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Les écoles pourraient délaisser les livres pour le sport

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En vertu de nouvelles règles proposées par la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, les écoles auront la possibilité de délaisser l’achat de livres au profit d’activités sportives ou parascolaires. Le milieu littéraire tire la sonnette d’alarme.

« On a un gouvernement qui prétend protéger le français et qui veut aussi combattre l’effet des écrans, et il enlève le seul objet qui peut faire les deux », souligne Laurence Monet, présidente de l’Association des libraires du Québec (ALQ).

Un projet de règles budgétaires pour les centres de services scolaires (CSS) daté d’avril 2026 propose de fusionner 10 programmes en une seule et même enveloppe, appelée « Projets pédagogiques particuliers, activités sportives, culturelles et sociales ». Les CSS pourront donc choisir de consacrer moins d’argent à une mesure au profit d’une autre.

« Pour ne prendre qu’un seul exemple, l’argent qui était auparavant réservé pour des livres pourrait être utilisé pour acheter des ballons », illustre le député Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire. C’est lui qui a levé un drapeau rouge au sujet de cette fusion, présentée par la ministre LeBel comme un moyen de donner plus de souplesse aux CSS dans la gestion de leur budget.

« En voulant donner de la flexibilité au système d’éducation — ce qui n’est pas du tout une mauvaise chose, bien au contraire —, la ministre LeBel ouvre la porte à ce que les achats de livres au Québec continuent de diminuer. Et ça, c’est très inquiétant, parce que le livre, ce n’est pas facultatif : c’est la base de la base dans une école », souligne M. Nadeau-Dubois.

Déjà, en 2025, la quantité de livres jeunesse vendus a diminué de 10 %, selon le bilan Gaspard. La baisse pourrait s’expliquer par un ralentissement des achats de livres dans les écoles, dans un contexte de restrictions budgétaires.

Bonifié par Drainville, fusionné par LeBel

En 2023, alors qu’il était ministre de l’Éducation, Bernard Drainville avait bonifié l’une des mesures aujourd’hui fusionnées par Mme LeBel. En donnant 300 $ à chaque enseignant pour qu’il achète des livres, M. Drainville avait dit vouloir faire de la lecture « une priorité nationale ».

Trois ans plus tard, sa successeure défend sa décision en affirmant que « les budgets pour faire l’achat de livres sont disponibles » et qu’il « appartient aux gestionnaires des organismes scolaires de faire les choix appropriés en fonction de leur réalité et des besoins de leurs élèves ». Le cabinet LeBel dit passer d’une approche de « microgestion » à une « décentralisation sur le terrain ».

Selon nos informations, les équipes du ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, ont formellement interpellé leurs collègues à l’Éducation au sujet de cette décision. Croisé lors d’un événement culturel il y a quelques semaines, M. Lacombe s’était dit préoccupé par la disparition des mesures culturelles protégées en éducation. Il s’était aussi dit inquiet des conséquences possibles de ce changement sur l’accès aux arts à l’école, et sur le milieu des arts lui-même.

Dans trois lettres envoyées entre janvier et avril, l’ALQ a fait part de ses inquiétudes à Mme LeBel. L’une des missives était aussi signée par quatre autres organisations du milieu littéraire. « Le ministère de l’Éducation, c’est impénétrable », se désole en entrevue sa directrice générale. Mme Monet dit n’avoir reçu aucune réponse du cabinet LeBel.

Les mesures relatives à l’achat de livres étaient protégées pour une raison : « elles palliaient une problématique [parce que] les collections s’appauvrissaient dans les écoles et les milieux défavorisés étaient beaucoup plus touchés », souligne-t-elle.

Rendre le livre « sacré » ?

La directrice générale de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, Hélène Hotton, se désole de devoir encore « justifier la nécessité de la culture et l’importance de la littératie ». Cela, « même si les bienfaits sont démontrés par je ne sais combien d’études et de données », indique-t-elle.

Karine Vachon, directrice générale de l’Association nationale des éditeurs de livres, rappelle qu’« on enseigne de plus en plus avec la littérature » dans les classes du Québec. Et « ça devrait être la mission du ministère de l’Éducation de reconnaître l’importance du livre à l’école ; de reconnaître que les livres, c’est le socle de l’apprentissage, de l’ouverture à la culture, de l’ouverture sur le monde », énumère-t-elle. Elle souhaiterait que Québec donne au livre un statut « particulier et unique » dans les écoles.

Gabriel Nadeau-Dubois va dans le même sens. « Je trouve ça paradoxal : on a un gouvernement qui se définit comme nationaliste, qui répète beaucoup l’importance de défendre le français. Nos jeunes, le français, ils vont le maîtriser et l’aimer notamment à travers les livres. Je pense qu’on devrait s’entendre, au-delà des frontières partisanes, sur le fait qu’il y a quelque chose de sacré autour du livre. Et on devrait protéger ça », affirme-t-il.

À son avis, le gouvernement devrait donner une cible ou un plancher aux écoles. « La solution, ce n’est pas nécessairement le retour à une enveloppe protégée. […] Mais déréglementer complètement cet aspect-là, c’est trop risqué, surtout dans un contexte de recul du français, de compétition des géants du Web », fait valoir le député.

Le Devoir a soumis une série de questions au ministère de l’Éducation mardi. Celui-ci n’y avait toujours pas répondu mercredi. À noter : le plus récent Plan québécois des infrastructures prévoit 226,8 millions de dollars pour « des projets de réaménagement et de remplacement de bâtiments ainsi que pour l’actualisation des livres disponibles dans les bibliothèques des écoles secondaires ».

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