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Les dix travaux du nouveau chef du PLQ, Charles Milliard

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Charles Milliard est le nouveau chef du Parti libéral du Québec depuis 17 h vendredi : la période de mise en candidature dans la course à la chefferie du PLQ est terminée et il est le seul à s’être qualifié. À huit mois des élections générales, le politicien a maintenant fort à faire pour redresser le navire. Tour d’horizon de ce qui l’attend.

Soigner l’image du parti. L’image du PLQ reste « passablement abîmée par ce qui s’est passé à l’automne », avance Marc-André Bodet, professeur en science politique à l’Université Laval. Pour compliquer les choses, l’enquête de l’Unité permanente anticorruption et de nouvelles révélations dans les médias pourraient revenir tarauder les libéraux à tout moment. En tant que nouveau venu, Charles Milliard peut certes se dissocier des ombres du passé, mais « il a peut-être intérêt à ce qu’on parle d’autre chose plutôt que d’essayer de convaincre les Québécois que son parti n’a rien à se reprocher ».

Se faire connaître et se faire aimer. C’est son plus grand défi, selon la Mireille Lalancette, professeure en communication politique à l’Université du Québec à Trois-Rivières. « Il faut que les gens aient envie de se présenter pour lui et de voter pour lui », note-t-elle. Or, pour l’instant, « c’est difficile de savoir de quel bois il se chauffe ». Marc-André Bodet trouve d’ailleurs qu’« il n’a pas beaucoup de temps » : dans un scénario idéal, « un nouveau leader a besoin d’un an, un an et demi pour imprimer son leadership dans l’électorat ».

Trancher dans le dossier Marwah Rizqy. L’une des premières décisions que Charles Milliard devra prendre concerne la possible réintégration de Marwah Rizqy dans l’équipe libérale. La députée, qui avait été exclue par Pablo Rodriguez, a dit lors de son retour au Parlement qu’elle se considérait « toujours » comme une libérale. Selon Mme Lalancette, son retour dans les rangs libéraux serait avantageux, « parce qu’elle représente la droiture ». Or, c’est impensable pour certains élus, qui lui en veulent pour sa gestion de la crise avec Geneviève Hinse et la descente aux enfers qui s’est ensuivie.

Contourner la course à la direction de la CAQ. La course à la direction de la Coalition avenir Québec prive l’aspirant chef de beaucoup de lumière, note M. Bodet. « La couverture médiatique que reçoivent Bernard Drainville et Christine Fréchette est beaucoup plus importante que ce que lui peut espérer », poursuit-il. « En plus, ça l’empêche de contrôler l’ordre du jour politique. » Le politicien de 46 ans avait d’ailleurs amorcé une première tournée médiatique, en janvier, quand la démission de François Legault lui a cruellement volé la vedette. En même temps, cela lui donne une « longueur d’avance » face à M. Drainville et à Mme Fréchette, selon Mme Lalancette. Il est déjà « en selle », ne perdra pas de temps dans des débats et sera prêt à présenter ses idées.

Manœuvrer dans le rôle de chef extraparlementaire. On l’a vu avec Pablo Rodriguez : ce n’est pas toujours facile de diriger un parti politique lorsqu’on n’est pas élu. « En plus, non seulement M. Milliard n’est pas un parlementaire, mais il ne l’a jamais été », observe M. Bodet. « S’il est brillant », il va « se servir » des difficultés de Pablo Rodriguez « comme d’une leçon », remarque Mme Lalancette. En même temps, son absence du parlement lui laissera du temps pour « construire son programme » et « présenter des idées positives », note M. Bodet. « C’est un défi en termes de ressources humaines, mais pas nécessairement en termes de communication politique. »

Sortir de la région de Montréal et renouer avec le vote francophone. Sur les 19 députés actuels du PLQ, seul le député André Fortin (de la circonscription de Pontiac, en Outaouais) ne vient pas de la grande région de Montréal. « Depuis 2018, le Parti libéral du Québec est un parti essentiellement anglophone et allophone », remarque M. Bodet. Dès lors, s’il veut avoir une chance de l’emporter à l’automne, le PLQ doit nécessairement faire des percées ailleurs. Au cours du dernier mandat, l’appui des francophones au PLQ est descendu jusqu’à 5 % ; mais, bonne nouvelle pour les libéraux, il est remonté à 16 % à la fin janvier, selon le dernier sondage Léger.

Refaire du PLQ un parti « naturel » de gouvernement. L’une des cartes maîtresses du parti est l’engagement du PQ à faire un référendum sur la souveraineté. Le parti peut donc s’imposer comme « l’alternative » à la CAQ pour les gens qui ne sont pas souverainistes, souligne Mme Lalancette. Mais il lui faut aller au-delà de ça, et « il doit montrer comment le Parti libéral peut redevenir le parti “naturel” de gouvernement, comme c’est le cas à Ottawa », note-t-elle.

Monter une équipe de candidats solide. Lors des élections de 2022, les retards dans le recrutement des candidats libéraux avaient fait très mal paraître le parti. Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Ces derniers mois, l’ancien chef Pablo Rodriguez avait beaucoup travaillé sur ce front. Ceux qu’il a attirés resteront-ils ? Le recrutement représente toujours une difficulté, « surtout quand on est moins populaire », résume Mme Lalancette. Or, puisque le vote libéral est « concentré » dans certains secteurs (à Montréal, notamment), le parti peut « offrir » des circonscriptions plus sûres à ses candidats, mentionne M. Bodet. « Ça a toujours été une force » du PLQ, dit-il. En même temps, les bastions les plus solides sont déjà occupés par les députés qui souhaitent se représenter.

Reprendre à son compte le thème de l’économie. « Entre les années 1960 et la fin du régime Couillard, le Parti libéral était le parti incontesté du développement économique », rappelle Marc-André Bodet. Or, la CAQ « a réussi à lui voler ce monopole, et ça, c’est difficile à récupérer ». Charles Milliard en parle assurément beaucoup et l’économie est l’un des cinq piliers de sa plateforme. Mais le PLQ n’est pas le seul à se positionner comme une valeur sûre en économie : c’est notamment la marque de commerce de l’aspirante cheffe de la CAQ, Christine Fréchette.

Donner sa propre couleur au parti. Dans les rangs libéraux, beaucoup souhaitent renouer avec l’identité de base du parti. À la rentrée en janvier, les députés ont salué l’époque de Philippe Couillard. M. Milliard, lui, parle souvent de son admiration pour Robert Bourassa. Mais ça ne suffira pas, plaide Mme Lalancette : il va devoir donner sa propre « couleur » au PLQ, dit-elle.

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