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Des manquements persistent dans le respect des droits et de l’autonomie des patientes lors de soins obstétricaux et gynécologiques au Québec, selon une étude menée auprès d’environ 1200 femmes. Dans plus de la moitié des expériences rapportées, au moins un droit de la patiente n’a pas été respecté.
Les atteintes le plus souvent signalées concernent le fait que le consentement n’a pas été demandé pour un examen vaginal (28 %) ou pour la participation d’étudiants en médecine à des actes médicaux (45 %).
Au Québec, aucun soin ne peut être pratiqué sans consentement libre et éclairé, énonce le Collège des médecins du Québec sur son site. Si, dans la pratique, certains gestes reposent sur un consentement implicite — comme tendre le bras pour une prise de sang —, des actes plus intimes « nécessitent des explications claires et un accord explicite », précise-t-il.
Mais jusqu’ici, l’expérience des patientes en obstétrique et en gynécologie dans la province n’avait pas été beaucoup documentée. Peu de données existaient notamment sur les soins « déshumanisants », souligne Sylvie Lévesque, professeure au département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et autrice principale de l’étude.
Pour remédier à la situation, une recherche a donc été menée à l’aide d’un questionnaire d’autoévaluation en ligne, distribué entre juillet 2023 et janvier 2024. Les résultats d’un premier volet de l’étude ont été publiés en janvier dans la revue Health Psychology and Behavioral Medicine.
Au total, 1158 personnes y ont pris part et ont témoigné de 1258 expériences. Même s’il est important, l’échantillon n’est pas représentatif de l’ensemble des Québécoises ayant reçu ces soins, notamment en termes d’âge, de niveau d’éducation ou de pays de naissance.
Les participantes devaient répondre aux questions en fonction de leur expérience de soin la plus récente en obstétrique ou gynécologie, survenue au cours des sept dernières années. Les services pouvaient avoir été donnés par différents professionnels — comme des médecins de famille ou spécialistes, des infirmières — et concerner par exemple un accouchement, un suivi de ménopause, des consultations en santé sexuelle ou des traitements de fertilité.
Manque d’informations
Selon les résultats, dans seulement la moitié des expériences rapportées, les patientes ont été informées qu’elles pouvaient refuser un soin, souligne Sylvie Lévesque. Dans une proportion similaire, elles ignoraient qu’elles pouvaient remettre en question ou contester les recommandations du professionnel de la santé.
« Ce qu’on nous partage, c’est que, dès le moment où tu entres dans la salle de consultation, c’est comme si tu donnais ton consentement à peu près à tout ce qui va s’y dérouler », indique la chercheuse.
Un environnement sécuritaire est pourtant essentiel dans ces soins qui touchent directement à l’intimité des patientes, soutient Mme Lévesque. « Il y a un dévoilement, tant des organes génitaux que de l’histoire personnelle. »
Outre les manquements, l’étude mesurait aussi la satisfaction des patientes à l’égard de la compétence des personnes ayant fourni les soins : plus de 80 % s’en disent satisfaites. Or, seulement 62 % affirment faire confiance au système de santé après cette expérience.
Pour expliquer cet écart, Sylvie Lévesque avance que la satisfaction reflète surtout la dernière expérience, tandis que la confiance envers le système s’appuierait plutôt sur l’ensemble de la trajectoire de soins, ainsi que sur les témoignages entendus au sujet du réseau.
Des patientes forcées d’accepter un traitement
Selon l’étude, environ une participante sur dix rapporte par ailleurs avoir été forcée d’accepter un traitement ou une procédure non souhaitée.
À son accouchement en août 2023 dans un hôpital montréalais, Françoise Lépine aurait d’ailleurs aimé que les soignants soient là pour la guider et non pour faire les choix « à sa place ».
La mère aujourd’hui âgée de 43 ans relate qu’elle refusait d’accoucher sur le dos car c’était « extrêmement douloureux et difficile ». Elle voulait plutôt donner naissance à quatre pattes, ce qu’on lui a refusé.
La médecin a alors levé le ton pour qu’elle adopte la position sur le dos. « Accoucher en se faisant engueuler, c’est l’horreur. Ça a causé de la détresse, car c’était déjà un moment vraiment stressant. J’étais déjà au bout de ce que je pouvais supporter », raconte Mme Lépine.
Elle dit regretter que la soignante n’ait pas engagé de réel dialogue avec elle. « J’aurais aimé qu’elle se penche à ma hauteur et qu’on trouve des solutions qui respectent mes droits. »
Entre urgence et consentement
Si des lacunes persistent en matière de respect des droits et d’autonomie, Mme Lévesque avance notamment l’hypothèse d’une pression ressentie par les soignants pour voir un grand nombre de patients. « Il y a un volume important de demandes. »
Pour en savoir plus, la professeure sonde d’ailleurs présentement le personnel médical. « On veut recueillir leur perspective sur la façon dont les soins sont donnés. On veut les entendre à propos de contextes ou d’obstacles systémiques à la mise en place de soins centrés sur la patientèle. »
De son côté, l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec (AOGQ) explique que les soins obstétricaux se font parfois en contexte d’urgence.
« Dans ces cas, ça nous limite en temps et opportunité d’avoir des longues conversations pour obtenir le consentement approprié », mentionne le président de l’AOGQ, le Dr Dominique Tremblay.
Des solutions sont toutefois mises en place pour s’assurer que les soins prodigués soient respectueux, fait valoir le Dr Tremblay. « La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada recommande aux femmes d’avoir un plan de naissance pour que leurs attentes soient déterminées et qu’on puisse, dans la mesure où c’est réaliste, les appliquer et respecter leurs désirs. »


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