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Les défis des chefs

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La première ministre, Christine Fréchette, doit rencontrer jeudi la lieutenante-gouverneure pour lui demander de dissoudre l’Assemblée nationale. Commencera alors la saison électorale, avec ses affiches, ses annonces et ses autocars, qui sillonneront le Québec jusqu’au 5 octobre, date des 44es élections générales québécoises. À quelques jours du coup d’envoi, Le Devoir vous offre un aperçu des défis qui attendent les cinq principaux chefs sur la ligne de départ.

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Christine Fréchette : vendre la « nouvelle » CAQ

La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) mise sur une longue campagne dans l’espoir de se placer au-dessus de la mêlée. Son pari ? Que « Charles Milliard se mette les pieds dans les plats et que Paul St-Pierre Plamondon se mette à se chicaner », lance un membre de la garde rapprochée de Christine Fréchette. Son entourage souhaite que la première ministre sortante projette, dans le climat actuel d’incertitude, une image calme, rigoureuse et studieuse — et il ne s’attend pas à ce qu’elle fasse de faux pas. Pendant la course à la chefferie de la CAQ, Mme Fréchette a cependant eu du mal à « dicter l’agenda ». Son adversaire, Bernard Drainville, s’était montré plus réactif et l’avait contrainte à ouvrir son jeu au sujet du troisième lien et des répercussions de la réouverture du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), notamment. Plus populaire que son parti, Mme Fréchette tente de prendre ses distances de la marque caquiste et des décisions de son prédécesseur, François Legault. Ses adversaires ne manqueront cependant pas de lui rappeler qu’elle appartenait à ce gouvernement… qui laisse d’ailleurs les finances publiques dans un état donnant peu de marge de manœuvre pour des promesses coûteuses. Y aura-t-il un « effet Fréchette » ? Plutôt un « effet Fléchette », raille un de ses adversaires, pour décrire l’effet de gravité qu’il observe dans un récent sondage Pallas Data-Qc125-L’Actualité, qui fait perdre six points à la CAQ chez les francophones.

Charles Milliard : passer à l’attaque

Le chef du Parti libéral du Québec (PLQ) s’est jusqu’ici amusé de son manque de notoriété en reprenant le concept du célèbre « Où est Charlie ? ». Dans une vidéo promotionnelle, il répétait : « Je suis là. » Mais l’est-il vraiment ? Fin juin, 42 % des Québécois disaient, dans un sondage Léger-Le Journal-TVA, ignorer qui est Charles Milliard. Conscients du déficit de notoriété de leur chef, les libéraux se réjouissent de la possibilité d’une longue campagne. Ils espèrent que les Québécois tomberont « en amour » avec ce pharmacien de profession, qu’ils jugent doué pour les relations humaines. La course à cinq, et la dispute pour l’attention qu’elle implique, vient compliquer le plan de match libéral. Le chef demeure novice dans la joute politique. Ici, la promesse du Parti québécois (PQ) de tenir un référendum dans un premier mandat est vue comme un « avantage » par la formation fédéraliste. Il s’agit d’une occasion, pour Charles Milliard, de passer à l’attaque. Les libéraux rejettent la possibilité que le vote fédéraliste s’éparpille entre les partis. « [Pour] Christine Fréchette, c’est un enjeu au sein de sa propre base », indique un membre de l’entourage du chef, en référence aux allégeances fédéraliste et indépendantiste affichées par les ministres Jean Boulet et Mathieu Lacombe, respectivement. Les troupes libérales ont épluché le livre bleu du PQ pour la république du Québec et comptent faire de la « pédagogie » à propos des implications d’un tel projet. Dit autrement, et dans les mots d’une source au parti : elles vont « tapocher » là-dessus.

