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21 386 « catéchumènes » recevront le sacrement en France cette année, soit 3600 de plus qu’en 2025. Pour les paroisses qui accueillent ces néophytes, dont le nombre a bondi de 400% en dix ans, le principal défi est de réussir à les fidéliser.
Les baptêmes catholiques d’adultes et d’adolescents ne cessent de progresser en France. La barre symbolique des 20 000 baptisés a été franchie cette année. Lors de la veillée pascale du samedi saint, le 4 avril 2026, ce sont exactement 21 386 « catéchumènes », nom des candidats adultes au baptême, qui entreront dans l’Église catholique selon les chiffres publiés, mercredi 25 mars, par l’épiscopat réuni en assemblée plénière à Lourdes. Cela représente plus de 20 % d’augmentation par rapport à 2025 où ils étaient 17 788. Et cela dessine une croissance de plus de 400 % en dix ans. Jusqu’en 2023, les baptêmes d’adultes et d’adolescents étaient plutôt stables avec 4 000 demandes annuelles. Le phénomène a vraiment pris de l’ampleur à la fin de la crise du Covid 19.
La surprise est telle que l’Église de France cherche encore à comprendre pourquoi des jeunes viennent aussi spontanément frapper à sa porte alors que la plupart n’ont reçu aucune éducation religieuse. La conférence des évêques a donc réalisé un sondage cette année auprès de 1450 catéchumènes dans soixante diocèses (sur un total de 100), avec une question centrale : « Quel a été l’élément déclencheur de votre demande de baptême ? ».
L’étude, présentée à Lourdes, révèle trois motivations dominantes : la confrontation à une « épreuve, maladie, deuil, qui a déclenché une quête de sens » pour 40 % ; des « questions personnelles sur la religion chrétienne » qui assaillent ces candidats au baptême pour 34 % ; enfin, « une expérience spirituelle forte » pour 32 %.
Viennent ensuite, pour 23 %, la visite d’un « lieu porteur », une chapelle, une cathédrale, une abbaye qui a « touché » la personne. Ou encore, « la lecture de la Bible » pour 22 % des catéchumènes et « le témoignage de vie de chrétiens » de l’entourage pour 19 % des candidats. Deux autres motivations concluent cette enquête : le fait qu’un proche ait lui-même demandé le baptême peut conduire, par effet d’entraînement, à suivre le même chemin. En revanche, seulement 11 % des répondants confient avoir choisi cette voie en suivant « des influenceurs chrétiens sur les réseaux sociaux » alors que beaucoup pensaient que le monde digital était un vecteur décisif.
L’enquête cite plusieurs témoignages significatifs et anonymisés : « Je me suis toujours posé des questions sur la foi et le sens de la vie, dit l’un. À un moment difficile de mon existence, marqué par une grande détresse, je me suis naturellement tourné vers le Christ. Dans la prière, j’ai trouvé une paix profonde et un apaisement que je n’avais jamais connu ». « Le décès de ma grand-mère a été le déclencheur de mon questionnement sur la vie chrétienne », témoigne un autre catéchumène. Enfin, « athée convaincu, je voulais comprendre pourquoi je ne croyais pas. Je me suis acheté une bible et j’ai lu », explique un troisième. Selon l’Église, 82 % des candidats aux baptêmes, ont moins de 40 ans mais la part des 18-25 ans est la plus importante avec 42 %. Les femmes constituent les deux tiers des demandes.
