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Les cœurs entre les murs : la Saint-Valentin derrière les barreaux

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Alors que les chandelles s’allument pour la Saint-Valentin, derrière les barreaux, la fête est une épreuve de solitude. Entre lettres parfumées, cadeaux et appels minutés, des ex-détenus et des experts témoignent de l’importance des liens affectifs pour la réinsertion sociale au Canada.

Dès l’aube du 14 février, des détenues espèrent un appel téléphonique ou une visite.

Louise Henry, ex-détenue de la prison Leclerc et auteure du livre Délivrez-nous de la prison Leclerc, se souvient que la Saint-Valentin n’était pas une fête, mais une épreuve de solitude.

Photo de Louise Henry.

Louise Henry se souvient de l’ambiance dans les ailes de prison pendant la Saint-Valentin, où les émotions sont omniprésentes.

Photo : Offerte par Louise Henry

Je pense qu’on pleure toutes au téléphone à la Saint-Valentin, comme à la fête des Mères. […] C’est reconnu, les prisons de femmes c’est beaucoup plus émotionnel, constate-t-elle.

En prison, l’amour devient alors une question de survie identitaire, selon elle.

Quand tu sais qu’à l’extérieur tu as quelqu'un qui t’aime, qui pense à toi, que tu lui manques, on se sent un être humain. On se sent un peu plus humain, parce qu’en dedans on se sent un déchet de la société.

Mme Henry souligne aussi un abandon systémique : alors que les hommes reçoivent souvent le soutien de compagnes, c'est très rare que le mari va attendre que sa femme sorte de prison, précise-t-elle.

Les détenues restent, selon elle, les grandes oubliées d’un système où on a tellement honte de la femme en prison.

Maintenir le cœur vivant

Pour Daniel Benson, ex-détenu ayant passé 17 ans derrière les barreaux, la Saint-Valentin amplifie ce sentiment d’exclusion. Là où Louise Henry raconte la solitude des appels, lui évoque le geste concret qui permet de maintenir le cœur vivant.

Photo de Daniel Benson.

Daniel Benson souligne que maintenir les sentiments en prison n’est pas qu’un romantisme, mais un moteur vital pour la réinsertion. Pour lui, les liens affectifs sont importants pour la réinsertion sociale des détenus.

Photo : Offerte par Daniel Benson

Selon lui, offrir un bouquet ou un chocolat via le comité des détenus demandait un réel sacrifice : un cadeau de 50 $ pouvait représenter jusqu’à deux semaines de salaire pour quelqu’un qui ne gagne que quelques dollars par jour.

La Saint-Valentin est un moment important pour les détenus parce que ça leur permet de dire aux gens qu'ils les aiment, puis de se faire dire qu'ils sont aimés aussi […] parce que, quelque part, il y a une mère, un frère, une femme, des enfants qui les aiment. On oublie souvent ça.

M. Benson, aujourd’hui intervenant et conférencier, rappelle que les détenus sont aussi des êtres humains, ce ne sont pas juste des criminels et que l’expression de leurs émotions nourrit l’espoir de retrouver les leurs.

Isolement et santé mentale

Ces expériences personnelles trouvent un écho chez Amy Collins, directrice de la Société Elizabeth Fry du Nord-Est de l’Ontario. Là où Mme Henry et M. Benson parlent de vécu, elle apporte une analyse du système et des effets psychologiques.

Photo de Amy Collins.

Amy Collins évoque les effets de la détention sur le bien-être émotionnel des détenus.

Photo : Offerte par Amy Collins

La Société Elizabeth Fry du Nord-Est de l’Ontario est un organisme de services sociaux à but non lucratif qui soutient les femmes et les filles confrontées au système de justice pénale canadien.

Selon Amy Collins, le manque d’intimité peut entraîner une diminution de l'estime de soi chez les détenus et favoriser une relation malsaine avec soi-même.

Lorsque l'estime de soi diminue, les personnes peuvent se désengager de la communauté et de la participation civique, réduisant ainsi leur capacité ou leur volonté de contribuer positivement à la société, ajoute-t-elle.

À long terme, cet isolement peut aggraver des troubles, tels que la dépression, l’anxiété et le syndrome de stress post-traumatique. Pourtant, pour Mme Collins, la sécurité publique dépend de ces besoins affectifs.

Le bien-être émotionnel est directement lié à la réinsertion et à la sécurité communautaire.

Les appels, les lettres et les visites, dit-elle, jouent un rôle crucial. Lorsqu’ils sont positifs, ils renforcent le sentiment de valeur et favorisent une réintégration plus harmonieuse dans la société.

Un système entre contrôle et humanité

Stéphane Lemaire, ancien président du Syndicat des agents de la paix en service correctionnel du Québec, se souvient des lettres d’amour qui sentent le parfum à n’en plus finir.

Il témoigne également que certains prisonniers parviennent à séduire de nouvelles conjointes depuis leur cellule grâce à l’aide de codétenus.

Il explique que, dans le système provincial, les conversations se limitent souvent au parloir derrière une vitre ou au téléphone lors de la Saint-Valentin, et tout le monde veut appeler sa conjointe.

Le ministère du Solliciteur général ajoute que, dans les établissements provinciaux, les cadeaux et les visites conjugales y sont interdits pour des raisons de sécurité.

Une gardienne de prison dans une prison fédérale

Selon le Service correctionnel du Canada, lors de la Saint-Valentin, certains établissements de l'Ontario ont mis en place des cartes achetables via la cantine pour permettre aux détenus d’envoyer des messages à leurs proches.

Photo : La Presse canadienne

Visites familiales privées

Au fédéral, le Service correctionnel du Canada (SCC) adopte une approche différente.

Le maintien de contacts positifs avec la famille et les amis est un facteur important qui contribue à la réinsertion sociale réussie d'un délinquant.

Le SCC précise qu’à l’occasion de la Saint-Valentin, certains établissements en Ontario offrent des cartes à acheter par l’intermédiaire de la cantine des détenus pour les envoyer à la famille et aux amis.

Le SCC permet également des visites familiales privées (PFV) dans des unités dotées d’une ou deux chambres, d’une cuisine et d’un salon.

Ces mesures visent à encourager les détenus à nouer et à entretenir des liens familiaux et communautaires en vue de leur retour éventuel dans la communauté, conclut le SCC.

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