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À quelques jours du scrutin québécois, les cinq principaux partis ont présenté des cadres financiers aux philosophies très différentes. Dépenses, baisses d’impôts, réduction de la bureaucratie, transferts fédéraux et retour à l’équilibre budgétaire : Gabriel Giguère passe au crible les propositions du PQ, de la CAQ, du PLQ, du PCQ et de Québec solidaire.
Gabriel Giguère est analyste senior en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal.
Entretien
Simon Leduc : Le Parti québécois présente un cadre financier plutôt prudent. Est-ce crédible?
Gabriel Giguére : «Je dirais que c’est un cadre financier assez crédible et relativement standard. Lorsqu’on regarde les dépenses projetées, le Parti québécois demeure sous la moyenne à certains moments de la période couverte. Sur cinq ans, ses dépenses projetées demeurent également inférieures à celles du Parti libéral du Québec et de la Coalition avenir Québec.
Ce n’est donc pas un cadre particulièrement dépensier. Il y a toutefois un élément qui mérite beaucoup d’attention : le PQ, comme le PLQ et la CAQ, prévoit environ un milliard de dollars de revenus supplémentaires provenant de transferts fédéraux.
C’est plus élevé que ce qui était prévu dans le rapport préélectoral. On présume donc qu’Ottawa versera davantage d’argent au Québec. La question est de savoir si ces revenus supplémentaires vont réellement se matérialiser.»
Vous soulignez aussi le maintien d’un « écart à résorber ». Pourquoi est-ce problématique?
Gabriel Giguère : «Parce que le PQ, comme la CAQ, affirme vouloir revenir à l’équilibre budgétaire, mais conserve un écart à résorber de près de deux milliards de dollars.
Autrement dit, on nous dit que l’équilibre budgétaire sera atteint en 2029-2030, mais il demeure une partie du déficit qu’il faudra encore expliquer et résorber. Si on ajoute à cela un milliard de dollars de transferts fédéraux qui pourraient ne pas être au rendez-vous, l’écart potentiel devient encore plus important.
C’est un enjeu de rigueur budgétaire. Pour avoir un chemin véritablement clair vers l’équilibre, il faudrait savoir précisément comment cet écart sera éliminé.»
Quelles mesures du PQ vous apparaissent intéressantes?
Gabrie Giguère : «La réduction progressive du taux d’imposition des sociétés est certainement à souligner. Le taux québécois passerait de 11,5 % à 9,5 %. C’est une mesure qui peut avoir un intérêt sur le plan de la politique économique.
Il y a également l’abolition de la TVQ sur les biens usagés et un remboursement direct de 125$ par année de la taxe sur l’essence. Le PQ propose aussi de revoir le monopole de certaines plateformes, ce qui pourrait générer des revenus supplémentaires.
Il faut toutefois mettre ces mesures dans l’ensemble du cadre financier. Certaines politiques réduisent les revenus alors que le gouvernement doit déjà résorber un écart budgétaire.»
Le PQ promet également de réduire de 2,5 % les coûts de rémunération du secteur public, soit environ 16 000 postes sur trois ans. Est-ce réaliste?
Gabriel Giguère : «Oui, c’est réaliste. Mais il faut être précis : on ne parle pas uniquement des fonctionnaires. Cette cible touche plus largement le secteur public, notamment la santé et l’éducation.
Sur trois ans, cela représente environ 5 300 postes par année. L’enjeu n’est donc pas tant la faisabilité que la volonté politique de réaliser effectivement cet engagement.»
Le cadre financier de la CAQ est-il beaucoup plus modeste?
Gabriel Giguère : «Il est relativement simple. La CAQ conserve elle aussi l’écart à résorber et prévoit des transferts fédéraux supplémentaires.
Elle propose notamment des mesures destinées aux personnes âgées, comme l’augmentation du seuil d’imposition, qui passerait de 18 000 $ à 35 000 $, ainsi que certaines mesures pour les familles.
Mais il n’y a pas de grande transformation. En matière de réduction de la bureaucratie, les cibles sont relativement modestes. Elles apparaissent petites lorsqu’on les compare à l’augmentation considérable du nombre d’employés de l’État au cours des deux mandats du gouvernement Legaut.»
Que pensez-vous de la plateforme économique du PLQ?
