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Le contrat milliardaire raflé par Alstom pour fabriquer les rames du métro de Toronto a de quoi faire sourire le géant ferroviaire. Alors qu'elle soulignait jeudi la création et la consolidation de centaines d'emplois au Canada, la multinationale craint toutefois de voir son élan freiné par les différentes restrictions en immigration.
L'annonce faite à La Pocatière représente l'une des plus importantes commandes de la filiale canadienne d'Alstom. Les 70 rames torontoises seront conçues à Saint-Bruno-de-Montarville, en partie fabriquées à La Pocatière, assemblées à Thunder Bay et testées à Kingston. De quoi générer près d'un millier d'emplois au Canada et garantir du travail pour les prochaines années.

Les travailleurs de l'usine ont brièvement interrompu le travail sur les chaînes de montage pour assister à l'annonce, qui se traduira par la consolidation de 130 emplois à La Pocatière.
Photo : Radio-Canada / Véronique Duval
Pour la première fois depuis des années, l’avenir de l’usine de La Pocatière est synonyme de prévisibilité, de stabilité et de croissance, a affirmé le vice-président aux communications et aux affaires publiques chez Alstom Canada, Olivier Marcil, lors de la conférence de presse. Ce contrat de 2,3 G$ devrait soutenir 130 emplois au Bas-Saint-Laurent et remplir le carnet de commandes de l'usine, plutôt habituée aux nouvelles moins réjouissantes dans les dernières années.
En entrevue dans les couloirs de l'usine, M. Marcil se montre toutefois plus craintif lorsque questionné sur l'impact des différentes restrictions en matière d'immigration décrétées par Québec et Ottawa. Quand on gagne des contrats de trains comme celui de Toronto, c'est pas vrai qu'on a toute l'expertise au Canada. Alstom, qui peut compter sur une vaste expertise à l'international, a d'ailleurs fait appel à 14 travailleurs brésiliens pour soutenir leurs collègues pocatois.

Différents contrats, comme l'assemblage des rames du SkyTrain de Vancouver, devraient garantir du travail à l'usine Alstom de La Pocatière pour les cinq prochaines années, selon l'entreprise.
Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck
175 travailleurs étrangers d'Alstom au Québec doivent faire renouveler leurs permis de travail dans les 18 prochains mois, révèle Olivier Marcil, l'équivalent de 8 % de la main-d'œuvre de l'entreprise dans la province. C'est clair que la situation n'est pas bonne pour nous, résume le vice-président. Devant cette incertitude inutile, il invite les paliers fédéral et provincial à clarifier leurs intentions en matière d'immigration.
Dans son dernier budget, Ottawa a communiqué sa volonté de réduire de près de la moitié le nombre de résidents temporaires admis au Canada. Cela s'ajoute à de nouvelles restrictions concernant l'embauche de travailleurs étrangers temporaires entrées en vigueur à l'automne 2024.
À Québec, le gouvernement a mis la hache dans le Programme de l'expérience québécoise, qui représentait une voie d'accès rapide vers la résidence permanente pour les travailleurs et les étudiants étrangers. Il a néanmoins été remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
Jugeant Ottawa insensible à la détresse des travailleurs étrangers temporaires, le ministre québécois de l'Immigration, Jean-François Roberge, a pressé le gouvernement Carney d'instaurer une clause de droits acquis pour faciliter le renouvellement de leurs permis.

5000 personnes travaillent chez Alstom au Canada.
Photo : Radio-Canada / François Gagnon
Notre priorité, c'est de s'assurer que les travailleurs temporaires étrangers que nous avons déjà à La Pocatière ou à Saint-Bruno — que nous puissions les garder, que leurs permis soient renouvelés et qu'ils puissent continuer à travailler sur les contrats actuellement.
Inquiétudes répandues
La directrice générale de la Chambre de commerce Kamouraska-L'Islet, qui a assisté à l'annonce de jeudi, partage les mêmes craintes qu'Alstom Canada. On annonce des bonnes nouvelles, et on le sait qu'ils vont avoir besoin de travailleurs! Est-ce qu'ils vont pouvoir combler tous ces travailleurs avec seulement des personnes dans la région? C'est pas évident..., avance Anne-Christine Charest.
Cette crainte ne résonne pas seulement dans les chaînes de montage du géant ferroviaire. Les restrictions en matière d'immigration touchent bon nombre d'entreprises de la région, surtout dans les secteurs manufacturiers, touristiques et de la restauration. Tout comme Manufacturiers et Exportateurs Québec, la Chambre de commerce réclame une clause de droits acquis pour les travailleurs étrangers déjà en poste.
Devant les cris du cœur qui se multiplient, elle exige aussi un moratoire afin que les entrepreneurs puissent s'asseoir avec les différents paliers de gouvernement avant d'imposer de nouvelles réductions.


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