fait le succès des Choristes, en replaçant l’enfance au centre du récit. Mais malgré la noblesse de ses intentions, l’ensemble demeure inerte, plombé par une incarnation trop fragile.
Adaptée de la bande dessinée de Vincent Dugomier et Benoît Ers, publiée au Lombard, le film suit François, Eusèbe et Lisa, trois enfants qui découvrent, dans un village français sous l’Occupation, ce que signifie résister. La conscription vide d’abord Pontain-l’Écluse de ses hommes. Puis la guerre, l’exil, la collaboration et la peur s’infiltrent dans le quotidien. Lisa, jeune orpheline aux origines mystérieuses, arrive avec des réfugiés. Autour d’elle, les adultes maintiennent une apparence d’ordre, pendant que les enfants comprennent que l’histoire n’est pas seulement affaire de dates, mais de gestes, de risques et de silence.
Le scénario est d’ailleurs plus habile qu’il n’y paraît. Messages codés, gestes modestes, actions clandestines autour de l’écluse : il imagine comment des enfants auraient pu participer à la Résistance, avec tout l’aspect ludique que cela suppose. Les péripéties s’emboîtent avec efficacité, et certaines bifurcations donnent au récit d’aventures une tenue plus solide que ne le laisse croire son apparente simplicité.
Christophe Barratier choisit une approche très lisible, presque scolaire, du conflit. Les repères historiques sont clairement posés : Pétain, les Allemands, les collaborateurs, la ligne de démarcation, les premiers gestes clandestins. Le film peut ainsi servir d’entrée douce au b.a.-ba de la Résistance pour un jeune public. Rien n’est inutilement obscurci. Les scènes accompagnent la compréhension des enfants et font sentir, sans trop appuyer, la montée de la menace.
Le film trouve par moments un équilibre touchant entre gravité et légèreté. Gérard Jugnot, en curé maladroit, inscrit l’ensemble dans une veine plutôt bonhomme. Artus, dans le rôle de Marcel, un personnage taciturne, apporte une densité bienvenue à l’œuvre. Dans ces instants, Les enfants de la Résistance laisse entrevoir ce qu’il aurait pu être : un récit populaire, sensible et capable de transmettre la complexité du courage sans perdre son jeune public.
Quand l’émotion ne prend pas
Le problème est cependant majeur : le film repose sur des enfants auxquels on croit trop rarement. La narration en voix hors champ, portée par le jeune François, fonctionne mieux que plusieurs scènes dialoguées parce qu’elle évite l’écueil du jeu frontal. Dès que les jeunes interprètes doivent porter l’émotion, le récit se dérègle. Les répliques sonnent faux, les réactions paraissent mécaniques, et la suspension consentie de l’incrédulité se brise. On ne demande pas à des enfants acteurs une virtuosité absolue, mais ici, l’artificialité du jeu contamine tout.
Cette faiblesse est d’autant plus dommage que la direction artistique convainc souvent. Le village fictif, les costumes, les intérieurs, les paysages donnent au film une texture agréable, presque picturale. Barratier sait composer une image, créer une atmosphère, faire vibrer une certaine nostalgie rurale. Mais cette beauté reste en surface. Elle ne suffit pas à faire naître l’urgence ni à donner de la chair aux dilemmes moraux que le scénario effleure.
Au fond, Les enfants de la Résistance possède les signes extérieurs du grand film familial, mais pas son battement intime. Là où Les Choristes inscrivait ses élans mélodramatiques dans des présences inoubliables, ce nouveau film peine à faire exister ses personnages au-delà de leur fonction narrative. Il explique, illustre, accompagne, mais le cinéma, hélas, demande davantage qu’une belle leçon.


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