Gabriel Giguère : «Le Parti libéral prévoit des dépenses de 186,8 milliards de dollars en 2030-2031. Son cadre se situe donc dans une logique assez comparable à celle du PQ.
Il propose notamment de moderniser l’État, de réinvestir dans les soins à domicile et de compenser certains stages étudiants. Il prévoit également une réduction du taux d’imposition des PME.
Il faut toutefois être prudent avec une réduction trop importante de l’écart fiscal entre les PME et les autres entreprises. Lorsqu’une entreprise approche du seuil qui détermine son statut fiscal, elle peut être incitée à limiter sa croissance afin d’éviter de franchir ce seuil. C’est un effet économique qu’on oublie parfois.»
Le PQ et le PLQ proposent-ils donc une approche similaire?
Gabriel Giguère : «C’est vrai sur certains aspects. En 2030-2031, les mesures de réduction ou de contrôle des dépenses représentent des montants assez semblables : environ 1,6 milliard de dollars pour le PQ contre 1,7 milliard pour le PLQ.
Mais la croissance annuelle moyenne des dépenses les distingue. Le rapport préélectoral projetait une croissance de 2,2 %. Le PLQ reprend essentiellement cette projection, alors que le PQ se situe autour de 1,9 %.
La CAQ est encore plus élevée, à environ 2,4 %. On demeure donc dans une logique de croissance continue des dépenses publiques.»
Le PCQ propose-t-il une approche radicalement différente?
Gabriel Giguère : «Il propose effectivement un autre paradigme. Sa croissance annuelle moyenne des dépenses est projetée à seulement 0,7 %.
Le parti mise également sur des baisses d’impôts, la déréglementation, la réduction des barrières au commerce interprovincial et une diminution du périmètre d’intervention de l’État.
Son cadre financier tient aussi compte de certains effets dynamiques des baisses d’impôts : lorsqu’un contribuable dispose de plus d’argent, il peut davantage consommer, ce qui génère à son tour des revenus fiscaux.
Il faut évidemment rester prudent dans les hypothèses, mais le principe économique derrière cette logique existe.»
Le PCQ veut supprimer 20 000 postes de bureaucrates. Est-ce crédible?
Gabriel Giguère : «C’est une cible ambitieuse, mais elle doit être comprise correctement. Les 20 000 postes sont répartis sur cinq ans, et il faut éviter de confondre « fonctionnaires » et ensemble des travailleurs du secteur public et parapublic.
Cela demeure néanmoins une réduction importante. Elle pourrait notamment passer par l’attrition : lorsqu’un employé quitte ou prend sa retraite, le poste n’est pas nécessairement remplacé.
Après une forte croissance des effectifs publics, une réduction de 20 000 postes représente donc un changement significatif de direction.»
Québec solidaire propose plutôt une croissance importante des dépenses. Comment analysez-vous son cadre?
Gabriel Giguère : «On est effectivement dans une philosophie complètement différente. La croissance annuelle moyenne des dépenses est d’environ 3,6 %.
Québec solidaire mise notamment sur une fiscalité accrue des grandes fortunes et prévoit aller chercher plusieurs milliards de dollars de revenus supplémentaires.
L’une des principales interrogations concerne toutefois la mobilité des contribuables fortunés. Lorsqu’on augmente fortement leur fardeau fiscal, certains peuvent modifier leur comportement, déplacer leurs investissements ou quitter le Québec. Ces effets comportementaux sont difficiles à mesurer, mais ils doivent être pris en compte.
Le cadre de QS repose donc sur un État beaucoup plus interventionniste et sur la multiplication de programmes publics.»
Peut-on déjà savoir quel parti sera capable de respecter sa promesse de retour à l’équilibre budgétaire?
Gabriel Giguère : «Le véritable test viendra avec le prochain budget. Le gouvernement qui sera élu disposera de plusieurs mois pour prendre connaissance des finances publiques, travailler avec le ministère des Finances et préparer son propre cadre budgétaire.
Le budget du printemps permettra donc de voir beaucoup plus clairement quelle sera l’orientation du gouvernement.
C’est à ce moment qu’on pourra déterminer si les promesses électorales se traduisent réellement par une trajectoire crédible vers l’équilibre budgétaire ou si certaines hypothèses devront être revues.»


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