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La campagne électorale est officiellement lancée depuis jeudi au Québec. Entre la guerre commerciale avec les États-Unis, l’état des finances publiques et l’augmentation du coût de la vie, l’économie devrait encore une fois prendre beaucoup de place dans les promesses des partis en lice pour former le prochain gouvernement. Le Devoir fait le point sur ces dossiers économiques qui devraient rythmer les 39 prochains jours.
<?xml encoding="utf-8" ?><?xml encoding="utf-8" ?>La guerre commerciale
La campagne électorale québécoise s’amorce quelques jours après l’introduction par les États-Unis de nouveaux droits de douane visant plusieurs produits canadiens. Le gouvernement fédéral de Mark Carney a riposté en annonçant des contre-tarifs, mais la situation soulève l’inquiétude des citoyens et du milieu des affaires.
Dans ce contexte, il faudra porter attention au type d’aide qui sera offert aux entreprises, note la p.-d.g. de l’Institut du Québec (IdQ), Emna Braham. « On ne parle pas d’un choc temporaire, comme pendant la pandémie, où il fallait simplement aider les entreprises à tenir le coup [en attendant un retour à la normale]. » Cette fois, c’est l’architecture même de nos relations commerciales avec les États-Unis qui est à revoir, prévient-elle. Les entreprises devront diversifier leurs marchés et améliorer leur productivité, mais certaines « ne vont pas tenir le coup ».
Le pouvoir d’achat
« On a fait des études sur le coût de la vie, sur le pouvoir d’achat. C’est sûr que c’est une thématique que les partis politiques vont devoir aborder d’une manière ou d’une autre », pense le titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, Luc Godbout.
Une récente étude de l’IdQ révèle que le revenu disponible réel des ménages québécois — après avoir pris en compte l’inflation et les impôts — a augmenté entre 2019 et 2025. « Notre analyse montre qu’il n’y a pas de justificatif, actuellement, pour mettre en place plus d’aides pour soutenir le pouvoir d’achat des Québécois », soulève Emna Braham. Un message qui trouve écho chez Luc Godbout, qui invite les partis à « ne pas en faire trop » et à « rester ciblés ».
« On est probablement plus pessimiste que ce que les indicateurs économiques révèlent, par exemple par rapport au pouvoir d’achat, souligne Mme Braham. Mais on se rend compte qu’il y a des problèmes plus fondamentaux, notamment sur le logement. »
L’accès à un toit
Le coût du logement et l’accès à la propriété restent un enjeu de taille au Québec, leurs prix ne cessant d’augmenter ces dernières années. La Société canadienne d’hypothèques et de logement prévoit une diminution des mises en chantier et une légère baisse des ventes de propriétés cette année arestu Québec. Les prix devraient continuer à croître, mais moins que dans les dernières années, estime la société d’État.
L’offre de logements locatifs, pour sa part, a beaucoup augmenté dans la province ces dernières années. Pourtant, les loyers demeurent élevés, notamment en raison du coût de construction important des nouveaux logements, et l’abordabilité tarde à s’améliorer.
« Ce ne sont pas des mesures de soutien au pouvoir d’achat, des congés de taxes, des chèques ou des choses comme ça qui vont vraiment permettre de rendre les logements plus abordables. Il faut accélérer la construction de logements pour augmenter l’offre », soutient Emna Braham.
Plusieurs mesures ont été mises en place dans les dernières années pour améliorer l’accès à la propriété et stimuler la construction de logements, rappelle Luc Godbout. Pour en voir les effets, « il faut quand même laisser le temps au temps ».
À cet égard, quelles seront donc les propositions des partis pour aider les ménages ?
L’équilibre budgétaire
Le Québec se dirige vers un déficit de 7,7 milliards de dollars en 2026-2027, selon le Rapport préélectoral sur l’état des finances publiques du Québec. Si la province veut maintenir ses services et renouer avec l’équilibre budgétaire d’ici trois ans, elle risque de se retrouver avec un manque à gagner de près de 5 milliards de dollars, a prévenu la vérificatrice générale du Québec, Christine Roy. Elle a lancé un avertissement aux partis politiques : s’ils souhaitent annoncer de nouvelles mesures, ils « doivent […] expliquer comment ils vont les financer ».
Il s’agit aussi d’une préoccupation de la population. Une forte majorité de Québécois (81 %) estime que « les partis politiques devraient prioriser l’équilibre budgétaire même si cela implique des choix difficiles », d’après un sondage mené pour la Chaire en fiscalité et en finances publiques. Deux répondants sur trois préfèrent une réduction des services plutôt qu’une hausse d’impôt pour atteindre l’équilibre.
« La question, c’est de savoir comment les partis perçoivent le plan de retour à l’équilibre budgétaire », estime Emna Braham. Le cadre financier actuel propose une trajectoire pour le moins « ambitieuse », fait-elle valoir, rappelant la nécessité de réduire de manière importante les dépenses de l’État pour y parvenir. « Est-ce que les différents partis s’alignent avec ce cadre budgétaire ? Est-ce qu’ils le remettent en question ? Ont-ils un autre plan ? »
L’évolution démographique
La population du Québec a légèrement diminué en 2025 après une croissance exceptionnelle de 2022 à 2024, d’après les plus récentes données de l’Institut de la statistique du Québec. La forte chute (9 %) du nombre de résidents non permanents (ou immigrants temporaires) explique en grande partie cette situation.
Considérant les politiques d’immigrations actuelles, il faut s’attendre à une stagnation, voire une diminution, de la population dans les années à venir. Cette tendance aura immanquablement des conséquences sur l’économie du Québec, fait remarquer Mme Braham. « Est-ce que les partis veulent renverser cette tendance ? Et si la réponse est non, qu’ils acceptent cette décroissance de la population, comment vont-ils gérer ça en termes de croissance économique ? En termes de croissance des revenus de l’État, qui vont être plus faibles ? »
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