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Les écoles disent se mobiliser contre la présence d’armes autour d’elles

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Prévention, sanctions, mesures de soutien : les écoles déploient différents moyens pour contrer la présence d’armes à l’école, mais avancent avec prudence lorsqu’il est question d’en parler publiquement.

« Les situations impliquant des armes dans nos écoles demeurent rares, encadrées et en diminution, et ne sont généralement pas liées à des événements de violence. Dans ce contexte, nous souhaitons éviter de contribuer à une perception qui ne reflète pas la réalité de nos milieux, en donnant une visibilité disproportionnée à des situations qui, bien que prises au sérieux, restent marginales. »

Cette réponse écrite du Centre de services scolaire (CSS) de la Rivière-du-Nord transmise pour expliquer la décision de ne pas accorder d’entrevue au Devoir, en dépit du fait qu’il avait dû gérer l’an dernier une trentaine d’événements impliquant une arme dans les écoles de son territoire, illustre bien la frilosité du milieu scolaire à parler du phénomène et à communiquer ses chiffres.

Les rares centres de services scolaires ayant accepté les demandes d’entrevues du Devoir parlent d’un phénomène circonscrit. « On n’a pas eu d’écho indiquant que les armes, c’est un fléau », assure la coordonnatrice au service des ressources éducatives du CSS Marguerite-Bourgeoys, dans l’ouest de l’île de Montréal, qui estime que ça peut arriver « quelques fois par année ». Le CSS n’a toutefois pas été en mesure de fournir des statistiques précises sur le nombre de saisies effectuées ces dernières années.

« Ça me préoccupe, on va rester à l’affût, mais je ne suis pas inquiet et je ne peux pas vous parler de recrudescence », répond pour sa part le directeur général du CSS des Hautes-Laurentides.

Opacité et sentiment de sécurité

À Montréal, le coordonnateur de l’organisme Forum jeunesse de Saint-Michel a le sentiment que les écoles ont tendance à « minimiser » la situation parce qu’elles ne savent pas comment la gérer ou parce qu’elles ne veulent pas entacher leur réputation.

Interrogée à ce sujet, la directrice générale adjointe du CSS de Montréal, Kathlyn Morel, répond du tac au tac. « Les écoles ne minimisent pas. Il n’y a pas une école actuellement dans notre centre de services scolaire — puis même, j’oserais dire, au Québec — qui va minimiser la présence d’une arme dans son établissement. »

Mais elle concède qu’il y a une certaine opacité entourant ce phénomène. « Ce pour quoi on est réticents à publier des statistiques au regard de la présence d’armes dans nos écoles, c’est parce que ça vient directement jouer sur le sentiment de sécurité de nos élèves », explique-t-elle.

Elle fait le parallèle avec le suicide, rappelant combien il est important de mettre des filets de sécurité autour des jeunes avant de faire des sorties publiques. « À partir du moment où on dit : “Oyez, oyez ! Dans telle école, il y a une augmentation de la présence d’armes !”, sans avoir mis un filet de sécurité autour de cette école-là pour expliquer la situation, on fait augmenter le sentiment d’insécurité chez les jeunes. » Se sentant moins en sécurité, les jeunes vont alors avoir tendance à vouloir se protéger — et ça peut donner l’idée à certains de se procurer une arme à leur tour, ce qui crée une « boucle amplificatrice » du problème, illustre-t-elle.

Au CSS Marguerite-Bourgeoys, on reconnaît que c’est un sujet difficile à aborder. « C’est vrai que c’est un sujet qui fait peur, dont on ne veut pas vraiment parler, mais [c’est important que les gens comprennent] qu’il y a une réflexion des milieux pour être capables de gérer la situation — pas seulement quand elle arrive, mais toute la prévention qui se fait en amont », explique Mélanie Simard, du bureau des communications du CSS.

« La prévention, c’est là notre levier, c’est notre seul levier », renchérit sa collègue Priscilla Côté, coordonnatrice au service des ressources éducatives.

Sanctions et mesures de soutien

Au-delà des conséquences légales pour les jeunes, les écoles vont également imposer des sanctions, qui peuvent aller d’une suspension interne à une expulsion. Mais pour avoir un réel effet, celles-ci doivent nécessairement être accompagnées de mesures de soutien, explique Mme Côté. « C’est bien connu que la sanction disciplinaire ne va pas corriger le comportement. Le changement de comportement, il va se faire avec des mesures de soutien, de l’accompagnement de la famille et du jeune. »

Dans tous les cas, il faut tenter de comprendre les raisons du comportement, précise Mme Côté. Elle donne l’exemple d’un élève du primaire qui a apporté un pistolet à air comprimé à l’école plus tôt ce printemps. L’équipe avait déjà exprimé beaucoup d’inquiétude à son sujet en raison de comportements problématiques en classe et d’un milieu familial dysfonctionnel. « L’enfant a sorti ça, mais qu’est-ce qu’il comprend ? Qu’est-ce qu’il reproduit ? Est-ce qu’il a fait ça pour attirer l’attention ? Il faut analyser tout ça. »

La bonne nouvelle, c’est que les jeunes eux-mêmes sont de plus en plus conscientisés. Au CSS de Montréal, on indique que la majorité des 34 événements ayant impliqué une arme l’an dernier ont été rapportés par des jeunes.

« C’est bon signe, parce que dans le traitement de l’intimidation et de la violence, on parle beaucoup des interventions auprès des agresseurs et des victimes, mais il y a un groupe qui est aussi hyperimportant, ce sont les témoins », explique la directrice générale adjointe du CSS, Kathlyn Morel. Selon elle, il est primordial de s’assurer que les élèves puissent dénoncer de telles situations — et de marteler que c’est la bonne voie à prendre. « Intervenir sur le groupe qui est témoin d’un événement, ça permet de sécuriser l’environnement. »

Avec Félix Deschênes

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