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Mathieu Lacombe a annoncé fin juin son départ de la politique. Comme ministre, il aura consacré quatre ans — la moitié de sa vie politique — à la Culture. Il aura porté et enterré les Espaces bleus, aura piloté le projet de loi sur la souveraineté culturelle, aura traversé la crise des arts vivants, aura augmenté le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec, aura vu la naissance de l’Espace Riopelle du Musée national des beaux-arts du Québec et aura présenté une stratégie québécoise pour l’audiovisuel qui ira jusqu’en 2031. Bilan et grande entrevue.
« Avoir eu encore [quelques années], j’aurais vraiment aimé mener la réforme de l’audiovisuel », admet-il deux semaines après qu’un budget de 610 millions de dollars sur cinq ans a été annoncé pour cette mesure. « Transformer la Loi sur le cinéma, absolument obsolète, en loi sur l’audiovisuel. Revoir la loi sur Télé-Québec. Adapter nos programmes au XXIe siècle. J’aurais tripé à faire ça… » affirme-t-il, tout sourire.
La bulle télé au Québec n’a pas encore complètement éclaté, mais notre petit écran « est aux soins palliatifs », constate le ministre. « Je ne parle pas des produits ni de la créativité. Mais le canal de transmission, le câble, on sait qu’il va mourir. » Et l’industrie ne manie pas tous les leviers, poursuit-il : certains sont au fédéral, d’autres passent par l’international. « Il y a quelque chose de plus complexe à changer une industrie comme l’audiovisuel qu’à moderniser, par exemple, les arts de la scène. »
Il y a aussi des chantiers nouveaux que Mathieu Lacombe aurait voulu lancer. Dont un sur l’avenir de la musique — essentiel, selon lui.
« On n’a jamais produit autant de musique qu’en ce moment. La créativité est indéniable. Mais le modèle d’affaires a explosé depuis deux décennies, et nos façons de faire n’ont pas tellement évolué d’un point de vue gouvernemental. » La musique est « souvent ce qui touche le plus les Québécois, parce que ça nous accompagne dans la voiture, la douche, dans notre quotidien. C’est la trame sonore de nos vies », souligne le ministre de la Culture.
Un chantier sur l’intelligence artificielle (IA) lui semble tout aussi vital. « On doit poser des gestes ici, au Québec, et ne pas s’en remettre à Ottawa ni attendre d’avoir une réponse globale à l’IA pour réglementer cette industrie. » Le ministre donne l’exemple du projet de loi de la France sur l’IA : il ne fait pas l’unanimité, mais il se fait. « Il faut agir là où on peut agir, notamment sur la protection de la propriété intellectuelle des artistes. »
Contrepoints
Le patrimoine fait tache dans le bilan du ministre Lacombe. Les destructions de bâtiments historiquement irremplaçables font les nouvelles quasiment toutes les semaines. L’inventaire des immeubles à valeur patrimoniale, étape très préliminaire d’une réelle protection, n’était fait qu’à 60 % en date du 1er avril dernier, alors qu’il devait être terminé, et ce, malgré le temps, le budget et l’expertise alloués.
« Quand on parle de patrimoine, c’est une responsabilité partagée » entre Québec et les MRC, affirme M. Lacombe. « Je pense qu’on a rempli notre part du contrat moral. »
Le récent déverrouillage des mesures culturelles en éducation, qui fait que l’argent destiné à l’achat de livres à l’école ou aux sorties scolaires culturelles pourra désormais servir à d’autres fins, est un autre bémol. La culture pèse-t-elle assez lourd dans les dossiers qui concernent plus d’un ministère ? « D’expérience, la culture en mène large dans les gouvernements dont j’ai fait partie », raconte le ministre.
Ensemble, séparément
Qu’est-ce qui a changé dans la vision de Mathieu Lacombe de la culture québécoise lorsqu’il en est devenu ministre ? Il a été étonné des enjeux éclatés entre le milieu de la danse, le livre, le cinéma, la télévision, le théâtre et des milieux qu’il « connaissait beaucoup moins, comme les métiers d’art, le patrimoine ». « Les besoins sont infinis et très variés. Mais, au-delà de croire fondamentalement à la culture, de vouloir se battre pour elle, on n’est pas juste sur un cheval avec un drapeau en train de motiver les troupes : le lundi matin, il faut régler des dossiers, prendre des décisions très techniques, donner des orientations… »
Mathieu Lacombe prône une indépendance culturelle. « On doit pouvoir prendre nos propres décisions : c’est l’idéal à viser. Mais dans l’intervalle — et je vais le marteler —, on n’a pas toujours besoin de négocier et de demander la permission pour agir dans notre propre champ de compétence [qu’est] la culture. »
« On peut poser des gestes de façon autonome, en tant que ministres nationalistes », affirme-t-il donc.
Pourquoi, alors, ne pas agir de la même manière pour le filet social et en penser une formule provinciale pour les artistes ? « C’est une excellente question », rétorque le ministre de la Culture.
« C’est que ça relève du chômage », un champ de compétence fédéral, dit-il. Pourquoi ne pas changer la structure ? « Il faudrait alors assumer 100 % de la facture… Là, je pense qu’on doit vraiment discuter pour qu’Ottawa prenne ses responsabilités. Ce n’est pas un champ dans lequel, en ce moment, on peut prendre la place de façon unilatérale », conclut M. Lacombe.
L’art du dialogue
Au début de son mandat, le milieu des arts vivants manifestait son ébullition dans les rues. « Ce n’était pas évident alors de croire qu’on aurait une relation de confiance », raconte-t-il. Le ministre Lacombe dit avoir mis son orgueil de côté et avoir pris le temps d’entendre ces gens en colère pour trouver la manière de collaborer, en allant jusqu’à « les “challenger” sur la façon dont ils présentent leurs demandes et leurs chiffres pour que, ensemble, on puisse convaincre mes collègues — parce que, moi aussi, j’ai à convaincre mes collègues ».
Le ministre redit une phrase qu’il a répétée souvent : « On pourrait quadrupler le budget culture et il n’y aurait pas de gaspillage. »
« On pourrait investir davantage dans l’audace, dans la créativité et financer l’art pour l’art, sans nécessairement attendre un retour sur investissement — ce qui est équivalent à la recherche et développement du monde des affaires », clame-t-il. Il estime d’ailleurs que, pour voir le Québec se propulser à l’international et voir « de grands Québécois s’illustrer partout, il faut investir dans la relève ».
Il n’a aujourd’hui aucun plan professionnel pour son avenir. Des désirs ? « Être utile, continuer à faire changer les choses, à mener des combats, à plus petite ou plus grande échelle, sans avoir besoin d’être trois jours par semaine à Québec. »
« La politique est une façon extraordinaire de changer les choses. Ça m’a fait vivre de grandes émotions », affirme un Mathieu Lacombe rayonnant. « Je me suis toujours senti “sur mon X”. Cinq minutes après avoir été élu, j’avais l’impression d’avoir déjà fait ça dans une autre vie. »
Mathieu Lacombe sait déjà qu’on le reverra en politique. Par quel détour ? Pour quel parti ? Celui qui a créé l’émoi en se disant dans le camp du Oui l’ignore encore.


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