En charge de ce dossier, l’archevêque de Lyon, Mgr Olivier de Germay, a confié mercredi à Lourdes que ce phénomène « continue d’étonner car nous n’avons pas la prétention d’apporter une réponse unique pour l’expliquer. Il nous faut encore du recul ». En attendant, « c’est une joie pour l’Église, un signe de vitalité », reconnaît ce jeune évêque de 60 ans nommé en 2020 dans la capitale des Gaules. « Il n’y a pas si longtemps, la religion était ’has been’, constate-t-il. Or nous voyons s’exprimer une soif de spiritualité comme je viens encore de le constater en lisant les 500 courriers reçus cette année dans mon diocèse de la part de ceux qui me demandent le baptême. »
« Les catéchumènes expriment une quête d’identité qui n’est pas identitaire. L’Église leur apparaît rassurante. Elle est perçue comme une institution solide avec des racines profondes sur laquelle on peut s’appuyer. »
Mgr Olivier de Germay, archevêque de LyonCet ancien officier parachutiste constate : « Beaucoup de jeunes me confient avoir senti un ‘appel intérieur’ ou vécu une ‘expérience spirituelle’ forte, une ‘expérience de Dieu’ inattendue », qui les a conduits « à acheter une Bible », « à entrer dans une église » ou « à chercher des réponses chez les influenceurs catholiques sur internet ». Il décrypte : « C’est comme si le progrès technologique n’avait pas tenu ses promesses. Ils creusent un vide interne et suscitent beaucoup d’insatisfaction. » Sans oublier que beaucoup de catéchumènes sont aussi confrontés, très jeunes, à « des vies cabossées, des blessures familiales, des échecs affectifs ».
La dernière explication avancée par ce pasteur pour éclairer cette nouvelle « soif spirituelle » vient du fait « que la foi n’est plus un tabou dans notre société. Ces générations qui frappent à notre porte n’ont reçu aucune éducation religieuse, elles n’ont pas de préjugés contre l’Église, elles arrivent l’esprit ouvert et bienveillant ». S’exprime ainsi « une quête d’identité qui n’est pas identitaire. L’Église leur apparaît rassurante. Elle est perçue comme une institution solide avec des racines profondes sur laquelle on peut s’appuyer. »
Ces bons chiffres des baptêmes d’adultes et d’adolescents agissent donc comme une divine surprise pour l’Église de France. Ils ne doivent toutefois pas occulter la chute spectaculaire des baptêmes de bébés. En l’an 2000, un bébé sur deux était baptisé dans l’Hexagone. Seulement un sur trois est présenté à l’Église en 2026.
« Baptême blues »
Autre sujet de préoccupation au sein des paroisses, il semble difficile de fidéliser une partie de ces nouveaux baptisés. Une fois ce sacrement reçu, certains des « néophytes », c’est le nom donné à ces nouveaux baptisés, finissent par s’éloigner des assemblées. On parle d’un tiers mais cette estimation n’est pas rigoureusement statistique. Ces nouveaux catholiques, souvent étrangers au milieu catho, n’entrent pas facilement dans ses codes communautaires.
Les diocèses multiplient les initiatives pour remédier à cette situation. L’action la plus spectaculaire est le lancement, par les huit diocèses d’Île-de-France et le diocèse aux armées – qui annonce 300 baptêmes lors du Pèlerinage militaire international en mai à Lourdes -, d’un « concile provincial » afin d’assurer l’insertion durable de ces nouvelles vagues de baptisés.
Le « concile provincial » est une ancienne formule ecclésiale remise ici au goût du jour. Le Père Maximilien de la Martinière est le secrétaire général de ce périple lancé par l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich. Le 25 janvier dernier, plus de 6000 personnes se sont ainsi impliquées dans une première phase de consultation, via 700 groupes de travail. Il faudra attendre 2027 pour en voir les fruits mais le Père de La Martinière, sans présumer des travaux de ce concile, voit trois pistes se profiler pour remédier à ce qu’il appelle le « baptême blues ». Quand les catéchumènes, choyés dans les paroisses, se retrouvent le dimanche suivant, plongés dans le lot commun et anonyme des fidèles.
Première piste, impliquer le catéchumène, avant son baptême, dans une « mission » ecclésiale qu’il pourrait assumer dans la paroisse de façon à tisser d’entrée des liens avec d’autres membres de la communauté et pas seulement avec son unique « accompagnateur ». Deuxième piste, « ne plus penser que le catéchuménat est un temps de préparation au baptême, lequel serait une sorte de ligne d’arrivée, mais une période de maturation de la vie chrétienne dont le baptême est la vraie ligne de départ. Car l’événement, c’est l’élan d’une vie chrétienne continue et non l’instant du baptême. » La troisième voie, plus technique, consisterait à ne pas proposer immédiatement le sacrement de confirmation le jour du baptême et de la communion. La confirmation arriverait une fois atteinte la vitesse de croisière de la vie chrétienne.


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