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Certains jours, le téléphone ne dérougit pas à Grossesse-Secours. Dans cet organisme de la grande région de Montréal qui accompagne des femmes enceintes en questionnement ou en difficulté, les demandes d’aide ont bondi de près de 65 % en un an. Et les situations plus complexes y sont aussi en hausse.
Lors du passage du Devoir à l’organisme, une femme qui parle uniquement espagnol vient de raccrocher la ligne avec l’intervenante communautaire Romina Salinas-Munoz. « C’est quelqu’un de très isolé et sa famille ne la soutient pas », explique la professionnelle de 36 ans à la voix douce, qui précise qu’un rendez-vous a été fixé pour discuter de son ambivalence.
Grossesse-Secours, qui existe depuis 1973, explique avoir pour but d’offrir de l’information neutre et fiable aux femmes enceintes et de les accompagner dans leur choix : poursuivre leur grossesse, recourir à l’avortement ou envisager l’adoption. En moyenne, la plupart des personnes qui contactent l’organisme sont âgées de 25 à 35 ans.
Récemment, l’équipe a vu une hausse importante des demandes d’aide, qui sont passées de 1664 en 2024 à 2721 en 2025. « C’est difficile de mettre le doigt exactement sur la raison pour laquelle on observe ça », souligne la directrice générale de Grossesse-Secours, Josiane Robert.
Elle avance différentes hypothèses, comme une notoriété accrue liée à la récente campagne de publicité menée dans les transports en commun. La ministre québécoise responsable de la Condition féminine, Martine Biron, a aussi mentionné Grossesse-Secours dans son Plan d’action gouvernemental sur l’accès à l’avortement 2024-2027 comme l’un des quatre groupes qui fait « la promotion du libre choix lorsqu’une femme vit une grossesse ».
Une chose est claire, toutefois, selon Mme Robert : les situations des femmes qui contactent l’organisme sont de plus en plus précaires.
En 2025, il y a eu 350 demandes de la part de femmes non couvertes par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), comparativement à 235 en 2024. « Il y a beaucoup de détresse », affirme la directrice générale.
Il n’est pas rare que des étudiantes étrangères ou des femmes dont le statut migratoire est précaire témoignent du fait qu’elles souhaitent poursuivre leur grossesse, mais n’en ont pas les moyens, explique-t-elle.
« Un accouchement naturel peut leur coûter jusqu’à 25 000 $, alors qu’un avortement par instruments coûte environ 800 $ au premier trimestre. Elles se retrouvent devant un choix qui n’en est pas vraiment un », déplore Josiane Robert.
Accès à la pilule abortive
Ces dernières années, différentes mesures ont été prises au Québec pour faciliter l’accès à la pilule abortive. Mais sur le terrain, certaines femmes peinent encore à obtenir rapidement les bonnes informations, affirme Josiane Robert.
« Il y en a qui nous appellent et qui nous disent : “Mon médecin m’a dit qu’il ne faisait pas ça, mais il ne m’a référée nulle part ailleurs” », relate-t-elle.
Grossesse-Secours doit alors diriger ces patientes vers les bonnes ressources. Et parfois, le temps presse. Il y a une limite d’environ neuf à dix semaines de grossesse — soit entre 63 et 70 jours — pour y avoir recours, explique la directrice générale.
L’organisme a aussi récemment fait connaître davantage son service d’accompagnement en avortement, indique Mme Robert. Grossesse-Secours n’en pratique pas lui-même, mais reste en contact avec différentes cliniques pour éviter qu’une femme se retrouve seule après l’intervention.
« Parfois, on nous appelle le jour même pour nous dire qu’une femme est seule. Son chum, qui était avec elle dans la salle d’attente, a sacré son camp », relate-t-elle.
Violence et désinformation
De plus en plus de femmes qui contactent Grossesse-Secours ont des problèmes de santé mentale ou vivent de la violence conjugale, constate aussi Josiane Robert.
« On voit beaucoup de relations de couple où le partenaire ne se protège pas tant. Et là, la femme tombe enceinte, et c’est soit qu’il l’oblige à se faire avorter, soit qu’il ne veut pas du tout qu’elle [interrompe la grossesse] », raconte-t-elle.
La désinformation au sujet de l’avortement prend également plus de place qu’auparavant, estime Mme Robert. « Ça crée beaucoup de confusion », dit-elle.
L’un des mythes tenaces est le fait que les interruptions volontaires de grossesse (IVG) rendraient infertiles, constate l’intervenante Romina Salinas-Munoz. « Ça revient souvent. Et on essaie vraiment de le défaire. »


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