Ruba Ghazal : rendre l’espoir crédible

La cheffe parlementaire de Québec solidaire (QS) devra lutter pour sa place afin d’attirer l’attention dans une course à cinq et de faire passer son message dans des débats où elle fera ses premières armes. Cela, devant des chefs (outre Charles Milliard) qui sont plus habitués aux grandes tribunes publiques et à la rhétorique. L’entourage de Ruba Ghazal reconnaît que QS a eu plus de mal à être présent médiatiquement au cours de l’année, en dépit de son rôle dans les combats pour interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans ou pour faire adopter une loi sur la révélation d’antécédents d’un conjoint violent. QS vient tout juste de fêter son 20e anniversaire et entend miser sur ses thèmes de prédilection, comme l’accès au logement et le coût de la vie. La formation se donne aussi le défi de lutter contre le cynisme. « Il faut semer la curiosité chez les électeurs. Les gens sont tannés d’être fâchés », résume une source. De là vient notamment le slogan de campagne de QS. La phrase « C’est possible », qu’a choisie la formation souverainiste, rappelle, autrement, l’expression de ralliement du camp du Oui lors du référendum de 1995. Parmi ses 11 députés actuels, QS perd deux piliers : Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Les projections lui font aussi perdre tous ses sièges hors des centres-villes de Québec et de Montréal — où la caravane solidaire devrait passer plusieurs jours. « Il faut montrer qu’on a de l’expérience, qu’on est pertinents », explique une personne dans l’entourage de Mme Ghazal. Surtout, le parti ne doit pas s’empêtrer dans une promesse mal ficelée, comme celle des « taxes orange » de la campagne de 2022, que QS range désormais au rayon des erreurs.

Paul St-Pierre Plamondon : surtout, ne pas être « soupe au lait »

« Inspirez, expirez. » Le mantra pourrait résumer une partie du travail de l’entourage du chef péquiste, à qui l’étiquette de « soupe au lait » a été accolée par les caquistes en 2024. « Les adversaires vont essayer de le mettre en maudit », résume un de ses proches conseillers. Une autre source décrit l’exercice d’équilibre qui attend Paul St-Pierre Plamondon en campagne : retrouver « le Paul de 2022 » — rafraîchissant, de bonne humeur, prêt à collaborer — tout en montrant qu’il peut « être l’adulte dans la pièce » et gouverner le Québec. Vif d’esprit, le chef du PQ est souvent prompt à réagir, pour le meilleur et pour le pire. Son interrogation sur de possibles liens entre les libéraux et le « crime organisé », comme son opposition au TGV Québec-Toronto, ne sont pas perçus comme de bons coups par certains péquistes. « Le PQ a plus cherché les conflits qu’il les a fuis », relate une source péquiste, en notant la prise de bec avec le maire de Québec au sujet du PEQ et le commentaire sur « la vacuité intellectuelle et l’aplaventrisme d’une partie substantielle du milieu culturel québécois ». Désormais, la formation politique devra pivoter : passer d’un parti qui réagit à un parti qui propose. En reportant la tenue d’un référendum à l’ère post-Trump, le PQ souhaite donner plus d’espace à ses propositions pour gouverner et pour lutter contre la hausse du coût de la vie. Bref, le parti veut calmer les inquiétudes et incarner, comme le dit son slogan, « le choix de la confiance ».

Éric Duhaime : se lever de bonne heure pour gagner

Le défi du chef conservateur est explicite : Éric Duhaime veut que son parti fasse son entrée à l’Assemblée nationale en obtenant le chiffre magique de 12 députés, pour devenir un groupe parlementaire et obtenir divers droits, dont un temps de parole plus long. C’est pourquoi la campagne conservatrice sera concentrée dans la Capitale-Nationale et en Chaudière-Appalaches, où les projections lui donnent l’avance. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) a récemment adopté l’expression « balance du pouvoir ». Il y a peut-être là un clin d’œil à l’éternelle lutte entre Québec et Montréal. Mais, aussi, à la volonté de donner une voix à un mouvement campé plus à droite que ceux qui sont actuellement représentés au Parlement. Les conservateurs veulent faire des annonces tôt le matin, pour rapidement s’inscrire dans la conversation électorale. Leurs thèmes de prédilection : « l’économie, le pouvoir d’achat, la santé, le logement et la famille », énumère un proche du chef. M. Duhaime n’a pas de déficit de notoriété et le risque, pour lui, est de trop polariser l’électorat en raison de sa personnalité. « Ça nous est arrivé dans Arthabaska : tout le monde s’est rallié contre lui », résume une source, en faisant référence à la partielle perdue par M. Duhaime en août 2025. Gagnant, le PQ y a récolté 46 % des voix. Le PCQ a eu un score de 35 %, tandis que les autres partis se sont contentés de moins de 10 % des votes chacun. Un autre défi, pour le PCQ, consiste à montrer qu’il n’est pas le parti de son seul chef. En termes sportifs : prouver que son équipe a de la profondeur. Le parti autonomiste espère aussi utiliser la campagne pour « montrer son utilité » et établir sa crédibilité. Faute de quoi, son chef pourrait jouer sa survie.

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